اصطدام قطارين ببومرداس يخلف قتيلا وجرحى ومفقودين

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اصطدام قطارين ببومرداس يخلف قتيلا وجرحى ومفقودين

 

اصطدمت، فجر أول أمس، مقطورة بقطار نقل البضائع كان يجر 15 صهريجا معبّأة بالمازوت والبنزين داخل نفق في منعرجات الأخضرية بولاية بومرداس، مما تسبّب في مقتل شخص وإصابة أربعة آخرين بجروح متفاوتة.
الحادث وقع في حدود الساعة الخامسة والنصف صباحا عند النقطة الكيلومترية 68 من خط السكة الحديدية داخل نفق واقع بين مدينتي الأخضرية وبني عمران. وحسب مدير مركزي مكلف بالزبائن لدى المديرية العامة للسكك الحديدية عياش كريم،  »فإن التصادم وقع بين قطار نقل بضائع كان يجر 15 صهريجا، عشرة منها كانت معبّأة بمادة البنزين وخمسة مملوءة بالمازوت كان قادما من محطة الخروبة باتجاه برج بوعريريج، وقاطرة كانت تسير في الاتجاه المعاكس، قدمت من محطة الأخضرية باتجاه العاصمة ».
وحول مصير أعضاء طاقم القطارين، أشار نفس المصدر إلى أن أربعة جرحى تمكنوا من مغادرة النفق مباشرة بعد الحادث تم نقلهم من طرف أعوان الحماية المدنية إلى مستشفى الأخضرية، وأبقي هناك على اثنين بسبب إصابتهما بحروق بليغة.
ولا تزال عملية البحث جارية على الشخص الخامس وهو من بين طاقمي قيادة القطارين، الذي يبدو أن الأمل ضئيل في العثور عليه حيا، خصوصا عقب الانفجارات الأربعة القوية التي أعقبت الحادث مباشرة وكثافة الدخان الخانق داخل النفق.
وكان المشهد مروعا، مع وصول  »الخبر » إلى عين المكان، حيث اصطف أفراد فرق الحماية المدنية التي قدمت من البويرة وبومرداس وأعوان الدرك وإطارات شركة السكك الحديدية، على حافة الطريق الوطني رقم 5، أين ركنوا سيارات التدخّل يترقبون وقوع أي طارئ.
وبدا مدخل ومخرج النفق الذي يبلغ طوله 720 متر كمدخنتين تنفثان الدخان الكاربوني الأسود باستمرار، حيث كان يفصل بين فرق الإنقاذ والنفق الواقع في إحدى قمم جبل بلدية عمال مجرى الوادي، مما صعب من مهمة الوصول إليه.
وأكد ضباط الحماية المدنية بأنه لم يسبق أن عايشوا مثل هذا الحادث، فكل الظروف لا تسمح لهم بالاقتراب من النفق. وعن مصير الشخص المفقود أشار أحد الضباط بأنه لا أمل في الوصول إليه حيا، فالنفق تحوّل إلى فرن يحرق كل ما بداخله.
وعلى الرغم من تحذيرات رجال الدرك والحماية المدنية، حاولنا البحث عن وسيلة نقترب بها من مدخل النفق لالتقاط صور عما كان يحدث بداخله، ولكن ما إن نزلنا أمتارا قليلة نحو الوادي دوى انفجار قوي اهتزت له الأرض.
وتصاعد الدخان الأسود الذي أعقبه تصاعد كبير لألسنة اللهب وصلت حرارتها إلى غاية الطريق. وبدا الأمر وكأن بركانا يفجّر الجبل، فتوقفت حركة المرور وراح الجميع يجري يمينا وشمالا، ومنهم من ارتمى خلف السيارات للاحتماء بها، وما هي إلا لحظات حتى اختفى الدخان من مدخل النفق وبدت الأمور هادئة لدقائق قليلة. ثم تصاعد الدخان ثانية، مما يدل أن انفجارا، ربما أقوى من الأول كان وقع، حينها تدخّل قائد الدرك وطلب من الجميع مغادرة ذلك المكان المحاط من كل جانب بالصخور، حفاظا على حياتهم وسلامة سياراتهم. ابتعدنا عن المكان وبقينا نرتقب ما يحدث، وبعد لحظات وقع انفجار ثان، حينها علمنا من أحد الضباط بأن فرق الإنقاذ تنتظر انفجار كل الصهاريج، لأن لا مجال للمجازفة بإرسال الفرق إلى عين المكان.
وحول التقنية المستعملة في مثل هذه الحالات التي لم تعرف الجزائر مثلها من قبل، أشار ذات المتحدث بأن العملية ستتم بالتنسيق مع شركة  »نفطال » التي ستوفر مادة كيميائية تصبّ بواسطة الخراطيم فوق الصهاريج لإخماد النار، لكن ذلك لن يتم قبل أن تنفجر الصهاريج الخمسة عشر، وهو ما قد يستغرق وقتا طويلا قد يمتد إلى غاية الليل. أما عن أسباب الحادث التي يبدو أنها بشرية، علمنا أن بعد وقوعه بحوالي ساعة، شكّلت المديرية العامة للسكك الحديدية، لجنة مكونة من خبراء للتحقيق في ظروف وأسباب الحادث وتحديد المسؤوليات.

 

المصدر :البويرة: أحسن فطاف
2008-03-01

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Télescopage de deux trains à Ammal

accident train

Télescopage de deux trains à Ammal (Boumerdès)

Quatre blessés et un conducteur portés disparu

Suite au télescopage d’un train de marchandise avec une autre locomotive qui a eu lieu, jeudi, à hauteur de la gare d’Ammal dans la wilaya de Boumerdès, le ministre des Transports, M. Mohamed Maghlaoui, s’est interrogé, hier, en présence du directeur général de la Protection civile et du directeur général de la Société nationale des transports ferroviaires (SNTF), sur l’ampleur des dégats provoqués par cet accident.

Le télescopage a, en effet, causé la disparition de l’un des conducteurs des deux locomotives et la blessure de quatre personnes.

Par ailleurs, le directeur des transports à la wilaya de Boumerdès a fait savoir que la ligne Alger-Constantine demeure toujours coupée et ce, à cause de l’explosion de citernes de fuel remplies d’environ 750 mètres cubes. Afin de réparer les dégats et de dégager la circulation, la commission technique intersectorielle est à pied d’œuvre pour l’examen des voies et moyens techniques à même de pénétrer dans le tunnel où est survenu l’accident, selon la même source. Dans l’une de ses déclarations à la presse nationale, le président de la commission, M.Mohamed Daroui, a indiqué que les techniciens attendent que les flammes soient éteintes pour pouvoir pénétrer dans le tunnel. A cet effet, a été retenu la proposition d’une liaison terrestre provisoire entre les régions d’Ammal et de Lakhdaria, en attendant la réparation de ce tronçon de la voie ferrée.

Lynda Louifi

Suite à la collision de deux trains à Ammal

Du mazout dans l’oued Henni

l Les services de l’EPEAL ont procédé hier, a-t-on appris, au lâchage des eaux de oued Henni jouxtant la localité de Ammal. Motif : Cette retenue collinaire, reliée au barrage de Keddara, a été dangereusement polluée par d’importantes quantités de mazout qui s’y sont infiltrées, à la suite de l’accident ferroviaire ayant eu lieu, la veille, dans la même contrée. Le tronçon de la voie ferée endommagé, lors de la collision des deux trains, est situé en amont de l’oued précité. La capitale est alimentée en eau potable à partir de cet endroit, a-t-on rappelé.

Salim Haddou

DEPECHE DE KABYLIE 1 MARS 2008

train ammal

I.B.Lakhdaria: 1 – J.S Bordj Menaïel: 0

Lakhdaria / 17e journée de championnat – Régionale I – CentreL’IBL s’impose difficilement (1 – 0)

l C’est sous un soleil printanier de cette fin de week-end, en présence d’une tribune triée sur le volet, que la 17e journée du championnat de régionale I – Centre, reportée pour cause d’un attentat terroriste à 7’ de la fin de la rencontre, a pu avoir lieu, et ce après 15h15, suite à l’arrivée tardive des officiels et un peu plus tard de l’équipe de la JS Bordj Menaïel, par la fermeture temporaire de la RN5 au niveau des gorges de Lakhdaria. Effectivement, les deux formations, qui avaient déjà évolué sur ce même terrain communal, se sont engagées à bras-le-corps dans l’assaut des bois adverses sans pour autant concrétiser. A la 25’, une descente Lakhdarie bien orchestrée échoue grâce à la vigilance de l’excellent gardien bordji qui capta sans peine un puissant tir de Tigrine. A peine une minute plus tard, sur un tir du corner gauche et une reprise de Doumi dans la surface de réparation, le cuir bien orienté est dérouté de sa trajectoire par le gardien des Rouge et Noir.

Quand aux Bordjis, en excellente forme physique, ils tentèrent à plusieurs reprises de porter le danger dans le camp des Lakhdaris qui évoluaient sur les nerfs et commettaient des erreurs pouvant être fatales surtout à l’intérieur de leur camp. Après la pause-citron et leur retour des vestiaires, les deux formations reprirent leurs actions.

Les poulains de Guedouari, qui reprirent confiance en eux-mêmes, ont à plusieurs occasions raté lamentablement de scorer et par là même tuer le match.

Ce n’est qu’à la 90’ de jeu, sur un retour du ballon mal intercepté par l’adversaire dans la surface de réparation, que les Lakhdaris inscrivent le seul et unique but de la partie.

L’entraîneur de la JS Bordj-Ménaïel:

l “La partie s’est bien déroulée. Normalement la fin du score aurait été de 0-0 partout.

Le but marqué fait suite à une charge sur notre gardien. Les arbitres sont les responsables du mal de notre fooball. Il doivent être rééduqués”.

L’entraîneur de l’IB Lakhdaria:

l “Ce match a été un match de l’impatience. Au lieu de commencer à 14h, l’arbitre nous a fait attendre jusqu’à 15h15. Nous étions sur les nerfs; le contraire serait arrivé si le match avait débuté à temps. Quand à Bordj-Ménaïel, il croyait jouer un championnat et cherchait un nul.

Ath Mouhoub

DEPECHE DE KABYLIE 1 MARS 2008

La voie ferrée : un passage dangereux

LakhdariaLa voie ferrée : un passage dangereux

Les habitants du quartier El Krichiche vivent dans un cauchemar. Le quartier se situe à l’ouest de la ville de Lakhdaria.

De l’est, la voie ferrée longe la cité et la sépare de l’un des plus grands quartiers de la ville où sont implantés les établissements scolaires : l’école primaire, le CEM et le lycée du nord, dans un ravin de plus de 30 mètres de profondeur coule un oued et engendre des érosions du terrain où sont bâties des villas. La voie ferrée et l’oued représentent deux dangers auxquels sont confrontés les habitants. A cela, s’ajoute le manque de commodités de la vie.

Mais pour l’heure, la préoccupation majeure des citoyens reste le chemin de fer que traverse les enfants en bas âge ; en d’autres termes, les enfants scolarisés à l’école primaire située à l’extrême sud-est du quartier mitoyen et les parents craignent le pire des choses. Un enfant pourrait être atteint d’un accident ferroviaire car certains enfants empruntent la voie ferrée pour se rendre à l’école en vue de gagner temps et distance en ignorant ce qui arriverait par inadvertance au conducteur du train.

Un père de famille nous dira : “La peur et le frayeur font partie de ma vie. Je craints que je ne sois surpris par un appel téléphonique m’invitant à regagner mon domicile. Si cela se produisait, sans doute, qu’un malheur est survenu. Que les pouvoirs publics se penchent sur notre problème. L’édification d’une passerelle est nécessaire pour sauver nos enfants et il faut les protéger”.

En effet, la voie ferrée est un risque pour ces innocents. Soulignons aussi que l’endroit où traversent ces enfants manque de visibilité. Les citoyens ne sont avertis de l’arrivée et du passage d’un train que par le sifflet strident de la “machine”. Imaginons un peu comment serait l’état du corps de la victime du train ? En définitive, les habitants de ce quartier lancent un appel de détresse aux autorités compétentes à prendre en charge ce problème crucial et cruel qui touche à la vie des enfants et les menace quotidiennement d’où une passerelle est nécessaire et indispensable.

A. Bouzaidi

Depeche de kabylie 1 mars 2008

Absence d’infrastructures sportives à Lakhdaria


Absence d’infrastructures sportives

Lakhdaria est une ville ambitieuse, très même, puisque elle est prête sur plusieurs fronts à faire face à la complexité des difficultés découlant du lancement d’une multitude de projets à la fois.

Surtout celles d’infrastructures où pourraient se mobiliser, activer, et décompresser les jeunes. Répertorier ce qui fait défaut, ne pourra se faire que par une personne bien au fait des manques dont souffre le chef-lieu de la commune. Qui d’autre mieux, qu’un vice-président d’APC, président d’une association sportive, en l’occurrence Brahim Goura  pourrait nous fournir de plus amples informations et préciser avec exactitude le rapport besoins/disponibilités.  Tout de go, celui-ci nous dira “en termes d’infrastructures sportives, certaines localités à l’exemple de Aïn Bessem, et de Sour El Ghozlane sont mieux nanties, bien que rien de particulier ne les différencie les unes des autres”. Là notre interlocuteur fait allusion aux stades de foot des villes sus-citées qu’on a doté tout récemment de tartan, alors que le leur, datant de la période coloniale, est recouvert d’une couche de tuf. Pour qui ne connaît pas Lakhdaria, celle-ci a une superficie de 97km2, pour une population de 65 000 à 70 000 habitants, la jeunesse représente 70% de l’ensemble des résidants.

Le manque d’infrastructures dans cette ville, concerne plusieurs quartiers  et donc plusieurs milliers de personnes seule la cité des 480 Logements possède une aire de jeu. Le vice-président nous dira : “Les 210, ou les 450 Logements, nécessitent également qu’on les prenne en charge”, C’est pour cela, que l’association sportive   CSA-IBL qu’il préside a été créée et par son biais, il compte attirer l’attention des autres responsable concernés sur la nécessité de promouvoir l’activité sportive dans cette commune.  Certes, précise-t-il.

Les efforts des autorités sont concentrés pour l’instant sur la satisfaction des priorités de l’heure notamment la création d’emplois, le logement, et autres attentes du public,  mais il n’en demeure pas moins que cette préoccupation se pose avec acuité. Après avoir recensé les motifs ayant conduit à mettre en marge l’adoption d’une politique sportive, le même responsable nous dira “le projet de construction d’une piscine n’a pas encore vu le jour à Lakhdaria, pourtant d’autres communes, moins intéressées, en ont bénéficié”.

On voit très bien donc, que le rapport besoins/disponibilités n’est pas équilibré, car même si  le stade communal a été réhabilité, implanter d’autres aires de jeux, et réaliser une piscine, ne représenteraient qu’une infime partie de la demande.

 

A. Chérif

Depeche de kabylie 28 fevrier 2008

Guerrouma, entre passé, présent, et futurs defis

  • Commune de Guerrouma (Bouira)
    Nostalgie de la mine de cuivre et défis à venir

Cette partie du massif de l’Atlas blidéen annonçant la wilaya de Bouira par son côté Ouest (à la limité avec la wilaya de Médéa (communes de Maghraoua, Mezghenna et Tablat) assume sans grande conviction son appartenance au territoire de Bouira.

Perchée sur les monts de Zbarbar, à 600 m d’altitude, l’agglomération chef-lieu de commune est située à plus de 30 km au sud de Lakhdaria, daïra à laquelle elle est rattachée administrativement.

La route qui y mène à partir de l’ex-Palestro, le chemin de wilaya 93, serpente laborieusement avec une pente allant crescendo jusqu’à faire ahaner le véhicule le plus robuste. En outre, les virages trop aigus donnent une sensation irrésistible de vertige. ہ mi-chemin, nous planons déjà, comme par une magique vue d’avion, sur les vallons et méandres de Oued Bouamoud qui nous montrent les fastes de la nature : l’eau ruisselle sur les falaises rocheuses et les chevreaux s’accrochent aux branches et ramures d’oléastre et de pin d’Alep. La circulation sur la route est très discrète. On peut rouler pendant un quart d’heure sans croiser aucun véhicule. Même si la situation sécuritaire s’est substantiellement améliorée depuis le début de la décennie en cours, les villages et hameaux de la région ont connu pendant plusieurs années le diktat terroriste qui a laissé des traces indélébiles dans la société. Les forces de sécurité et les Patriotes ont payé le prix fort dans leur lutte contre les organisations criminelles qui ont écumé, des années durant, les maquis et les forêts entourant les zones habitées.

La région de Guerrouma se remet difficilement de la longue épreuve d’insécurité qui l’a prise en otage depuis le début de l’aventure terroriste. N’est-ce pas que c’est sur ces monts invaincus pendant la guerre de Libération que le djihad contre les Algériens a été proclamé en 1992 ? Des dizaines d’innocents (bergers, ouvriers, paysans) ont été fauchés par le règne de la bêtise aussi bien sur la route dans leurs domiciles. Mais, ici, on veut tourner la page de l’insécurité et du terrorisme. Le constat de ces années où les bourgades et les propriétés furent abandonnées est des plus alarmants. D’abord, il y a ceux qui ne sont pas revenus et qui, probablement, ne reviendront jamais. L’exode rural, qui a commencé déjà pour des raisons économiques au milieu des années 80, a subi une extraordinaire accélération à partir de 1994. Lakhdaria, Tablat, Bouira, Boumerdès, Réghaïa, …et d’autres villes du centre du pays ont reçu une partie de ces montagnards. Après le relatif retour à la paix ressenti au début des années 2000, les défis de la vie se posent crûment à ceux qui sont décidés de continuer à vivre à Guerrouma et à ceux qui la retrouvent après des années d’absence. Le chômage, l’enclavement de certains, hameaux, la santé, l’éducation et d’autres préoccupations liées au monde de la jeunesse ne cessent de contrarier les efforts et les volontés de ceux qui considèrent que ce coin de montagne est leur gîte définitif et qu’il y a lieu de le promouvoir et de le rendre vivable.

Aux bourgades de Zouatène, Diour et Aïn Beïdha, on se sent plus proche de Tablat (wilaya de Médéa) que du chef-lieu de la daïra de Lakhdaria auquel pourtant ces pâtés de maisons se rattachent. Pour consulter un médecin où acheter un médicament dans une pharmacie, les gens se rendent sans hésitation à Tablat, une ville située à 15 km de ces lieux. Pour descendre à Lakhdaria en vue de retirer des papiers administratifs par exemple, le déplacement relevait, jusqu’à un passé récent de l’exploit. La régularité des navettes de transport public n’est acquise que récemment.  » Auparavant, il nous arrivait de ne pas revenir dans la journée une fois descendus à Lakhdaria. Moi-même, j’ai passé la nuit chez des proches de la ville lorsque je me suis aventuré en 1999 à faire la chaîne dans les bureaux de la CNAS. C ’est au bout du troisième jour que j’ai regagné Guerrouma « .

Vaste de 97 km2, la commune de Guerrouma abrite une population de presque 20 000 habitants répartis sur plusieurs hameaux. Les plus importants sont le village agricole de Aïn Beïdha, Diour, Beni Anane, Zerarka, Tifirès et Zouatène. Ce dernier hameau que dessert une piste étroite s’accroche vertigineusement au versant Est de l’Oued Isser. La topographie abrupte des lieux a exclu toute infrastructure d’importance. La même configuration s’offre au visiteur à Tifirès. L’enclavement est vécu dans toutes ses dimensions hormis une école primaire qui occupe la seule plate-forme que possède le hameau. Pour chercher du travail, il faut se déplacer sur des dizaines de kilomètres sans être sûr d’être embauché.

L’agriculture de subsistance qui prévalait il y a une quinzaine d’années se réduit en peau de chagrin. Les nouveaux programmes initiés avec le soutien de l’ةtat n’ont pas encore donné de résultats tangibles. Beaucoup de citoyens, au vu du regain d’intérêt du gouvernement pour les industries minières, nourrissent l’espoir de réactivation de l’ancienne mine de Guerrouma où étaient exploités le cuivre et le baryte. Dans les vieilles galeries étaient employés, jusqu’aux années soixante, des centaines d’ouvriers de la région de Guerrouma, Boukram, Bouderbala, Maâla, El Kadiria et Lakhdaria. Aujourd’hui encore, on retrouve les galeries et les pistes qui ont servi à l’exploitation de cette mine. Comme nous l’a déclaré un éleveur de lapins, formé par les épreuves de la vie, à la fois aigri et aguerri : il est difficile de dégager les priorités sur ces collines enclavées de Guerrouma où tout reste à faire.

La beauté sauvage des collines et des pitons du pays de Zbarbar abrite des hommes à la recherche de leur destin, des jeunes désœuvrés et sans repères, des volontés confusément affirmées pour la reconstruction d’un monde déchu par une fatalité de l’histoire. Les yeux hagards, la tenue bancale, l’esprit occupé et le cœur accroché à l’espoir d’un avenir meilleur.

Pour la majorité des habitants, l’avenir immédiat, l’espoir à portée de main, c’est ce barrage de Koudiat Acerdoune. La commune de Guerrouma domine le lac par l’amont. Avec ses 640 millions de M3, cet ouvrage qui sera réceptionné dans quelques mois, est considéré ici comme le véritable trésor qui bouleversera la vie de la région.

Amar Naït Messaoud

Depeche de kabylie 19/01/2007

Noms de nos villes et villages

La toponymie actuelle de la Kabylie

Des villes ont gardé des dénominations berbères en Kabylie, ainsi que les noms des montagnes et des fleuves, mais la colonisation française en a changé beaucoup.

Les dénominations  berbères, bien attestées dans l’antiquité, le sont également au Moyen âge. Lorsqu’ils se sont mis à fonder de nouvelles cités, les  Berbères –rien de plus naturel- vont leur donner des noms tirés de leur langue. 

C’est ainsi qu’en  935 ou 936, lorsque le prince sanhadjien,  Ziri Ibn Menad, a fondé sa capitale dans le massif du Titteri, il lui a donné le nom d’Achir, mot provenant de achchir/ ichcher, ‘’ongle’’, sans doute à cause de la forme du site. Le nom est encore conservé mais sous une forme arabisée : al Achir ou al Yachir.

Certains noms kabyles remontent au Moyen âge. C’est le cas du nom de Dellys où il apparaît sous la forme de Tadlest (on lit aussi dans les sources arabes : Tadellest, Tadallis),  mot provenant du berbère adles, ‘’diss, ampelodesmos tenax, une plante rugueuse’’. Le nom actuel est  la forme arabisée de adles, qui a donné le français Dellys.

 

Villes et villages ayant changé de noms

Si  tout au long du Moyen âge et  des période qui ont suivi, la toponymie algérienne a peu changé, gardant globalement une origine berbère ou arabo-berbère, la colonisation française, va la bouleverser, et, dans certaines régions de fond en comble. Et quand elle ne change pas un toponyme, elle le francise ou le couple avec un toponyme d’origine française.

Bgayet (en arabe dialectal Bjaïa) devient Bougie, mot pris de Bagayet et pris comme dénomination de la bougie, parce que la cire qui servait à fabriquer ce produit, provenait justement  de la ville qui l’exportait vers l’Europe. Ce nom allait dominer, tout au long du Moyen âge et s’imposer avec la colonisation française.

Sur la route d’Alger à Tizi Ouzou, c’est toute la série des villages coloniaux, devenus plus tard des villes.

On peut citer Ménerville,  connue des Kabyles sous le nom de Tizi Nat Aïcha, le col des Nat  Aïcha, du nom de la tribu kabyle, qui l’occupait, devenue, aujourd’hui Thénia, mot signifiant en arabe ‘’col’’.

C’est le cas de Naciria,  qui succède au village colonial de Haussonvillers, créé par des colons venus de l’Alsace et la Lorraine, occupées par l’Allemagne, après la guerre de 1870.  Les Kabyles l’appelaient La’zib ‘’ferme, établissement agricole, habitation isolée dans la campagne’’.  On disait aussi  La’zib n Za’mun, du nom de la tribu qui appartenait à la région. Le village a pris, à l’indépendance, le nom de Si Nacer, un martyr de la guerre de Libération, issue de la région. Mais beaucoup de gens continuent à l’appeler La’zib, comme quoi, la toponymie officielle ne recouvre pas forcément la toponymie traditionnelle. .

On citera un dernier exemple de villes ayant perdu son nom kabyle pour un nom français : Larba Nath Iraten, à 27 km au sud-est de Tizi Ouzou.  La ville est réputée pour son artisanat, son marché qui se déroule le mercredi et jusqu’à ces dernières années, par sa grande fête des cerises, occasion à de grandes réjouissances annuelles. Mais Larbaâ Nath Iraten est avant tout le symbole de la résistance à la conquête et à l’oppression coloniales.

Après avoir repoussé, sous la direction de Fadhma N’soumer les assauts du Maréchal Randon, l’héroïne kabyle tombe sous le nombre, le 25 mai 1857. Une grande partie de sa population est massacrée, des dizaines de maisons ont été rasées et, sur la crête la plus élevée est construit un fort, destiné à surveiller la région. Des remparts, entourant la ville, seront élevés par la suite. C’est le maréchal Randon qui a donné au fort, puis à la ville le nom de Fort Napoléon, en reconnaissance à Napoléon III, empereur des Français, qui a encouragé et financé la conquête de la Kabylie. Après la chute de l’empire et l’avènement d’un régime républicain, la ville prend le nom de Fort National qu’elle va garder jusqu’à l’Indépendance.  Le nom kabyle, Larbaâ Nath Iraten  qui signifie : ‘’Marché du mercredi de la tribu des Nath Iraten’’, lui est donné ensuite. C’était en effet là, à cet endroit, que l’on se réunissait pour vendre le bétail, avant la conquête.

Oronyme  et hydronyme

Rappelons que l’oronymie est l’étude des noms de sommets : montagnes, collines, vallons, plateaux, ainsi que des reliefs plats, comme les plaines, et l’hydronymie est ou étude  des cours d’eau, des ruisseaux, des sources, des oueds etc.

Les montagnes, les fleuves ne changent pas de nom. Certains noms semblent attestés depuis l’antiquité. Pline l’Ancien, dont on cite plusieurs passages sur l’Atlas, écrit que les populations autochtones appelaient cette montagne  Addiris ou Diris, nom qui évoque irrésistiblement le berbère adrar ‘’montagne’’, avec peut-être une finale latine en s. Ce nom pourrait suggérer que Atlas n’était pas autochtone et qu’il pourrait avoir été donné par les Grecs, le nom indigène étant Diris.

On sait que la dénomination de la montagne, en berbère, a survécu au Moyen âge et que l’habitude d’appeler Djebel toute montagne en Algérie, à la place de adrar est une… habitude française ! En Kabylie et dans les pays berbérophones, les montagnes sont désignées sous le nom générique de adrar : Adrar n Djerdjer, Adrar n Ukefadu etc. Les noms propres de montagnes sont restés. Ainsi, Gouraya, nom de la  montagne surplombant la ville de Béjaïa, célèbre pour porter le mausolée de la Sainte femme, patronne de la ville, à laquelle la tradition donne le nom de Yemma Gouraya, Mère Gouraya.

La forme de la montagne, qui suggère  la silhouette d’une femme étendue, a peut-être justifiée l’appellation, à moins que ce ne soit cette forme qui ait inspiré la légende de la sainte. Mais Yemma Gouraya n’est pas seulement une figure de légende puisque des sources historiques établissent son existence.

Elle est notamment intervenue en 1512 lors de la tentative de Aroudj de délivrer Béjaïa du joug des espagnols. Selon la  tradition, Yemma  Gouraya, tout comme  Lalla Khlidja, vivait en anochrète dans la montagne.

Elle n’était pas mariée et se consacrait à la lecture du Coran et à la prière. On lui prête de nombreux miracles, dont celui de se transformer en colombe pour échapper à ses ennemis. Yemma Gouraya est appelée ta’assast n lbeh’er, la gardienne de la mer, parce que, selon la tradition, elle a arrêté, d’un signe de la main, la mer qui menaçait d’inonder la ville.

D’après le Ghazaouet, Arouj, le chef turc et ses frères, qui manquaient de poudre avaient décidé de se retirer et avaient congédié les centaines de Kabyles venus de la montagne pour délivrer la ville. Yemma Gouraya a alors maudit les Espagnols et a prédit leur défaite.  La légende nous apprend encore que Yemma  Gouraya était la fille de sidi Ayad, dont le mausolée se trouve à Tifra (Sidi Aïch), elle avait trois sœurs : Yemna Yamna, établie à Béjaïa,  Yemma Timez’rit, à Timezrit et Yemma Mezghitan à Jijel.

Une autre chaîne de montagnes de l’Algérie du Nord, en Kabylie, est le Djurdjura : elle domine si bien cette région qu’on a pris l’habitude de désigner celle-ci par Kabylie du Djurdjura, par opposition à la Petite Kabylie, elle, dominée par le massif de l’Akfadou.

En Kabyle, le Djurdjura est également appelé Adrar b°dfel, ‘’la montagne de la neige’’, à cause des quantités abondantes de neige qui y tombent. La neige dure jusqu’au mois d’août, dans les grottes sont plus élevées : autrefois, on en ramenait et on l’utilisait comme rafraîchissement.

 Le point culminant du Djurdjura porte le nom  d’une sainte, Lalla  Khlija, qui vivait dans une grotte, et que l’on surnommait Lalla Khlija tu’kift, la paralytique. Le mont porte aussi le nom de Tamgout n Lalla Khlija, ‘’le pic de Lalla Khlija’’.

Le nom de la montagne est la déformation arabe, puis française, du kabyle jerjer, ou Adrar n Jerjer : le nom provient  du verbe kabyle jjerjer ‘’être élevé, être haut, être plein de pierres, en parlant d’une montagne’’. Il s’agit  sans doute d’une formation onomatopéïque, une forme analogue existant en arabe classique : djarrara ‘’terrain déprimé couvert de cailloux’’, rapporté à une base jerr ‘’dresser une grosse pierre, un rocher’’.

La ressemblance des deux mots, d’origine onomatopéïque, est sans doute une coïncidence.

 

La  toponymie actuelle de la Kabylie

Nous continuons ici avec quelques hydronymes et des lieux dont les noms réfèrent à la situation géographique.

L’Akefadou est la deuxième  chaîne de montagne par laquelle  se termine, dans la direction sud-nord,  le Djurdjura. On la considère encore   comme une voie de communication entre la vallée du Sebaou, en Grande Kabylie, et la vallée de la Soummam, en Petite Kabylie. Mais ces dénominations de Petite et de Grande Kabylie sont des dénominations administrative, datant de la colonisation.

Cet étrange nom, Akefadou, n’a plus de pendant kabyle actuel, mais on peut le rapprocher du verbe encore vivants, dans certains parlers, ekfad, employé pour  crème de lait qui déborde, autrement dit pour tout ce qui déborde, comme signe d’abondance. Le nom pourrait signifier ‘’la montagne des biens abondants’’.

 

Hydronymes

L’un des plus grands fleuves de Kabylie est la  Sebaou, long de 120 km environ.  Il prend sa source dans la montagne du Djurdjura, près du col de Tirourda et  traverse plusieurs localités avant de se jeter dans la mer,  dans une plage à l’ouest de Dellys.

Dans la toponymie actuelle, le nom de Sébaou est proche de Seybouse, fleuve de la région de Annaba, dans lequel on retrouve l’élément Seb- et, au Maroc, Sebou, cours d’eau qui se jette dans l’Atlantique.  En revanche, un rapprochement avec  des oronymes européens, tels Save, en France, pour justifier implicitement une origine latine de asif, doit être écartée : le nom courant du fleuve en latin n’est pas savus mais flumen. Selon une hypothèse récente, le nom de la Sébaou serait Adyma, nom qui semble avoir une consonance berbère.

Un fleuve de Kabylie, la Soummam, qui traverse la Kabylie de Bejaïa, a reçu de nombreuses étymologies : au 19ème siècle, les Français ont voulu l’attacher à un notable de la région, on lui a donné une origine arabe, en le faisant venir de semmam ‘’le fleuve aux cailles’’, du kabyle asemmam ‘’amer’’. En réalité, on ignore l’origine de ce mot, dans lequel on reconnaît, cependant, le mot amam’’eau’’.

Un autre fleuve de Kabylie est l’Isser qui a donné son nom à la localité qui le traverse. à 64 kilomètres à l’est d’Alger, sur la route d’Alger à Tizi Ouzou. L’oued Yesser traverse l’oued Djemaa,  tourne au nord  pour se jeter dans la mer. Dans l’antiquité l’oued était appelé  Usar, nom qui semble phonétiquement proche du nom actuel.  Il faut signaler que l’oued Isser, affluent de la Tafna, en Oranie, portait, dans l’antiquité un nom proche : Isaris. Usaris, Isaris et Isser proviennent  probablement  d’une racine berbère SRY, illustrée par plusieurs mots, relevés dans différents dialectes :  esri   » faire courir, laisser galoper un cheval , p. ext. pratiquer la liberté de mœurs (homme ou femme)  » sesri  » faire courir  » tasarayt, pl. tiserayîn  » fait de courir, galop , temps   » asri, pl. asriwen  » liberté de mœurs, actes de liberté de mœurs  » amesru, pl. imesra  » homme qui pratique la liberté de mœurs  » fém. tamesrayt, pl. timesra ; iseriyen,   » animaux passant loin du campement  » (Touareg) amsari  » course à cheval, équitation  » (Ouargla) srirrey  » agir vite, faire vite, être rapide et efficace  » asrirrey  » fait d’agir vite, dénouement rapide et heureux  » (Maroc Central) isrir  » être dégagé (ciel) , être libre (local)  » (Kabyle).

Le nom de la vallée et du cours d’eau qui la traverse, Ighzar, a fourni plusieurs exemples de toponymes, dont Ighzer Amokrane ‘(‘la grande Vallée, le grand ruisseau’’). 

 

Villes et villages

De nombreux villages portent le nom de ‘’village’’, taddart, en Kabyle, avec parfois une spécification : Taddart Ufella, le Village du Haut, et Taddart Bbwadda, le Village du Bas.

Le nom de la ville, disparu du kabyle, est conservé par la toponyme. Ainsi, on peut citer Ighram, localité de Petite Kabylie, sur la rive gauche de la Soummam, non loin d’Akbou.  C’est même l’une des rares attestations en Kabylie ighram,  attesté dans d’autres dialectes. Le sens général du mot est  agglomération et se retrouve en touareg : ighrem ‘’ville, bourg, village’’, taghremt  » petit village, petit château’’, en néfousi, aghrem, ‘’ville’’en mozabite, aghrem,  » cité, ville, ville entourée de remparts, village’’, en zenagi, dialecte de Mauritanie, irmi  ‘’village, agglomération sédentaire’’. Dans les  parlers du Maroc central dans le groupe tamazi$t, ighrem a le sens de  ‘’village, village fortifié’’ et de  ‘’magasin à grain’’, le diminutif  tighremt  a le sens de ‘’maison fortifiée’’, ce sens se retrouve également en tachelhit : igh$remt, ‘’maison fortifiée, maison pourvue de tours’’, et le masculin igherm a plusieurs sens secondaires : ‘’mur de soutènement d’une culture, ruines d’une habitation, etc.

Des qualificatifs suivent parfois le nom du village ou de la ville. Ainsi, par exemple, Tamokra, village de la région d’Akbou,  au sud-est de Béjaïa, connu, dans toute la Kabylie pour sa zaouia et sa station thermale, tous les deux portant le nom de Sidi Yahya Al Aïdli. Tamokra est l’abréviation de Tamoqrant, c’est-à-dire Taddart Tamoqrant, ‘’le grand village, le gros bourg’’.

 

Dénominations géographiques

On sait que dans de nombreuses langues, la toponymie, pour traduire le relief, utilise les parties du corps humain. Ainsi, en kabyle iglil ‘’le bras’’ (colline, monticule), ixef ‘’la tête’’ (pour la montagne), aarur ‘’dos’’ etc.

Dans la catégorie des Ighil, on peut citer Ighil Ali, village de Kabylie, à 20 km au sud d’Akbou, dans la tribu des Aït Abbas, sur le versant nord de la chaîne des Bibans. Ici, Ighil est déterminé par un nom propre d’homme, Ali, dont on ignore l’origine.

C’est le cas également d’Ighil Ouantar, village de Kabylie, à quelques kilomètres au nord de Seddouk. Le village est célèbre par ses salines, Tamallah’t en kabyle, exploitées depuis les temps immémoriaux par les populations locales.

Ighil Ouantar signifie La colline de Antar, où antar est un nom propre d’origine arabe signifiant ‘’fort, preux’’.

Le mot ighil est parfois couplé à un mot kabyle : par exemple Ighil Bbammas, chez les Aït Menguelat.

Ifri est la dénomination de plusieurs  villages, de grottes et de lieu-dits en Algérie et au Maghreb. L’Ifri le plus célèbre, en Algérie, est le village situé sur le versant ouest de la Soummam, dans la wilaya de Béjaïa et où s’est déroulé, le 20 Août 1956, le congrès dit de la Soummam, qui a réuni les responsables du FLN et qui a pris des décisions politiques importantes sur l’avenir de la Révolution. Le village, qui relève de la tribu kabyle des Ouzellagen (d’où le nom souvent donné au village, Ifri-Ouzellagen, pour le distinguer d’autres Ifri) est aujourd’hui transformé en musée de la Révolution. Le mot ifri provient d’une racine berbère, FRW, qui a fourni un verbe, afer, ‘’creuser’’, aujourd’hui attesté uniquement dans le parler berbère de Qalat Sned, en Tunisie, et des dérivés divers , tafrawt, pluriel tifrawit ‘’trou’’, dans le même parler, tafrawt, pluriel tifrawin, ‘’auge’’ en touareg, tafrawt, pluriel tiferwin, ‘’ cuve du moulin à huile dans laquelle on triture les olives’’ , au Djebel Nefoussa, ‘’bassin de réception d’un puits’’, en chleuh, et surtout ifri, pluriel ifran, ‘’grotte, trou, rocher esacarpé, abri sous roche (Djebel Nefoussa, Maroc central, chleuh, kabyle, chaoui etc.).

Un autre lieudit, Ifrène,  à quelque km au nord-est de Toudja où se trouvent les vestiges de l’aqueduc romain qui, sur une vingtaine de kilomètres, portait l’eau à la ville de Saldae (Béjaïa).

Au niveau du col d’el Hanaïat, on peut voir encore les restes des piliers qui le portaient et qui atteignaient 15 m.  Près du village d’el Habel, l’aqueduc passe  sous un tunnel de  500 m de long. D’après les sources, c’est le vétéran Nonius Datus, de la troisième légion, qui a dirigé les travaux de creusement. Ifrène est le pluriel de ifri ‘’grotte’’ (voir Ifri). Le col, appelé tizi en kabyle, a fourni Tizi Ouzou, sur laquelle nous reviendrons à propos de la botanique. Le toponyme est très courant en Kabylie et se retrouve même dans d’autres régions berbérophones.

Le nom de la ‘’source’’ est tala, également répandu en Kabylie. Si Tit, autre nom berbère de la source est absent en Kabylie, on rencontre, mais rarement Aghbalu, l’une des montagnes surplombant Toudja, dans la région de Béjaïa.

 

La  toponymie actuelle de la Kabylie

 

Altitude, flore et végétation se retrouvent largement dans la toponymie kabylie.

L’altitude se retrouve dans des mots comme tizi et surtout adrar. On la retrouve également dans des mots sortis de l’usage aujourd’hui. Ainsi,  Toudja, village à 22 km à l’ouest de Béjaïa,  construit autour d’une résurgence de rivière souterraine qui alimente de luxuriants jardins, où poussent toutes sortes de fruits savoureux. Toudja se rattache sans doute au verbe berbère référant à l’altitude : adjdj ‘’être au-dessus de, p. ext. veiller, regarder de haut’’ d’où iggi ‘’lieu élevé’’(touareg), jjaj ‘’se pencher pour voir, épier’’ (ouargli), agg ‘’voir d’un lieu élevé un endroit placé plus bas’’ d’où uggug ‘’barrage, digue’’ (Maroc central), sidjdj ‘’regarder d’en haut’’ (rifain) etc. Le kabyle n’a pas conservé le verbe mais en dérive la particule nnig ‘’au-dessus de’’. Le toponyme réfère à la position du village.

Le bourrelet s’appelle iâkouren en kabyle. On peut citer comme exemple de lieu, Yakouren, forêt et village se trouve à 800 mètres d’altitude : c’est un relais de chasse très connu et un lieu d’excursion, autrefois très fréquenté par les touristes. Yakourène est la déformation du kabyle i’akuren, au propre ‘’bourrelet, aspérité, et par extension, tout ce qui dépasse, qui peut gêner’’,  dans le vocabulaire géographique, a’ekkur est une élévation de terrain, bourrelet et colline.  Le mot dérive du verbe ‘ekker, ‘ukker ‘’ être en bourrelet,  par extension être difficile’’.

Parmi les localités kabyles connues, citons Guenzet, à 10 km au nord de Zemmoura, dans la région de Bordj Bou Arréridj, dans ce que l’on appelle la Kabylie orientale. Longtemps centre de la grande tribu kabyle des Ath Ya’ala, Guenzet est entourée de nombreux villages dont certains comportent de vieilles mosquées. Au 19ième siècle, et bien qu’il n’y ait aucun vestige de ruines, le Français Charrette l’a identifiée avec l’antique  Equizetum, station romaine  sur la route de Setifis (Sétif).

Il est vrai que le nom est phonétiquement proche de Guenzet mais  cette étymologie a été depuis rejetée. le nom de guenzet est la forme arabisée de tagenza, l’une des variantes du  berbère  tawenza, au propre, ‘’front’’, dans la toponymie, flanc de montagne, barrière montagneuse

Tigzirt, station balnéaire et petit port de pêche  de la Kabylie maritime, à 125 km à l’est d’Alger. Le site a été occupé depuis la préhistoire et, aux temps historiques on pense que tigzirt doit son nom à l’ilôt qui se trouve à quelques dizaines de mètres de l’ancien port, en kabyle, tigzirt. Comme le mot est isolé en berbère, on songe à une origine arabe, djazira, mais le mot peut aussi provenir du phénicien, le site ayant été occupé par les Carthaginois, langue proche de l’arabe, ou alors appartenir à un fonds commun aux langues chamito-sémitiques.

Hammam Guergour est une localité à 

110 km de Béjaïa,  sur l’oued Bousellam, un affluent de la Soumam, à la sortie des gorges de Guergour. Hammam Guergour est surtout connu pour sa station thermale. Le nom est berbère : il provient de akerkur, kerkur, arabisé en gergur, au propre ‘’pierre placée pour délimiter une frontière, tas de pierres commémorant un événement’’

 

Flore et végétation

Nous n’allons pas aborder ici tous les noms afférant à la flore : ainsi, les Boumlal (‘’marguerite’’), Boudafel (‘’Lierre ‘’) etc. sont nombreux dans toute la Kabylie. Par contre, nous allons citer quelques noms qui se sont rendus célèbres dans le passé.

On peut citer, parmi les sites préhistoriques de la Kabylie, Draâ Zeboudja, lieudit, dans la région de Bordj Ménaïel. Une aire de cuisson des poteries, remontant à la protohistoire y a été découverte. A 1,5 km de ce lieu se trouve une aire de cuisson entourée de murs semi-circulaires, en pierres sèches, qui s’enfoncent dans le sol, soit pour alimenter les foyers, soit pour permettre la circulation de l’air. Selon les spécialistes, cette aire a pu fonctionner comme centre de cuisson de poterie. Le nom de Draaâ  Zeboudja est un composé arabo-berbère, formé de draâ ‘’bras’’, et zeboudja/ tazebbujt ‘’oléastre  ou olovier sauvage.

Tarihant est un village de la commune de Boudjima, dans la wilaya de Tizi Ouzou (130 km, à l’est d’Alger).  Le village se trouve non loin d’un site préhistorique, notamment des gravures rupestres, aux lieux-dits Azrou Imedyazen (‘’Rocher des poètes), Azrou Uzaghar (Rocher de la plaine) Garuna etc.  Tarihant est la  berbérisation de l’arabe al rayêan ‘’basilic’’.

Comme nom référant à la végétation, on peut citer un quartier dans la banlieue est d’Alger, appelée par les Français Maison Carrée, par référence au bordj turc qui s’y trouvait sur une rive du fleuve et qui s’appelait Bordj al Qantara, forteresse du pont,  ou bordj al Agha, forteresse de l’agha,  et construit en 1724. Les Français ont occupé le bordj dès 1830, après la conquête d’Alger.

Le mot “al Ëarrac” vient de l’arabe “êirâsh”, pl. aêrash ‘’forêt, bois’’, ici, ‘’lieu boisé, lieu avec végétation touffue’’. On le retrouve en kabyle sous la forme taêaôact, pluriel tiêaôacin, avec les mêmes significations. Taêeract et tiêaôôacin se retrouvent dans la toponymie kabyle (par exemple tiêaôôacin, zone industrielle dans la région d’Akbou).

Autre nom redevable à une plante : Feraoun,  commune à 50 km au sud-est de Béjaïa. La région est connue depuis les temps immémoriaux par sa production de sel, aujourd’hui encore assurée, quoi qu’en quantité moindre par les villages d’Imallahènes, littéralement ‘’les producteurs de sel’’. Selon la légende, c’est un saint de la région, Sidi Ahmed A’adnan, dont un village, I’adnanen, porte le nom, qui, d’un coup de canne, a fait monter d’une source le sel. En réalité c’est la chaleur du soleil qui fait remonter, de la saline le sel. Si le nom d’Imellahène a bien été inspiré par le sel, celui de Feraoun, le chef-lieu de la commune, lui, a été fourni par la flore locale : Féraoun, un des noms kabyles du coquelicot. …

On connaît l’étymologie de Tizi Ouzou, dont le nom signifie ‘’le col des genêts’’, en raison du passage, large de 3 km,  par lequel on peut contourner les gorges du  Sébaou..  Le genêt, cet arbrisseau épineux à fleurs jaunes, était autrefois très abondant dans la région. Aujourd’hui, il est devenu rare, les terrains ayant été défrichés pour la construction. Signalons qu’au sud-est de la ville, un lieu dit porte le nom d’El Guendoul, gendul étant la dénomination en arabe dialectal du genêt.

Tadmaït est une localité sur la route de Tizi Ouzou, à  86 km d’Alger, sur la rive gauche de l’oued Sébaou. La ville actuelle a été créée par les Français, qui lui avaient donné  le nom de Camp-du-Maréchal par référence à la conquête de l’Algérie et qui l’avaient peuplée de colons  alsaciens qui avaient fui leur pays après son annexion par l’Allemagne en 1870. Le nom kabyle signifie ‘’palmier nain’’, arbre autrefois abondant dans la région.

 

La faune

Ifira est une grotte située entre les villages d’Aourir et d’Ifigha, dans la wilaya de Tizi Ouzou, sur le versant ouest de la montagne d’Aourir. La grotte, qui contient une inscription libyque, a été signalée en 1909  par S. Boulifa, puis décrite la même année par R. Basset. Le nom d’Ifira ressemble à celui d’Ifigha, le village situé non loin de la grotte, celle-ci étant souvent appelée Grotte d’Ifigha, mais les deux noms doivent être distingués. Ifigha signifie ‘’serpents’’, terme inusité en kabyle, mais conservé dans d’autres dialectes berbères, Ifira est  l’un des pluriels attestés  de ifri ‘’grotte, caverne’’, l’autre forme étant ifran (voir Ifri*). 

M’chedallah, ville à  42 km  à l’est de Bouira, à une altitude de 450 m. La ville actuelle a été construite en 1882 par les Français qui lui ont donné le nom de Maillot. Le nom de M’chedallah, en kabyle, imchedellen, provient du nom d’une fourmi rouge à gros yeux,  amceddal, pluriel imchedallen, qui a dû être abondante dans la région.

Koudiat Aserdoun est un barrage qui sera, à son achèvement le deuxième d’Algérie. Il est implanté sur l’oued Yesser, dans la commune de Maâla,  au sud de Lakhdariaé, à 35 km de Bouira. Les travaux, confiés  en 1993  à une entreprises italienne, devaient être achevés en 1998, mais le terrorisme les a stoppés et ils n’ont repris qu’en 1999.  Les intempéries ainsi que  tremblement de terre du 21 mai 2003, qui ont provoqué un glissement de terrain les retardent de nouveau. Des travaux d’aménagement sont entrepris pour prévenir d’autres glissements.

L’ouvrage,  une fois achevé pourra alors alimenter  en eau potable et en eau d’irrigation plusieurs wilayas : Alger, Bouira, Tizi Ouzou, Djelfa, Msila, la ville de Boughzoul (Médéa) la Mitidja-Est et( la zone des Issers. Le nom du barrage, Koudiat asedoun, est un composé de l’arabe kudia, kudiat, ‘’ gros rocher, par extension, colline rocheuse’’ et du berbère aserdun ‘’mulet’’, autrement dit, ‘’le rocher, la colline du mulet’’.

 

S. Aït Larba

la Depeche de kabylie 27 FEVRIER 2008