L’attentat de Béni-Amrane vu de France

L’attentat de Béni-Amrane dans les colonnes de la presse française

par L’un De Nos Correspondants A Paris: S. Raouf

« Parisienne» et «provinciale», la presse française rend compte dans son ensemble de l’attentat de Béni-Amrane, qui a causé la mort de l’ingénieur de la société française Razel, première victime française depuis 1994.

Quasiment tous les quotidiens se sont contentés d’un traitement factuel en reprenant les dépêches d’agences. Seuls Libération et Le Figaro sont allés au-delà du récit circonstancié. Le premier s’est livré à un commentaire sur la signature du forfait, alors que le second s’est attaché à le lire à la lumière du contexte interne.

Non revendiquée jusqu’à mardi en fin de journée, l’attaque de Béni-Amrane n’en était pas moins «signée», selon le journal de gauche. Longtemps caisse de résonance du camp du «qui tue qui» en Algérie, Libération y voit la main des irréductibles islamistes.

«Le mode opératoire, la cible portent la marque d’Al-Qaeda au Maghreb islamique, dont le noyau dur reste le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), surtout implanté dans l’est du pays», fait remarquer le journal.

En s’attaquant pour la seconde fois en l’espace d’un semestre à l’entreprise des travaux publics Razel, Al-Qaeda «a clairement affiché son intention de « bouter » hors du Maghreb les colonisateurs français et espagnols». Une allusion à une récente déclaration du numéro deux d’Al Qaeda, Ayman Al Zawahiri, qui promettait de «nettoyer le Maghreb islamique des fils de la France et de l’Espagne».

Dans un autre article de cadrage, Libération s’essaye à une explication de l’offensive djihadiste en Afrique du Nord. De la Tunisie à la Mauritanie en passant par l’Algérie et le Maroc, les enlèvements succèdent aux attentats sur fond de menaces régulières contre les «mécréants» occidentaux et «leurs alliés, les pouvoirs impies» de la région.

Empruntant à une lecture de spécialistes de la mouvance radicale, le journal parisien y voit la conséquence d’un changement de tactique chez les stratèges d’Al Qaeda. «Confrontés à un début de débandade en Irak, certains jihadistes maghrébins ont préféré rentrer clandestinement au pays pour y mettre en oeuvre leur savoir-faire». D’autant que «le potentiel de mobilisation causé par la guerre» de George Bush en Irak «reste fort auprès de la jeunesse maghrébine».

Une telle lecture est, au demeurant, partagée par des officiels maghrébins. Voici quelques semaines, le ministre algérien de l’Intérieur, Noureddine Yazid Zerhouni, soulignait, à grands traits, l’influence du contexte proche-oriental – Irak et territoires palestiniens – sur l’imaginaire de la jeunesse maghrébine.

Dans un registre similaire, Le Figaro (d’obédience droite) observe que l’attentat de Béni-Amrane, ajoutés, à quelques jours d’intervales, à ceux de Cap Djenet et de Bordj El-Kifan, constitue bien une «offensive, la plus importante depuis six mois».

« Les radicaux armés déclenchent leur nouvelle vague de terreur en tentant de donner un retentissement international à leurs actions (…) les djihadistes d’Al Qaeda frappent dans les zones où ils restent bien implantés quinze ans après le déclenchement de l’insurrection armée du FIS. Ils tentent aussi d’atteindre des cibles dans la capitale où les modes opératoires sont beaucoup plus délicats».

A la différence de Libération, Le Figaro aborde le sujet en élargissant sa grille de lecture. «La recrudescence des attentats survient également dans un climat d’incertitude politique, sur fond de guerre de succession au sommet de l’État», allusion à la proximité de la présidentielle d’avril 2009.

«A dix mois de la fin du second mandat présidentiel, la question est loin d’être tranchée» au sommet du pouvoir. «Dans la hiérarchie militaire, de vives réticences commencent à se manifester» contre un troisième mandat de Bouteflika, «en raison d’une « réconciliation nationale » qui, au fil du temps, a pris des allures de reddition de l’État face à l’islamisme».

Premier support économique hexagonal, le quotidien «Les Echos» se fait l’écho d’une communauté d’affaires française «choquée» mais qui se garde de basculer dans la panique. Le journal ne relève chez les entreprises françaises à pied d’oeuvre dans le marché algérien aucune volonté de partir comme au plus fort de la décennie sanglante. Tout au plus, elles décident de se protéger au moyen de «mesures de sécurité drastiques».

le quotidien d’oran

Une Réponse

  1. Je tiens à signaler le silence du site du tunnelier Razel qui, sur son site, n’évoque même pas la mort de ses deux collaborateurs.

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