Guerrouma, entre passé, présent, et futurs defis

  • Commune de Guerrouma (Bouira)
    Nostalgie de la mine de cuivre et défis à venir

Cette partie du massif de l’Atlas blidéen annonçant la wilaya de Bouira par son côté Ouest (à la limité avec la wilaya de Médéa (communes de Maghraoua, Mezghenna et Tablat) assume sans grande conviction son appartenance au territoire de Bouira.

Perchée sur les monts de Zbarbar, à 600 m d’altitude, l’agglomération chef-lieu de commune est située à plus de 30 km au sud de Lakhdaria, daïra à laquelle elle est rattachée administrativement.

La route qui y mène à partir de l’ex-Palestro, le chemin de wilaya 93, serpente laborieusement avec une pente allant crescendo jusqu’à faire ahaner le véhicule le plus robuste. En outre, les virages trop aigus donnent une sensation irrésistible de vertige. ہ mi-chemin, nous planons déjà, comme par une magique vue d’avion, sur les vallons et méandres de Oued Bouamoud qui nous montrent les fastes de la nature : l’eau ruisselle sur les falaises rocheuses et les chevreaux s’accrochent aux branches et ramures d’oléastre et de pin d’Alep. La circulation sur la route est très discrète. On peut rouler pendant un quart d’heure sans croiser aucun véhicule. Même si la situation sécuritaire s’est substantiellement améliorée depuis le début de la décennie en cours, les villages et hameaux de la région ont connu pendant plusieurs années le diktat terroriste qui a laissé des traces indélébiles dans la société. Les forces de sécurité et les Patriotes ont payé le prix fort dans leur lutte contre les organisations criminelles qui ont écumé, des années durant, les maquis et les forêts entourant les zones habitées.

La région de Guerrouma se remet difficilement de la longue épreuve d’insécurité qui l’a prise en otage depuis le début de l’aventure terroriste. N’est-ce pas que c’est sur ces monts invaincus pendant la guerre de Libération que le djihad contre les Algériens a été proclamé en 1992 ? Des dizaines d’innocents (bergers, ouvriers, paysans) ont été fauchés par le règne de la bêtise aussi bien sur la route dans leurs domiciles. Mais, ici, on veut tourner la page de l’insécurité et du terrorisme. Le constat de ces années où les bourgades et les propriétés furent abandonnées est des plus alarmants. D’abord, il y a ceux qui ne sont pas revenus et qui, probablement, ne reviendront jamais. L’exode rural, qui a commencé déjà pour des raisons économiques au milieu des années 80, a subi une extraordinaire accélération à partir de 1994. Lakhdaria, Tablat, Bouira, Boumerdès, Réghaïa, …et d’autres villes du centre du pays ont reçu une partie de ces montagnards. Après le relatif retour à la paix ressenti au début des années 2000, les défis de la vie se posent crûment à ceux qui sont décidés de continuer à vivre à Guerrouma et à ceux qui la retrouvent après des années d’absence. Le chômage, l’enclavement de certains, hameaux, la santé, l’éducation et d’autres préoccupations liées au monde de la jeunesse ne cessent de contrarier les efforts et les volontés de ceux qui considèrent que ce coin de montagne est leur gîte définitif et qu’il y a lieu de le promouvoir et de le rendre vivable.

Aux bourgades de Zouatène, Diour et Aïn Beïdha, on se sent plus proche de Tablat (wilaya de Médéa) que du chef-lieu de la daïra de Lakhdaria auquel pourtant ces pâtés de maisons se rattachent. Pour consulter un médecin où acheter un médicament dans une pharmacie, les gens se rendent sans hésitation à Tablat, une ville située à 15 km de ces lieux. Pour descendre à Lakhdaria en vue de retirer des papiers administratifs par exemple, le déplacement relevait, jusqu’à un passé récent de l’exploit. La régularité des navettes de transport public n’est acquise que récemment.  » Auparavant, il nous arrivait de ne pas revenir dans la journée une fois descendus à Lakhdaria. Moi-même, j’ai passé la nuit chez des proches de la ville lorsque je me suis aventuré en 1999 à faire la chaîne dans les bureaux de la CNAS. C ’est au bout du troisième jour que j’ai regagné Guerrouma « .

Vaste de 97 km2, la commune de Guerrouma abrite une population de presque 20 000 habitants répartis sur plusieurs hameaux. Les plus importants sont le village agricole de Aïn Beïdha, Diour, Beni Anane, Zerarka, Tifirès et Zouatène. Ce dernier hameau que dessert une piste étroite s’accroche vertigineusement au versant Est de l’Oued Isser. La topographie abrupte des lieux a exclu toute infrastructure d’importance. La même configuration s’offre au visiteur à Tifirès. L’enclavement est vécu dans toutes ses dimensions hormis une école primaire qui occupe la seule plate-forme que possède le hameau. Pour chercher du travail, il faut se déplacer sur des dizaines de kilomètres sans être sûr d’être embauché.

L’agriculture de subsistance qui prévalait il y a une quinzaine d’années se réduit en peau de chagrin. Les nouveaux programmes initiés avec le soutien de l’ةtat n’ont pas encore donné de résultats tangibles. Beaucoup de citoyens, au vu du regain d’intérêt du gouvernement pour les industries minières, nourrissent l’espoir de réactivation de l’ancienne mine de Guerrouma où étaient exploités le cuivre et le baryte. Dans les vieilles galeries étaient employés, jusqu’aux années soixante, des centaines d’ouvriers de la région de Guerrouma, Boukram, Bouderbala, Maâla, El Kadiria et Lakhdaria. Aujourd’hui encore, on retrouve les galeries et les pistes qui ont servi à l’exploitation de cette mine. Comme nous l’a déclaré un éleveur de lapins, formé par les épreuves de la vie, à la fois aigri et aguerri : il est difficile de dégager les priorités sur ces collines enclavées de Guerrouma où tout reste à faire.

La beauté sauvage des collines et des pitons du pays de Zbarbar abrite des hommes à la recherche de leur destin, des jeunes désœuvrés et sans repères, des volontés confusément affirmées pour la reconstruction d’un monde déchu par une fatalité de l’histoire. Les yeux hagards, la tenue bancale, l’esprit occupé et le cœur accroché à l’espoir d’un avenir meilleur.

Pour la majorité des habitants, l’avenir immédiat, l’espoir à portée de main, c’est ce barrage de Koudiat Acerdoune. La commune de Guerrouma domine le lac par l’amont. Avec ses 640 millions de M3, cet ouvrage qui sera réceptionné dans quelques mois, est considéré ici comme le véritable trésor qui bouleversera la vie de la région.

Amar Naït Messaoud

Depeche de kabylie 19/01/2007

2 Réponses

  1. La lecture de votre texte m’a trés ému. J’ai connu cet endroit dans les années 1950_1960, j’ai aussi eu comme instituteur un homme né à Gerrouma qui s’appelait AZI, et je sais que je ne reverrai plus jamais ces montagnes qui nous emerveillaient. Quand je vois avec quel talent vous en parlez dans ma langue maternelle, je comprends encore moins cet abîme qui nous a séparé.

  2. bonjour Louis,
    c’est un plaisir de lire vos commentaires ici, vos gentilles remarques s’adressent au journaliste de la depeche de kabylie, moi (le webmaster ) ne fait que relayer l’information
    votre site sur l’ancien Palestro ( voir page des liens ) est tres precieux pour les gens de notre region et de lakhdaria en particulier, dommage effectivement qu’un abime separe desormais nos rives et nos vies, mais c’est ainsi, la vie est tout sauf …..un long fleuve tranquille

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