Katibat El-Farouk de Lakhdaria

Mercredi 15 Novembre 2006)

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<big>Enquête sur les divisions au sein du GSPC </big>

Par : Sadek Bey
Liberté 15.11.2006

La situation de plus en plus difficile, dans les maquis, semble avoir contraint l’organisation
terroriste à procéder à une sorte de restructuration interne pour tenter de sauvegarder sa cohésion et éviter, par conséquent, sa désagrégation.

Même si la Charte pour la paix et la réconciliation n’a pas réussi à provoquer la saignée tant espérée en termes de reddition dans les rangs du Groupe salafiste pour la prédication et le combat, l’initiative a mis l’organisation terroriste sous une terrible pression en raison des frictions qui ont opposé les éléments tentés par le renoncement à l’action armée et les plus durs fondamentalement réfractaires à toute idée de déposer les armes. Les témoignages que nous avons recueillis auprès de sources proches de certains repentis dans la région de Lakhdaria, à l’extrême-ouest du chef-lieu de la wilaya de Bouira, confirment cette situation vécue par l’organisation terroriste durant toute la période d’application de la loi. En effet, les éléments activant au sein des différentes phalanges du groupe se sont retrouvés pris en étau entre contacts entrepris par les familles des terroristes et les autorités pour les convaincre de renoncer à l’action armée, d’un côté, et d’un autre, par les menaces de représailles brandies par les chefs les plus radicaux. Une telle situation de crise, aggravée par les nombreuses opérations de ratissage de l’armée et des autres services de sécurité, qui ont permis l’élimination de plusieurs membres du groupe dont des “émirs”, semble avoir contraint l’organisation terroriste à procéder à une sorte de restructuration interne pour tenter de sauvegarder sa cohésion et éviter, par conséquent, sa désagrégation, surtout que la pression de l’armée sur les maquis terroristes se fait de plus en plus forte. C’est dans ce cadre que la direction du GSPC aurait, selon nos sources, décidé de restructurer ses rangs en procédant à des nominations en puisant dans les effectifs de certaines de ses phalanges qui se sont distinguées par des actions d’envergure.

L’“émir” de katibat El-Farouk de Lakhdaria a été désigné conseiller militaire de l’organisation
Et à ce propos, celle connue sous l’appellation d’El-Farouk, la plus importante katibat du GSPC qui écume un vaste territoire allant vers l’est jusqu’aux hauteurs du Djurdjura et à l’ouest jusqu’aux localités de Ammal et Beni-Amrane dans la wilaya de Boumerdès, semble avoir constitué un vivier intéressant pour opérer ce remodelage. Ainsi, selon nos sources, l’“émir” de cette phalange, en l’occurrence Rabah El-Mekhfi, alias Eddekmir, originaire de la commune de Bouderbala, aurait bénéficié d’une “promotion” puisqu’il aurait été nommé, il y a quelques mois, comme conseiller militaire de l’organisation terroriste. Cet ancien militaire connu pour être un dur parmi les durs au sein du groupe terroriste a, en effet, à son actif un passé très étoffé de crimes terroristes les plus divers. La katibat qu’il a dirigée compterait, selon différentes sources, quelque 80 éléments, basés principalement dans les monts surplombant les villes de Omar, Kadiria et Lakhdaria, mais, ce qui a, apparemment, pesé dans la décision de l’ “émir” national, Abdelmalek Droukdel, alias Abou Mosâab Abdelwadoud, de renforcer la direction de l’organisation par l’“émir” de katibat El-Farouk, c’est la position de ce dernier à l’égard de la Charte pour la paix et la réconciliation. Eddekmir, qui a succédé à d’anciens chefs de la katibat comme Bouchmak Hacène, alias Abou el-Hassan, et Ryad Khaldi, n’avait pas seulement eu une position ferme et tranchée par rapport à cette question en rejetant toutes les offres des autorités et des intermédiaires, mais il a réussi par une main de fer à maîtriser ses troupes en arrivant à empêcher toute reddition massive de ses éléments.
Des affiches signées par lui-même avaient été placardées dans certains endroits dans la région de Lakhdaria. “Je ne reconnais pas cette réconciliation du président et je ne traite pas avec le taghout”, avait-il écrit pour désapprouver la politique de réconciliation. Pourtant, à la veille de l’expiration des délais de la charte, plusieurs éléments de cette phalange, en contact avec leurs familles respectives et l’ancien “émir” national du GSPC Hassan Hattab, avaient exprimé leur volonté de quitter le maquis.
Ces éléments, pour la plupart des fidèles à l’ancien chef de l’organisation, Hassan Hattab, avaient observé pendant plusieurs semaines une trêve occupant des campements près des hameaux de Baba-Ali et Krarib au cœur des monts surplombant les villes de Lakhdaria et de Kadiria. Eddekmir avait donc, d’une manière ou d’une autre, pu dissuader ces terroristes d’abandonner l’action armée. Cependant, cela n’aurait peut être pas suffi à Saïd El-Mekhfi pour gagner en grade dans l’organisation terroriste, n’était-ce un bilan d’actions terroristes des plus “garnis” inscrits à son actif. Embuscades contre les services de sécurité, accrochages, faux barrages, assassinats, sabotages, bombes… la liste des méfaits commis par ce sanguinaire est malheureusement très longue. Alors qu’il écumait les monts de Bouzegza, Boukram et Guerouma et Zbarbar, à la tête de la modeste katibat El-Forqane, en remplacement du sinistre Mehdi Younes, il a, petit à petit, réussi à se faire un nom dans la région. Il grimpera, en effet, les échelons de l’organisation en rejoignant Mahdi Younes à El-Farouk, aux environs de 2002, avant de prendre carrément le contrôle de la katibat. Les coups de boutoir portés par les différents corps des services de sécurité à la nébuleuse terroriste et qui se sont soldés par l’élimination de dizaines d’éléments armés ont ensuite contraint les diverses katibate de la région à intégrer la bannière de la principale phalange, en l’occurrence El-Farouk. El-Ghouraba, El-Moutaâhidoune, El-Houda et El-Forqane rallieront tour à tour El-Farouk qui tente de résister à l’action antiterroriste. El-Farouk se distingue des autres katibate du GSPC par le fait qu’elle est considérée comme une entité indépendante de la direction nationale de l’organisation terroriste.
Le nombre de terroristes qui la composent, son fonctionnement et son action régulière sur le terrain, semblent avoir fait de cette phalange une organisation terroriste à part entière.

Aberrezak Sersoub, alias Abdeldjabar, l’assassin du P/APC d’Ammal, dirigera dorénavant la phalange
Eddekmir, après son départ pour la direction nationale du GSPC, ne laisse pas sa place vide, puisque, selon nos sources, il aurait déjà été remplacé par un ancien de l’organisation terroriste, en l’occurrence Aberrezak Sersoub, alias Abdeldjabar qui dirigeait jusque-là, et ce, depuis 2003, la seriat (section) de Djerrah, qui fait partie de katibat El-Arqem, opérant à l’est de la wilaya de Boumerdès jusqu’aux gorges de Lakhdaria (Béni Amrane, Ammal, Souk El-Had, Thénia…). L’“émir” Abdeldjabar a notamment défrayé la chronique au mois de septembre de l’année dernière en assassinant, dans un faux barrage, le président de l’APC d’Ammal, Khaled Khelladi. Nous avons, par ailleurs, appris qu’il n’y a pas que Saïd El-Mekhfi qui a bénéficié de la promotion au sein de l’organisation terroriste.

Ahmed Djebri, donné pour mort à plusieurs reprises, a finalement réapparu au niveau de la direction du GSPC
Même l’ancien chef des phalanges El-Ghouraba et El-Farouk, Ahmed Djebri, connu pour être un proche de Hassan Hattab, aurait été appelé à rejoindre la direction nationale du GSPC. Donné pour mort à plusieurs reprises, notamment lorsqu’il avait exprimé l’année dernière sa volonté de répondre positivement aux appels des autorités à la repentance suite aux démarches entreprises par Hattab, Djebri, le chimiste, vient donc de réapparaître, si l’on se fie aux informations avancées par des milieux proches des repentis dans la région de Bouira. Le GSPC a, selon toute vraisemblance, besoin des services de ce chimiste, surtout que la nouvelle stratégie de l’organisation terroriste est basée sur le recours aux attentats à l’explosif. Mais, il faut dire aussi qu’à travers cette “promotion”, l’“émir” du GSPC veut récupérer à ses côtés un élément qui a toujours été sensible aux initiatives politiques lancées à l’adresse des groupes armés encore en activité. L’année dernière, il avait pris position avec plusieurs de ses acolytes, tous des fidèles à Hassan Hattab, au niveau de la forêt Lalla Oumessad à 3 km au nord de la ville de Lakhdaria, observant une trêve pour tenter de négocier une sortie honorable pour lui et ses hommes. Il avait même été vu à cette époque du côté de Béni Azem à 2 km au nord de la ville de Lakhdaria d’où il est originaire. Mais, après, il a complètement disparu au point où on le donnait pour mort.
Des rumeurs faisaient état de son élimination par ses acolytes réfractaires à toute idée de reddition. Selon toute vraisemblance, il a pu tirer son épingle du jeu en arrivant à survivre dans le maquis depuis qu’il activait au sein de l’Armée islamique du salut (AIS).

Djebri le chimiste rejoint Droukdel l’artificier
Récemment, lorsque les services de sécurité ont découvert à quelques encablures au sud de la ville de Lakhdaria un atelier de fabrication de bombes artisanales, avec à l’intérieur une quarantaine de bonbonnes de gaz, des portables, des briquets et des produits chimiques pouvant servir à la confection d’engins explosifs, l’on n’a pas hésité dans la région à avancer le nom de Djebri comme étant le responsable d’une telle entreprise. Il ne serait pas non plus étonnant qu’il soit derrière les deux attentats à la voiture piégée perpétrés récemment contre les commissariats de Dergana et Réghaïa. Ses connaissances dans le domaine du maniement des explosifs créditent cette thèse. Et son rapprochement avec le premier responsable du GSPC, il ne le doit pratiquement qu’à cette qualification. Il faut dire que l’“émir” national de l’organisation, Abdelmalek Droukdel, n’est autre que l’ancien artificier du groupe du temps où Nabil Sahraoui, dit Abou Ibrahim, était chef du GSPC avant de lui succéder au printemps 2004, à la suite de la mort de ce dernier, lors d’une opération de l’armée à Adekar, dans l’Akfadou.
En tant qu’artificier, Droukdel est parfaitement conscient du service que peut rendre à l’organisation l’ancien “émir” de Lakhdaria. C’est ce qui expliquerait d’ailleurs l’intégration de Djebri dans la direction nationale du GSPC qui a pris option cette fois-ci pour le recours aux engins et véhicules piégés.

Sadek Bey

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