Saïd Youcef, nouvelle star de la chanson rythmée kabyle

Chanson DOUGA DOUGA en video

Saïd Youcef, la star de la chanson rythmée

“La chanson kabyle a besoin de tous les styles pour progresser”


Adulé par les jeunes, il s’est rapidement imposé comme une icône de la chanson rythmée qui a en effet, jubilé sous les airs de “C’est fini”, son album-phare. Il s’agit, comme vous l’avez deviné de Saïd Youcef, la star montante de la chanson kabyle. L’enfant chéri de Tadmaït s’est plié volontiers au jeu des questions-réponses. Il nous parle dans l’entretien qui suit ses débuts dans le monde de la chanson, ses projets mais également il nous livre en exclusivité les détails de son nouvel album qui sortira le 12 juin prochain.

La Dépêche de Kabylie : Tout d’abord parlez-nous de vos débuts dans la chanson…

Saïd Youcef : Azul. L’envie de chanter m’a hanté depuis mon enfance puisque, dès mon jeune âge, j’ai commencé à monter sur scène. Je me souviens de mes premiers pas dans la chanson, écolier que j’étais, je participais souvent aux différentes manifestations culturelles organisées par la suite, j’ai intégré la chorale de notre établissement et là, je dois dire que ce sont les encouragements de mes enseignants ainsi que mes camarades de classe qui m’ont beaucoup motivé pour continuer sur le chemin que je me suis tracé. Comme tout débutant, j’ai commencé avec les anciens tubes, à l’image de Louiza semhas du défunt Hmidouche ainsi que ceux de Fahem et tous les anciens de l’époque. Mon choix, je l’avoue, est avant tout une question du plaisir que j’éprouve en chantant mais également l’amour de ce métier…

Qu’en est-il de votre premier album…

Ah mon premier album… Cela remonte à l’an 2000, j’y ai inclu des chansons spécial-fêtes, œuvres des quelques chanteurs amateurs de notre région (Tadmaït, Ndlr) que j’ai remixées et retravaillées. Certes, l’album n’a pas connu la réussite voulue, toutefois cela m’a permis de me familiariser avec le monde de la chanson. Comme vous le savez, il n’est pas évident de se frayer un chemin, même si en ce qui me concerne je n’ai pas éprouvé, contrairement à beaucoup d’autres, des problèmes avec les éditeurs. J’en suis aujourd’hui à mon huitième.

Puis vint C’est fini l’album qui vous a révélé au grand public…

Tout à fait ! Cet album a connu une réussite éclatante, c’est le fruit d’un travail de longue haleine pour lequel nous avons conjugué les bonnes paroles, avec des musiciens professionnels mais surtout de bonnes conditions d’enregistrement dans des studios professionnels : studios Casbah. Je pense que le chanteur comme tout d’ailleurs gagne en maturité mais surtout en expérience avec le temps qui passe et la succession des produits mis sur le marché.

Dans ce cas précis C’est fini a été donc pour moi un tournant, sa réussite m’a conforté et m’a motivé pour continuer sur le chemin. Cet album qui contient six chansons dédiées à l’amour que je chante majoritairement dans mes produits, m’a ouvert les portes pour une carrière que j’espère longue et riche en réussites.

Justement, certains que vous avez évoqués critiquent le non-stop et le spécial-fêtes, quel est votre avis là-dessus?

Je pense sincèrement qu’ils ont tort pour au moins deux raisons. La première est qu’ils n’ont pas le droit de contredire des milliers de jeunes et des moins jeunes qui adoptent ce style et qui nous écoutent. Aujourd’hui, nos tubes sont repris par le public et c’est là où nous devons clore ce débat que je trouve déplacé car le public est le seul, comme je vous l’ai dit, à même de nous juger ; pour l’instant il nous donne son quitus. — Tant mieux ! Deuxièmement, la chanson kabyle a besoin de tous les styles pour pouvoir progresser, chacun devra trouver sa petite place par le travail et la qualité du produit. La chanson kabyle doit continuer son ouverture sur les styles du monde entier. Je dois préciser tout de même que la chanson rythmée n’est pas automatiquement du spécial-fêtes, au contraire, nous traitons des thèmes variés qui vont de l’amour, le social et tout ce qui touche la société. Il est donc important de faire la part des choses.

Quel est l’apport de la nouvelle génération à la chanson kabyle ?

Je pense que chaque génération a apporté sa pierre à l’édifice, la nôtre tente de moderniser au mieux la chanson kabyle avec l’introduction de nouveaux styles, de nouveaux instruments. La chanson kabyle qui s’est décomplexée vis-à-vis de cette question doit continuer sur ce chemin car il ne faut pas s’y opposer par principe. Cependant, progresser et moderniser ne doivent pas nous éloigner de notre culture ou dévaliser la chanson kabyle de son originalité, moi, je reste fidèle à cette kabylité qui m’a donné naissance.

Comment justement choisissez-vous les thèmes de vos chansons ?

Dans ce registre, c’est l’inspiration du moment qui me l’impose. Généralement, je traite des sujets qui ont trait à la vie quotidienne de nos jeunes. Je chante l’amour sous tous ses aspects, la séparation, la joie de se retrouver à deux, mais également les problèmes sociaux.

Vous vous inspirez de votre vécu ?

Du mien et de celui des milliers de jeunes qui aspirent à un meilleur vécu.

Il paraît que vous êtes sur un nouvel album qui sortira prochainement sur le marché, peut-on avoir plus de détails ?

Oui, bien sûr. Il s’agit d’un nouveau produit : Itchur Wul qui sortira le 12 juin prochain chez Dela Production. Il comportera neuf titres qui traitent des sujets variés. Je dois dire que je suis resté sur le même style, même si nous avons tenté d’apporter des nouveautés en introduisant de nouveaux styles proches du Rnb fiver. J’avoue que le thème dominant n’est rien d’autre que l’amour. Concernant les paroles et musiques, sept titres sont de moi alors que les deux restants sont de Hamid Moualhi et Tawfiq Ameur pour la musique. Les arrangements ont été pris en charge par Nabil et Hichem.

Vous avez programmé, paraît-il, une tournée promotionnelle…

Ça sera Incha Allah à partir du mois de juin. Je prépare également un clip vidéo pour l’une de mes chansons, j’espère que tout cela trouvera sa place chez notre public.

Récemment, vous avez été annoncé dans plusieurs galas à l’université et un peu partout sur le territoire de la wilaya. Votre public constate à chaque fois votre absence…

Excusez-moi de vous arrêter, car il est important effectivement de clarifier cette question pour que le public sache la vérité. Je constate autant que vous et le public que mon nom est annoncé un peu partout, je vous le dit clairement, que cela se passe généralement à mon insu. Certains en mal de publicité tentent d’attirer le public en affichant des chanteurs sans prendre le soin de les aviser au préalable. Je le dit et redit que je reste disponible pour répondre à toutes les sollicitations d’où qu’elles viennent. Cependant, il est tout à fait clair que cette question doit être réglementée afin de mettre fin à une situation que je qualifierai d’anarchique car au-delà de la pub que s’offrent les organisateurs, c’est l’image du chanteur, de l’artiste qui est en jeu.

Nous vous laissons le soin de conclure…

Premièrement, je rend hommage à l’ensemble de la famille de la chanson kabyle, les anciens qui nous ont ouvert les yeux sur le mode de l’art, même si eux nous chambrent de temps à autre (rires, Ndlr). Je souhaite que la chanson kabyle continue de progresser. Un azul à mon très cher public qui appréciera, je l’espère bien, le nouveau produit de Saïd Youcef. Je remercie votre journal, la Dépêche de Kabylie, pour l’intérêt qu’elle porte à cette région qui a besoin de tous ses fans.

Entretien réalisé par A. Z.

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Saïd Youcef à la Dépêche de Kabylie«Yeccur W-ul est un plongeon au cœur de la Kabylie…»

Le chanteur kabyle Saïd Youcef, nous a rendu visite avant-hier à la rédaction, après avoir été l’invité de la Chaîne II à l’émission Tiwiztin. Très timide et plein d’espoir il évoque dans cet entretien ses débuts dans la chanson, ses projets et bien d’autres choses.

La Dépêche de Kabylie : Pouvez- vous nous parler de votre dernier album ?

Said Youcef : C’est un album sentimental très riche et varié. Il est composé de neuf titres, sept chansons sont de moi : paroles et musique alors que les deux autres sont de Hamid Moualhi. Je vous citerais quelques chansons comme Yeccur w-ul, Am la3yun, Ayen Ayen. J’ai fais aussi Ta3amrawit, c’est une chanson traditionnelle, et originale, chaque chanson est un sentiment du cœur, beaucoup de sentiments. Les autres chansons parlent de la Kabylie, de la femme kabyle, de sa beauté et de son charme, des traditions et du patrimoine kabyles. Tout ce qui concerne la Kabylie, c’est un vieux folklore kabyle que j’ai puisé du terroir kabyle, en plus, j’ai travaillé avec Toufik Ameur, Nabil Hamzaoui et Hicham, dans trois studios : Casbah, Galaxie et Pro, c’est dire que c’est un travail que j’ai partagé avec plusieurs chanteurs.

Pour plus de précision, pouvez-vous toucher du doigt la spécificité et la particularité de ce nouvel album par rapport à vos précédentes œuvres?

Voilà, mon dernier album Edition Dylla a un cachet et un timbre particulier par rapport aux chansons que j’ai déjà enregistré, je touche vraiment à des choses très sensibles par rapport à la société, particulièrement vis-à-vis des fléaux sociaux graves, des jeunes, du chômage, la malvie, mais tout ça je le fais par un style qui est lié à l’amour et même beaucoup d’amour, il y a toujours un dénominateur commun, c’est l’amour, il y a toujours un grain d’amour dans mes chansons, même s’agissant de la malvie et la malchance, du chômage et du social, il y a toujours une présence féminine dans mes albums, et je prend toujours du plaisir en chantant.

En plus, j’ai associé trois arrangeurs, j’ai réalisé un folklore propre à moi et j’ai développé un nouveau style qui est le reggae tom, c’est comme étudier le gnawi, ou le RN’b, un style dédié spécialement aux émigrés et aux nouvelles générations.

En cette période de fêtes et de galas, quels sont vos perspectives et vos projets ?

J’ai des tournées prévues prochainement à l’est et à l’ouest du pays, en plus je vais animer des galas dans les wilayas de Tizi Ouzou, Béjaïa, Alger et Bouira. Je suis souvent sollicité pour animer les fêtes de mariages dans plusieurs wilayas tout comme j’ai des galas à animer durant le mois de Ramadhan à la Maison de la culture de la wilaya de Tizi Ouzou.

Je vais également animer d’autres galas dans d’autres wilayas. J’ai même des projets de travail à l’étranger dans les mois prochains et pour Yennayer une série de galas en France, probablement au Canada je suis toujours au stade des pourparlers avec les producteurs.

Après dix jours de la parution de votre album sur le marché, comment jugez-vous sa réception ?

Selon mes éditeurs, l’album a de bons échos, il est très demandé, il marche très bien, il y a beaucoup de demandes, les gens le demandent notamment lors des fêtes de mariages et des galas, il est très riche et varié, il est fait de festivité, de joie, d’amour, je choisis toujours les choses sensibles et qui touchent nos aînés et nos grands-pères, lorsqu’on parle d’abernousse, thamourth, thazeka… c’est des choses qui sont très importantes pour nos parents, et très chères à nos yeux parce qu’il n’est pas évident de trouver tout ça aujourd’hui, c’est une manière de pérenniser et d’immortaliser notre patrimoine, nos richesses culturelles et les repères de nos parents.

Un dernier mot pour vos fans ?

Je tiens à remercier tous ceux qui ont m’aidé pour la réalisation de ce modeste travail, et j’espère que mon nouvel album sera à la hauteur de leurs espérances et de leurs attentes. Nous essayons toujours de donner le meilleur de nous-mêmes pour satisfaire nos fans, et enfin je leur dirais Azul Thahmayane Felassen.

Maouchi Yahia

Moh Oubelaid à cœur ouvert » Chanter n’est pas encore un métier chez nous  »

Lors de la visite qu’il nous a rendue à la rédaction, Moh Oubelaid, qui ne cesse d’égayer le public de ses belles chansons, sous les airs métissés d’un folklore local et un style qui oscille vers l’oriental, a bien voulu répondre à nos questions.

La Dépêche de Kabylie : Pouvez-vous nous relater en quelques mots vos débuts dans la chanson ?

Moh Oubelaid : J’ai enregistré ma première cassette en 1993, et à partir de cette date, je produisais presque chaque année. Mais, ces dernières années, je produis une cassette toutes les deux années.

Bien avant que j’enregistre en 1993, j’avais enregistré un autre album, que j’avais seulement remis à la Radio nationale.

Comme vous le dites, ces dernières années, vous ne produisez qu’un seul album par deux années, peut-on en connaître les raisons ?

Réellement, aucune raison ne peut être derrière cela. Des fois on fait des travaux selon les priorités. Lorsqu’ on dit, chanteur, il faut savoir que sont très rares les artistes qui vivent de leur art. Chanter n’est pas un métier chez nous. Aucun chanteur ne peut vivre de son art, sans faire un autre boulot pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille. C’est un loisir que l’on fait sans statut, et si vous êtes dedans, vous êtes obligés de persévérer. Le travail que je fais en parallèle me prend énormément de temps.

Sinon qu’est-ce que vous faites dans la vie, et comme vous le dites en parallèle ?

J’ai fais du dessin architectural pour différents bureaux d’études pendant de longues années, mais aujourd’hui, toutes ces agences ont fermé, donc j’ai dû changer de cap pour me retrouver toujours dans le domaine de l’art, avec un ami. En fait, j’ai un studio d’enregistrement.

Sinon, comment êtes vous venu au style de musique qui est le vôtre ?

Au début je ne faisais que chanter. Je me suis lancé dans l’art sans penser à quel style pourrai-je m’adapter, mais à force de travailler, j’apprenais petit à petit pour aboutir dans ce style. Je ne sais pas comment l’expliquer, mais je me suis retrouvé dans ce style qui n’était pas connu dans la chanson kabyle, mais il était le style de la région en quelque sorte. En Kabylie, certains styles de musique collent aux régions.

Les thèmes de vos chansons sont connus du public. L’amour occupe une place prépondérante dans vos travaux, pourquoi avez-vous choisi ce thème ?

Je pense que les thèmes abordés dans les chansons suivent l’âge de l’artiste. Je veux dire que chaque âge a ses propres thèmes. J’ajoute qu’on ne chante que les choses qui nous touchent, celles qu’on ressent…Pour quelqu’un qui fait ses textes comme moi, les thèmes que je chante ne peuvent être étrangers à ce que je ressens.

Quels sont les artistes que vous écoutez et notamment ceux qui vous ont marqué ?

Je n’écoute pas spécialement un artiste bien précis, mais j’écoute pratiquement tous les artistes kabyles. Comme notre chanson regorge d’artistes, j’écoute les anciens chanteurs. Je suis de ceux qui écoutent les chansons. Cela veut dire que je peux écouter seulement une seule chanson du travail d’un artiste : celle qui me plait. Dans un album, on peut dénicher une chanson qui vous marquera par son texte, son thème, sa musique…

Tout le monde s’accorde à dire que la chanson kabyle a changé. Quel regard portez-vous sur elle ?

La chanson doit être vaste. Elle doit comprendre tous les éléments qui feront d’elle une chanson complète. Même avant cette génération, beaucoup d’artistes ont chanté le style rythmé, puisque c’est de lui qu’il s’agit aujourd’hui. Auparavant, les artistes faisaient du rythmé, comme El Hasnaoui, Matoub et bien d’autres. Le style rythmé existe depuis longtemps dans le folklore kabyle et ce n’est pas cette génération qui l’a découvert ou improvisé, mais avant, un mélange ornait les productions de ces artistes. C’est un mélange que l’on ne retrouve pas aujourd’hui. Avec cette nouvelle génération, on a l’impression que la fête ne s’estompe pas. Elle est organisée en discontinu. La vie est faite différemment. On vit de la joie, de la tristesse…, donc les événements changent, mais faire en sorte que la danse ne connaîtra pas de fin, je pense qu’on est resté figé sur nos fêtes. La chanson rythmée est une bonne chose, dirai-je, mais certains textes ne sont pas à même d’éduquer ou apporter un enseignement au public malheureusement. Lorsque on dit Taqvaylit, on doit comprendre que c’est un tout. Il faut que le contenu et le contenant soit  » propre « . Les artistes kabyles ne peuvent pas chanter comme les autres artistes qui chantent dans des langues différentes. On ne chante que les visions de la société.

Qu’a-t-il apporté de bien, ce style rythmé ?

Pour moi, ce style rythmé a apporté une régression. Beaucoup de ces artistes ont trouvé leur vocation dans un style, mais une grande partie d’eux abandonne en milieu de parcours et on le voit quotidiennement. Même topo pour les anciens, la majorité avait abandonnée en pleine carrière. J’ajoute aussi un autre point, celui relatif aux reprises des chansons pour faire des spécial-fêtes. Une fois la réserve de chansons vidée, ces mêmes artistes étaient dans l’obligation de produire. Comme je suis catégoriquement contre les reprises, parce que, et je le pense, une reprise doit apporter du nouveau pour la chanson, sinon, laissons-la telle qu’elle est. Tout cela sans oublier que personne n’a le droit d’imposer à ces jeunes des textes et des styles à chanter. Laissons-leur le temps d’apprendre.

Dans votre dernier album, vous avez composé une chanson sur le thème des reprises, accepteriez-vous que l’on reprenne votre chanson ?

Je n’accepte pas à partir du moment où certains disent qu’ils ont le droit de tout toucher. Si on me demande cela, je peux composer une chanson meilleure que celle qu’on me demande de reprendre.

Sinon, quels sont vos projets ?

Je ne sais pas trop, mais je dirai que nous vivons selon la situation. Elle nous dicte certaines démarches. Ailleurs, l’artiste a la possibilité de faire un programme annuel, mais chez nous, c’est une chose étrangère à notre travail. C’est au fur et à mesure que nous avançons dans le temps, que les choses s’éclaircissent.

Entretien réalisé par M. Mouloudj

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Mohamed Allaoua à cœur ouvert
 »Ce que je chante représente une bonne partie de moi »

A travers cet entretien, Mohamed Allaoua s’est livré à cœur ouvert. Il évoque entre autres ses origines, son parcours, ses succès, l’amour qu’il porte à son public, à son club de toujours, la JSK, Matoub ainsi que son avenir dans la chanson. Son rêve serait de voir différentes générations de la chanson kabyle réunies réussir un jour un grand concert à Bercy.

La Dépêche de Kabylie : Malgré votre jeune âge, vous avez réussi à conquérir toute une génération et à être l’un des chanteurs kabyles les plus écoutés avec, à la clé, cet autre Zénith qui vous attend le 24 janvier prochain. Quel est votre sentiment aujourd’hui ?

Mohamed Allaoua : C’est un grand honneur pour moi de me produire au Zénith où tout artiste rêve de chanter, c’est la deuxième fois que je chante dans cette salle mythique où je me suis vraiment senti chez moi. Une ambiance magique se dégage de cette salle avec un public merveilleux, j’espère revivre ça en janvier prochain, je le vois d’ici, ça va être grandiose. Maintenant concernant mon parcours, j’espère continuer dans la bonne voie et être apprécié à ma juste valeur.

Comment réussissez-vous à gérer tout ce succès ?

Le succès me fait parfois vraiment peur, c’est stressant car votre public attend toujours quelque chose de mieux que la précédente, vous savez, ce n’est pas chose aisée de gérer tout ce stress qui vous monte à la tête. Notre métier est ainsi fait, l’artiste produit et, au final, c’est au public de juger si ce travail mérite le succès ou non, alors plus le succès est grand, plus j’ai peur, et pour durer dans ce métier, il faut travailler dur et se sacrifier et surtout mériter sa place.

En France-comme en Algérie, votre carrière explose et on vous qualifie souvent de phénomène, quel commentaire en faites-vous ?

Tout ce succès, je le dois à mon cher public, moi-même je ne me rends pas compte, tout est allé tellement vite et à chaque succès, les fans en redemandent, c’est ça l’artiste, on attend beaucoup de vous. Pour l’instant et Dieu merci, le succès ne m’est pas monté à la tête et je gère bien ma carrière et tant que mon public est derrière moi, je n’ai pas à me soucier, évidemment je ressens de la joie et de la fierté d’avoir accompli un tel parcours en seulement six ans, la musique reste ma vocation et c’est là que je puise mes ressources.

Vous vous êtes produit dans plusieurs pays, pouvez-vous décrire l’engouement que vous suscitez chez la communauté algérienne à l’étranger ?

C’est vraiment particulier, les gens connaissent les paroles de mes chansons par cœur et ça me fait plaisir de savoir que notre communauté à l’étranger écoute la musique algérienne. A chaque fois que je me produis sur scène, c’est une ambiance différente, je me sens vraiment chez moi et ça nous donne la force de continuer, j’ai eu la chance de me produire dans beaucoup de pays et animé des fêtes où j’ai rencontré des gens sympas et établi des liens particuliers.

A chaque sortie d’un album, il y a un tube qui reçoit un grand succès, est-ce que vous prévoyez le succès de vos albums et quels sont les ingrédients qui composent votre opus ?

Nul ne peut prédire la réussite ou l’échec de son produit. Prenons juste l’exemple de mon dernier tube  » Assed ar ghouri « , je ne savais pas que ça allait marcher aussi bien que ça, j’ai pris quelques risques et finalement le public l’a très bien accueilli et je ne peux que me réjouir d’un tel succès qui, j’espère, se poursuivra. Chaque chanson est spécifique et unique.

Vos tubes sont-ils inspirés d’histoires vraies ?  » Thamgharthiw  » par exemple ?

Presque toutes mes chansons représentent une bonne partie de moi. Elles sont inspirées d’histoires vraies, c’est ce côté-là qui me donne la force de chanter et qui fait le succès de mes chansons, d’ailleurs.

La majorité des chanteurs kabyles chantent  » Lynda « , à commencer par les Abranis jusqu’à vous est ce que c’est un hasard ?

Il n’y a pas que Lynda, certains ont chanté Louisa, d’autres Djamila, pour ce qui est du prénom Lynda, je trouve que ça rime bien et il ne faut pas oublier que c’est un prénom berbère… Ne cherchez pas à en savoir plus (rire !)

Votre dernier album a très bien marché, surtout en Kabylie. Quelle a été votre réaction ?

Ce n’est pas uniquement en Kabylie que ça a marché mais quasiment dans toutes les régions d’Algérie. J’ai des fans un peu partout qui apprécient mon style de musique surtout dans les fêtes où mes chansons connaissent un grand succès que je dois à mon public qui m’est toujours fidèle. J’espère que je le lui rend bien. Quand je suis dans une région autre que la Kabylie et que j’entend, ma musique raisonner dans la rue et chez les disquaires, je ne peux que m’en réjouir.

On a évoqué Tizi Ouzou, n’envisagez-vous pas d’aller vivre là-bas ?

De toute façon, il viendra un jour où je m’y installerai, mais pour l’instant et avec mon agenda ainsi que mon programme chargé, je n’ai pas le temps et la possibilité d’y vivre, surtout que quasiment tout se passe au niveau de la capitale c’est mon travail qui m’oblige à résider à Alger, le jour où tout s’arrêtera, c’est là-bas que je finirai mes jours.

En attendant, un bruit court que vous envisagez d’aller tenter une aventure outre-mer, est-ce vrai ?

C’est complètement faux, je n’envisage même pas l’idée de m’installer loin de mon pays et des miens. A chaque fois que je suis à l’étranger, j’ai le mal du pays, heureusement que mon cher public est là pour me réconforter et me procurer la chaleur de la patrie. A chaque fois que je suis dans un avion, je ressens un manque et mon cœur est envahi d’émotions, alors de là à penser m’installer loin de mon pays, ça ne m’a même pas effleuré l’esprit. L’odeur du pays me manque toujours quand je suis à l’étranger. On ne s’en rend compte que quand on est loin de son pays.

Vous conviendrez que vous chantez dans le style joyeux, rythmé, mais ça ne vous a pas empêché d’aborder des sujets politiques à travers quelques unes de vos chansons. On sent chez vous une fibre militante…

Chaque chanteur kabyle doit avoir une fibre militante. Moi, toute ma carrière je chanterai en kabyle, la cause berbère me concerne aussi et c’est à nous les artistes de véhiculer l’image de tamazight à travers nos textes et nos chansons et démontrer nos vraies valeurs, c’est très important pour moi de représenter les Kabyles à l’étranger, mes racines et mon identité c’est tout ce qu’il y a de plus cher. En tant que chanteur, je dois chanter la cause berbère. Je le fais dans mon style avec une certaine souplesse dans les textes car on peut véhiculer et transmettre aux jeunes les valeurs tout en gardant un air festif.

Quels sont les artistes kabyles qui vous inspirent ?

Je vais vous dire une chose : pour s’inspirer, il faut ratisser large et ne pas se contenter d’écouter uniquement les chanteurs kabyles. Il faut parcourir tous les styles et genres de musiques qui existent que ce soit l’oriental, l’occidental le haouzi et évidemment le kabyle car il faut avoir l’esprit large et écouter un peu de tout pour s’inspirer. Par exemple dernièrement, j’ai chanté du gnaoui et si je n’avais pas écouté ce style de musique, je n’aurai pas pu le faire, il faut savoir écouter et apprécier car le domaine de la musique est vaste.

D’où l’idée de votre précédent duo avec le rappeur Lotfi Double Canon ?

Lotfi est avant tout un ami et ce n’est que de la joie de partager avec lui cette chanson. J’aime bien ce qu’il fait, c’est un artiste de talent qui a fait ses preuves et surtout très apprécié et écouté des jeunes, on a proposé quelque chose de nouveau qui n’a pas mal marché, c’est une bonne expérience qui m’a fait découvrir aussi l’univers très riche du rap.

Le public vous connaît en bon vivant sur scène, mais en dehors de la chanson, comment êtes-vous en privé, et quels sont vos loisirs quand vous avez du temps à perdre?

C’est ce qu’on dit dans mon entourage, on me voit comme un bon vivant, j’aime partager, rigoler, m’amuser. C’est mon naturel que je véhicule sur scène aussi, il n’y a pas de différence entre Allaoua le chanteur et celui de la vie de tous les jours. Quant à mon temps libre, je préfère le passer aux côtés de ma famille et de mes amis, mais la musique n’est jamais loin…

Matoub Lounès ?

C’est une très grande perte pour la chanson kabyle ainsi que pour l’engagement et le militantisme berbère.

La JSK ?

La JSK, c’est notre âme, je rate rarement un match. Quand le club est engagé dans une compétition continentale, je fais tout pour être au stade ou devant l’écran de télévision, qu’elle gagne ou qu’elle perde, je la porte toujours dans mon cœur et ça me fait mal de la voir perdre.

Depuis mon jeune âge, j’ai toujours été un fervent supporter et un grand fan. Déjà petit, mes frères m’emmenaient au stade et je n’avais à l’époque que 10 ans. Avant moi, des grands noms de la chanson kabyle à l’image de Matoub ont chanté ce club et la chanson  » A Vava cheikh  » a été un vertibale succès qui a propulsé ma carrière, le succès, je le dois en premier lieu à la JSK qui reste la fierté de la Kabylie .

Quels sont vos projets en dehors du prochain spectacle au Zénith de Paris ?

D’abord, j’espère que mon concert au Zénith sera une réussite et plaira au public, et mon plus grand souhait est que toutes les générations seront réunies à l’avenir afin de donner un grand spectacle à Bercy comme l’a déjà fait Khaled, Faudel et Rachid Taha avec “Un, deux, trois soleil.” Je veux que ça soit gravé dans l’histoire, c’est pour moi un rêve de rassembler toutes les générations de la chanson kabyle dans un grand concert dans une salle mythique comme Bercy.

Votre prochain album ?

Il est en cours de préparation et si tout se passe bien, il sera prêt l’été prochain. J’espere que ça va plaire au public. Il comptera bien des surprises, c’est tout ce que je peux dire pour le moment.

Allaoua vit toujours à Alger mais on sent chez lui un penchant pour le bled, Tizi-Ouzou. D’ou êtes-vous originaire exactement ?

On a exactement débarqué d’Azzeffoun, du village  » Iaâgachen « . Ma mère est une algéroise mais d’origine du village  » d’Ait Ouali « , c’est pratiquement la même région que celle de mon père. Il n’a pas été chercher loin quoi… (rire !)

Vous avez toujours votre maison là-bas ? Quelle a été la dernière fois que vous vous y êtes rendu ?

Oui évidemment qu’on a notre maison. J’ai ma famille là-bas et je m’y suis rendu pas plus loin que l’Aïd dernier. C’est vital pour moi de me rendre à Tizi Ouzou pour fuir le stress de la capitale.

Dès que j’ai un temps de libre je m’y rends, les montagnes de Kabylie ça a un grand sens à mes yeux, on a l’impression de renaître, et nos esprits s’apaisent, pour moi c’est ça la Kabylie`.

Et l’ Aid prochain, vous y allez pour sacrifier le mouton là-bas ?

C’est sûr, pour nous, le rite c’est sacré, là-bas il existe une ambiance unique, la chaleur familiale, les traditions, une immense joie m’envahit dès que je suis à Tizi, la beauté des paysages, on respire un air pur et on s’évade, on oublie le stress du quotidien, c’est mon petit refuge et l’artiste en a besoin pour s’inspirer.

Un dernier mot?

Le mot de la fin va en direction de mon cher public, j’espère que le prochain album va être à la hauteur de ses attentes, mon succès je le lui dois en premier lieu où qu’il soit.

Entretien réalisé par Hacène Merbouti

Oul Lahlou à cœur ouvert“J’ai honte quand j’écoute certaines chansons”

De passage à la Maison de la culture de Béjaïa lors du Festival culturel local de la musique et de la chanson kabyles, Oul Lahlou a bien voulu répondre à nos questions.

La Dépêche de Kabylie : Le dernier album sorti, pensez-vous produire encore ?

Oul Lahlou : Je produis tout le temps. J’ai toujours ma guitare à côté de moi. L’écriture et la composition de mélodies sont ma passion. Il m’arrive de le faire à minuit, à deux heures du matin. Des fois, c’est à partir de rien que je commence, même pas à partir d’une idée mais d’un état d’âme et cela aboutit à une œuvre. C’est, pour moi, un défi.

Justement, à propos de défi, vous avez eu le mérite d’en relever un. Celui de vous faire une place sur le marché alors que nous sommes en pleine ère de la musique commerciale.

Je ne peux pas me prononcer là-dessus car c’est au public de juger. Mais, si réellement j’ai une place sur le marché, c’est tant mieux pour moi car l’essentiel pour un artiste est de voir son œuvre reconnue. En ce qui me concerne, je vous répète, j’ai ma guitare et mon stylo. Mon défi est de produire de la beauté.

En ce qui concerne la beauté, vous avez très bien réussi des adaptations des chansons de Brel, Moustaki, Les Eagles…

Ce sont des classiques. Ces chansons ont bercé mon enfance et m’ont apporté beaucoup de choses. C’est vrai que ceux qui ne connaissent pas les chansons originales de Brel, Moustaki, Les Eagles, Brassens ou Renaud, pensent que les chansons que j’ai adaptées m’appartiennent. Bon, moi, je mentionne toujours l’auteur. Mais, mon défi est de réussir ces adaptations en kabyle car il ne suffit pas de chanter Moustaki en kabyle rien que pour le faire. Il faut rester fidèle à l’esprit du chanteur tout en donnant des images de chez nous. Prenons le cas de Hôtel California : Je ne chante pas une réalité américaine mais il fallait l’adapter à un contexte kabyle.

Un nouvel album en vue ?

Je n’ai pas un plan de carrière pour me préparer à enregistrer un album.

Généralement, quand je me sens disposé, je vois des amis au studio et on commence par une chanson. Ensuite, on essaye une autre et ainsi de suite jusqu’au jour où on constate que nous avons avancé. Je ne me suis jamais fixé comme objectif, par exemple, un album par année ou autre chose dans ce système. je ne veux pas tomber dans le commercial. Sinon, j’ai beaucoup d’anciennes et de nouvelles chansons. Donc, dès que je me sentirai prêt, j’irai au studio mais pas dans l’immédiat. D’ailleurs, lorsque je regarde en arrière et que je constate que j’ai déjà produit huit albums, je me dis que ce n’est pas possible de la faire en si peu de temps. Donc, je veux prendre un peu de recul car cela est fatigant.

Vous avez aussi le mérite d’être la relève de la chanson engagée comme Ferhat Mehenni par exemple.

Je ne sais pas si c’est un mérite mais en tout cas, j’essaye de donner un sens à mon art. J’adore réfléchir et analyser. Je ne veux pas produire des œuvres qui ne durent pas. Quant à parler de relève, si cela est vrai, ce serait un honneur pour moi. Entendre dire que je suis sur la voie de tel ou de tel artiste me flatte beaucoup mais je ne le fais pas exprès. Je ne fais que m’exprimer.

Bon, c’est vrai que ma révolte est une sorte d’engagement. Même quand je chante l’amour, je dénonce car j’ai un regard critique par rapport à notre réalité.

C’est vrai que vos chansons d’amour ne sont pas du genre Hemlagh Kem a mon amour que l’on nous balance chaque jour

La chanson kabyle est en crise. Les causes en sont multiples : le public, la situation socio-économique, la mondialisation… Pour être simpliste, je conclus en disant que le niveau de la chanson kabyle a baissé.

Avant, elle avait une autre dimension alors qu’aujourd’hui, c’est beaucoup plus le côté divertissement. Bon, je n’ai rien contre ça mais que cela soit bien fait quel que soit le thème, chanson de danse, triste ou engagée. En tout cas, c’est dommage d’en arriver-là et ça fait mal. Franchement, des fois, en écoutant certaines chansons actuelles, il y a de quoi avoir honte. C’est désolant. C’est peut-être le temps. Toutefois, cela ne m’inquiète pas car le véritable art existe.

Terminons par vous demander d’éclairer votre public sur le sens de votre chanson Izem tseghzalts…

Tout d’abord, c’est une fable grecque qui date de plus de 3000 ans. Vous savez, ce sont les Grecs qui ont laissé le plus grand patrimoine de la beauté à l’humanité. Tout comme aussi la démocratie et leurs légendes,

3 000 ans sont passés et c’est toujours d’actualité.

Concernant cette fable grecque qui raconte le piège de l’amour, quand je l’ai lue, je l’ai trouvée tellement belle que je n’ai pas hésité à la chanter. Derrière chaque caractère animal on trouve un personnage et Izem tseghzalts est purement symbolique. D’ailleurs, Slimane Azem aussi le faisait si bien. Le défi est de prendre une histoire d’une autre culture et de l’adapter à la nôtre en utilisant les expressions populaires kabyles.

Propos recueillis par Tarik Amirouchen

Sortie du premier album de Farid n’AliUn mélange de musiques envoûtant

Le chanteur kabyle Farid n’Ali vient de sortir son premier opus intitulé Aqcic n’ccuq. L’album est composé de huit chansons qui traitent de sujets divers. Le chanteur a commencé à chanter dès son jeune âge et anime entre autres des fêtes, des cérémonies ….

L’artiste a aussi suivi des cours de musique au conservatoire. Agé de 37 ans, son nom lui a été donné par son père en hommage au grand chanteur Farid Ali, quant à Ali, c’est le prénom de son père, il est natif de Boghni qui a enfanté de grands artistes à l’image de Moh-Saïd Oubelaid, Farid Ali, Oukil Amar, Rabia Brahim ainsi que du village de n’Ath Kouffi comme Saidani Rabah et la village de Ath Si Youssef comme Helli Ali.

Les chansons sont intitulées Rouh Alhifik, Thaqvaylith, Ayouliw, Elvena, Aqchich N’chouq, Ayan Aka, Thamourth, Asmekthi.

Son genre de musique Attex vous envoûte avec sa voix magique, sa musique est un mélange de mondole, violon et banjo-guitare acoustique et se démarque des autres chanteurs kabyles qui se sont spécialisés dans la chanson rythmée. Par sa musique douce et savoureuse, l’artiste tente de se faire connaître et percer dans la chanson kabyle et pourquoi pas égaler ses aînés. Ainsi et après de longues années de travail et de persévérance,il a pu mettre à jour son premier album qu’il espère, plaira aux amoureux de la chanson kabyle et connaître un succès.

H. M

25 NOVEMBRE 2008

DDK

Mourad Zimu“Il y a de plus en plus de personnes qui donnent un sens à mes chansons”

La nouvelle icône de la chanson kabyle, Mourad Zimu estime dans cet entretien que la chanson rythmée « reflète l’état de décomposition avancée du cadavre de notre musique assassinée pour faire plaisir à ces asticots qui se nourrissent de la médiocrité ». Ne machant pas ses mots quand il s’agit de parler de l’art, il ajoute qu’il faut se rendre à l’évidence, celle qui impose ce genre de chansons sur le marché.

Il aborde dans cet entretien, les embûches et les difficultés qui se dressent devant les artistes. Les problèmes liés à la promotion, les spectacles et aussi les moyens financiers afin d’y parvenir…

Zimu n’a pas surtout omis de parler de ses textes, ses adaptations et sa manière de travailler.

La Dépêche de Kabylie : Vous avez apporté un nouveau style à la musique kabyle. Votre style de rapproche de celui de Brassens, Moustaki, Renaud… comment êtes-vous venu à ce style ?

Mourad Zimu : Je ne suis pas trop à l’aise pour parler d’un style propre à moi qui ressemblerait à celui des Grands : Brassens, Moustaki et Renaud … Je crois que le petit bout de chemin que j’ai emprunté dans la chanson porte en lui tous les ingrédients que j’ai intériorisés lors de mon apprentissage de la chanson. En somme, ma chanson, s’inspire de toutes les chansons que j’ai eues le plaisir d’écouter jusque-là. Ma chanson est aussi le résultat de tout ce que j’ai lu, ce que j’ai appris à l’école ou chez mes amis et dans ma famille, des influences de mon entourage en général… Il suffit de savoir que j’ai appris la guitare en jouant les chansons d’Aït Menguellet et de Idir pour se rendre compte qu’on ne vient pas de nulle part à la chanson mais qu’on vient toujours de quelque part. Pour répondre à votre question, on se retrouve par hasard dans un style mais ce hasard trouve ses explications dans notre vie.

Si nous abordons vos années d’études à l’université de Tizi Ouzou, elles semblent revenir dans vos trois albums, quels souvenirs gardez-vous de ces années, et quel est leur apport à votre personnalité artistique ?

Avant l’université de Tizi-Ouzou, j’ai aussi été étudiant à l’université d’Alger. Comme vous le dites, il est clair qu’on ne sort pas « indemne », au sens artistique du terme, quand on passe une dizaine d’année à l’université. Vous savez à l’université, comme à l’armée, avec ma foi, moins de violence et de médiocrité et plus de liberté, on tisse des amitiés intéressantes, on apprend à écouter les autres, on apprend à aimer et à détester aussi, on apprend à débattre, à triompher mais aussi à ingurgiter amèrement nos défaites … si vous voulez, on se découvre une personnalité à part entière. Il y a comme un souffle de liberté qui fait sauter les verrous de notre éducation. C’est là qu’on se découvre poète, artiste, peintre, malade, pervers, scientifique, chercheur ou meneur d’hommes, etc.

Zimu est un jeune artiste qui a su et pu se frayer un chemin en si peu de temps, peut-on en connaître le secret ?

« Se frayer un chemin en si peu de temps » ça dépend du sens que vous donnez à cette phrase. Je ne négocie toujours pas la sortie de mes albums. Je suis toujours à la merci des « éditeurs ». Je vends toujours à perte mes œuvres. Je prends toujours en charge mes frais d’enregistrements. Je n’ai pas encore reçu un centime de notre chère Onda. Si se frayer un chemin dans la chanson ne ressemble pas à tout ça ; je suis à quelques années lumière de le faire.

Si, par contre, « se frayer un chemin » est de voir des personnes anonymes vous dire qu’elles aiment vos chansons, d’entendre parler d’un couple qui s’est réconcilié en écoutant Ughald- kan, de voir un militant des Archs, les larmes aux yeux en écoutant D Tafsut kan d Taberkant, de voir un ami vous appeler après 8 ans d’absence en écoutant Ay ameddakel … si c’est ça « se frayer un chemin dans la chanson » alors là je vous dis : « Oui ça commence à fonctionner.  » Il y a de plus en plus de personnes qui donnent un sens à mes chansons.

Sinon parlez-nous de votre manière de travailler, notamment l’écriture du texte ?

Pour les adaptations, il faut d’abord que le texte me plaise et que je puisse l’imaginer en kabyle. Si j’arrive à le concevoir dans ma tête, je commence à travailler sur le texte originel. Vers après vers, je me mets à chercher les expressions kabyles qui rendent bien compte du sens tel que je le comprends. Là, j’appelle à ce stade mon travail « un chantier ». J’ai des dizaines de chantiers d’ailleurs. Pour les terminer, il faut ajouter au travail de traduction un peu de création pour avoir des strophes cohérentes et un texte vraiment kabyle. Lors de cette dernière phase on oublie un peu le texte originel. Pour les autres textes, je démarre des fois d’une expression lue ou entendue chez un ami, des fois je démarre d’un enchaînement d’accords ou d’une musique, des fois encore je démarre d’un texte mais sans tenter une adaptation, je saute toutes les étapes pour arriver au stade de création comme c’est le cas dans Les charognards et Si t’es mon pote de Renaud.

Voilà, reste une petite partie de textes dont on n’expliquera pas la venue, pour faire durer le suspense dans la tradition poétique kabyle ; c’est aussi un secret professionnel pour que le métier ne change pas de main. Évidemment, je dis ça pour plaisanter.

Vous avez abordé aussi l’immigration ou l’exil, mais d’un côté fataliste, pourquoi cet angle de tir ?

Voici finalement un thème qu’on ne traitera jamais assez dans la chanson kabyle. J’avais envie de parler d’immigration en évitant un discours moralisant. C’était difficile à faire. Comment témoigner de ce qu’est de nos jours l’exil pour une jeunesse qui ne rêvent que de s’exiler. Le discours nostalgique sonnerait en déphasage avec la réalité mais parler aussi de la douleur de s’éloigner de sa patrie est entachée de morale. C’est de ce dilemme qu’est née la chanson Amexbut composée avec Ameziane Kezzar.

Par rapport à la situation de la chanson kabyle d’aujourd’hui, dominée par le rythmé, que pensez-vous de cette « évolution », si évolution il y a ?

Tout le monde critique la chanson rythmée, à voix robotique. Votre journal consacre à cette mouvance bien des entretiens et des articles à la sortie de leurs albums. Mais je suis devenu un peu sage, contrairement à mes débuts, où j’avais consacré à ce fléau une chanson composée en 1997 Muhuc sortie en 2001 dans l’album Salupri.

Ce n’est pas que je suis, à présent, indifférent, mais, je me suis rendu compte que la chanson robotique est imposée par tout un système. Ces chanteurs qui s’y investissent le font souvent par choix. Malgré toute la critique et le ras le bol du non-stop qui s’exprime un peu partout, disons-le tout court, ces chanteurs trouvent quand même un chemin vers l’enregistrement de leurs albums, ils trouvent souvent des sponsors, des éditeurs, des médias pour les soutenir (les radios diffusent leurs chansons à longueur de journée, ils ont des clips à l’ENTV et à BRTV…) et même pire que ça… leurs albums se vendent par milliers donc on a des consommateurs de ce genre de chansons dans nos maisons, chez nos voisins… Alors il est de notre devoir de cesser cette hypocrisie. Cette chanson rythmée est là parce qu’elle répond à un besoin et parce qu’elle constitue un marché. Mais hélas, pour ma part, je me garde le droit d’exprimer mon avis ; elle reflète l’état de décomposition avancée du cadavre de notre musique assassinée pour faire plaisir à ces asticots qui se nourrissent de la médiocrité. Tout ce que nous pouvons faire à notre niveau (moi et mes amis Djamel Kaloun, Nacer Ouaret, Elyas…) est de continuer à faire la chanson que nous aimons. C’est tout. À nos auditeurs de juger de ce qui est urgent à faire à leur niveau pour nous aider à résister.

Zimu est connu du grand public, mais souvent absent des concerts et des salles de spectacles, peut-on s’attendre à une tournée en Kabylie ?

Pour faire une tournée, il faut être disponible et payer des musiciens, louer des salles, obtenir des autorisations, s’occuper de la promotion. Pour l’instant les conditions et les moyens financiers ne sont pas réunis pour monter ce genre de projets. J’espère qu’on parviendra un jour à le faire.

D’autres projets dans le domaine ?

Après la sortie du troisième album Apipri kan cette année, je suis déjà en phase de préparation du quatrième qui sera enregistré au courant de l’année 2009. Je prépare aussi l’édition d’un recueil de nouvelles après la sortie de Tikli édité dans la collection Idlissen-nnegh du HCA.

Un dernier mot peut-être ?

Merci aux amis qui me soutiennent et m’encouragent sur Internet : http://www.zimou.fr http://www.dailymotion.com/zimu

Entretien réalisé par Mohamed Mouloudj.

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