Une Journée de Ramadhan à Bouira

Ramadhan

Bouira by night, Bouira by jour

Fini le brin de toilette. Nous nous empressons de quitter le F2 de toutes les tentations. Sans qu’on ne le lui commande, la main cherche le paquet de cigarette.

7 h 30 : Pas facile de se soustraire, une heure aussi matinale, aux bras de Morphée. Mais quand il faut y aller, faut y aller ! Nous ‘’ramassons’’ de ce qui nous reste de volonté pour vaincre notre envie pantouflarde et sortons de sous les draps douillets. Ouf, la première épreuve est passée ! Le tout est de résister aux suivantes sans trop de mal. Par on ne sait quel effet mystérieux, l’odeur d’un café virtuel nargue nos narines. Il ne faut surtout pas aller du côté de la cuisine. On ne sait jamais. Une mécanique incontrôlable et aussi mystérieuse que l’effet qui nous a fait sentir du café virtuel pourrait se saisir du bol à café moulu et, en un rien de temps, le ‘’carême est cassé’’ avant l’heure. Très dur, l’épreuve cappuccino !

Fini le brin de toilette. Nous nous empressons de quitter le F2 de toutes les tentations. Sans qu’on ne le lui commande, la main cherche le paquet de cigarette. Bbah ! Elle ne trouvera rien. La nicotine est fermée à double tour dans le tiroir de la table de chevet. Tant pis pour nos nerfs et tant mieux pour nos poumons !

8 h: Dehors, pas grand monde. Pas demonde du tout ! Quelques sachets noirs voltigent comme dans la chanson du dernier album de Zedek Mouloud. Un moteur diesel d’un semi-remorque, qui sans aucun doute s’apprête à parcourir des kilomètres, toussote. Le ciel est déjà encombré de guebli. Ce qui annonce une journée, une autre journée, asphyxiante. Décidément août ne veut pas lâcher prise. Il déborde, comme par z’kara, sur septembre, un mois où il nous est interdit jusqu’à nous asperger le gosier.

8h30 : Nous sommes du côté de Hey Thoura. Nous longeons l’artère qui débouche sur le centre universitaire. La Cour de Bouira est barricadée. En face, Sofy dort toujours. Il ne semble toujours pas réveillé de la désolation intégriste qui l’avait ciblé, le 20 août dernier. Cela dit, sa façade latérale est retapée. Plus aucune trace de l’attentat terroriste. La trace est ailleurs. Elle est enfouie et non digérée par les familles des douze victimes de l’horreur islamiste. Malgré tout, on continue à croire que la vie resplendira de nouveau en fredonnant :  » Am d-jujgegh smayem a tina hemlegh !  » Après une petite et impuissante pensée aux jeunes victimes de  » 3alayha nahya, wa 3alayha namut ! « , nous nous dirigeons vers le marché qui, lui, est bel est bien réveillé. Vu du pont qui surplombe la voie ferrée, le marché en question nous renvoie l’image d’un vieux Bangladesh ou bizarrement nous rappelle  » Affreux, sales et méchants « , ce film qui portait bien son titre. Au mois de Ramadhan, le marché est quotidiennement hebdomadaire. C’est à croire qu’on ne se remplit la panse qu’au mois sacré. Tout ce qui fait la chorba et la dolma sont déjà sur les étals. On ne s’y bouscule pas encore, mais les odeurs y sont quand même insupportables. A 115 dinars le kilo, la laitue tient toujours la dragée haute. C’est dire qu’elle ne se laisse pas facilement ‘’mastiquer’’.

Déjà 9h30 ! Nous quittons le souk pour aller tâter le terrain d’une journée de ramadhan, après avoir fait un crochet par le bureau. Le crochet durera une bonne heure, le temps qu’il faut pour faire le tour de la matière du jour.

Midi : La chaleur du guebli est de plus en plus écrasante. C’est peut-être ce Gustave qui a touché le golfe du Mexique qui nous a éclaboussé. Où encore, comme ironise un vieux Kabyle, c’est quelqu’un qui aurait oublié de fermer la porte de l’enfer derrière lui.  » Ramadhan, la canicule et JSK qui a failli passer à côté ! « , répondrait un jeûneur à qui on oserait demander à cette heure de la journée : « Amek ihi ? »

Nous ‘’escaladons’’ le Pont Sayeh, cette horreur architecturale. Depuis qu’on y a lancé les travaux de la trémie, le pont est sensiblement moins encombré d’automobiles. Ouf !, nous arrivons au sommet de ‘’l’Everest-Sayeh’’ ! Et c’est alors que nous réalisons le sens de  » Ad d-kked nnig usawen « , le souhait de Zedek à son Akem. Cette escalade ne nous a pas ménagé. Nous nous arrêtons pour reprendre notre souffle, lorsque nous nous rappelons, sans aucune corrélation, de cet entraîneur qui invitait ses joueurs :  » Aspirez, désespérez ! « . Ce souvenir nous arrachera un sourire qui nous accompagnera jusqu’à souk H’lima. Ce petit souk est mieux entretenu que le marché quotidiennement hebdomadaire. On y trouve de tout jusqu’aux fruits exotiques. On l’appelle souk H’lima parce que la clientèle y est essentiellement féminine. A souk H’lima, on ne marchande pas : on achète ou on se contente de contempler et de humer les senteurs des fruits et légumes joliment calibrés sur les cagettes.

16 h. Nous longeons le boulevard Zighout-Youcef. Pas grand monde chez Loundja. Cela ne sera pas le cas après le f’tour, lorsque des familles en quête de bouhriture y feraient un tour pour déguster des qalb louz et autres pâtisseries orientales.

Allah akbar !

A 10 minutes du f’tour. Et vroom sur le bitume !! Les automobiles ont le feu aux pneus. C’est à croire qu’elles brûlent de la chorba-fric, au mois de Ramadhan. Sur le trottoir, on accélère aussi le pas. A quelques minutes de se remplir la panse, la rue est extraordinairement réveillée et excitée. Allah akbar ! L’excitation s’estompe.

Nous traînons dans les rues quelques instants après le adhan. Des retardataires ont déjà allumé leur première cigarette. D’autres une sellaya sur l’épaule mâchent un bout de tamthount ou une datte en fonçant droit sur le bol de chorba qui les attend.

Comme au réveil, nous résistons à l’envie de griller une cigarette.

20 h. Les visages reprennent leurs couleurs d’avant Ramadhan. Les rues reprennent vie petit à petit. Les boules de nerfs de tout à l’heure se convertissent en saha f’tourkoum !, tazada ! sur fond de sourires grands comme ça. Tout le monde invite tout le monde à prendre un café. La mosquée du centre-ville accueille déjà les adeptes de tarawih. La gent féminine en est exceptionnellement cliente. Oui, exceptionnellement parce que les femmes ne fréquentent les mosquées qu’au mois de Ramadhan. En plus de leur permettre de rencontrer Dieu, les tarawih sont pour elles aussi une opportunité d’aller changer l’air et de papoter.

21h. Nous en sommes à notre troisième tasse de café que nous ‘’frappons comme ighi’’. Nous nous shootons à la caféine dans la cour du Petit Paris, un établissement qui il n’y a pas si longtemps servait de la bière à pression. Maintenant, il sert du café pressé. Nous, nous continuons à l’appeler le Petit Bar. Nostalgie, sans doute. Soso se lève et propose une partie de dominos dans un café maure spécialisé. Quelques confrères et amis le suivent. Nous, nous allons à la redécouverte de Bouira n yidh. Les cafés sont bondés. La salle Errich est triste. Elle n’a pas encore ouvert ses portes à des bols d’oxygène. Mais ça sera à partir de la deuxième semaine du ‘’sacré mois’’. Aït Menguellet y est d’ailleurs programmé. Amen!

Tiens, les rues sont plus animées que d’habitude ! Pourtant, il n’y a pas de quoi fouetter un amcic. En fait, si. C’est la rentrée scolaire. Les parents profitent de la bonne forme post-f’tour pour remplir les cartables de leur progéniture. Et par la même occasion on se prépare aussi à l’Aïd. Pauvres petites bourses !

Nous continuons de flâner sans but précis. Mêmes images ça et là : sellaya en bandoulière, les fidèles sortent des mosquées avec le sentiment du devoir accompli, qelb louz, café, magasins pris d’assaut…

Et la menace intégriste ? Si peur il y’a, elle est bien cachée. Les Bouiris ne donnent pas l’impression d’avoir cédé à la panique du double attentat dont la ville a été victime, le 20 août dernier. Et c’est tant mieux. Cela confirme la supériorité de l’instinct de vie sur celui de la mort. Les flics, eux, ne semblent pas être dans le même état d’esprit. Mais cela ne les empêche pas d’être discrètement et fortement présents.

10h30: Nous sommes à l’autre bout de la ville, au niveau de la sortie-sud. Un impressionnant dispositif de sécurité y est déployé. Le même dispositif assure la sécurité du citoyen aux niveaux des sorties est, ouest et nord.

23h30 : Le boulevard Zighout-Youcef ne désemplit toujours pas. Un couple se tient par la main.  » Ihuh, ils ont osé au mois de Ramadhan ! », semblent hurler deux barbes dont les poils se sont redressés à la vue des amoureux.

Un tour, le dernier, du côté de la gare routière. Le night club est silencieux. Ulac l’alcool au mois de Ramadhan ! Cette année la boite ne s’est pas convertie en diar Errahma. A côté, la résidence de Dda Rabah est ouverte. Mais chez Dda Rabah aussi ulac l’alcool. On y joue quand même au loto en dégustant de l’oriental.

Minuit passé, même si ulac Susie qui va s’inquiéter, nous jugeons qu’il est temps de rentrer à la maison et d’aller se blottir dans les bras de Morphée.

Demain sera identique. Nous aussi.

T.Ould Amar

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NUITS RAMADHANESQUES À BOUIRA
Les grands noms de la chanson au rendez-vous
09 Septembre 2008

Le sage Aït Menguellet

De l’animation pour briser le lourd silence des nuits de Bouira.

Pour ce faire, la direction de la culture au niveau de cette wilaya a tracé un programme d’animation riche et varié pendant le mois de Ramadhan. Après une semaine passée en toute morosité, le chef-lieu de wilaya ainsi que d’autres communes vont se mettre en fête jusqu’à la fin du Ramadhan.
Différents styles et genres seront au rendez-vous.
Du raï, du chaâbi, du rock, du moderne et du staïfi, la scène de la salle Errich de la ville de Bouira connaîtra certainement des nuits ramadhanesques très chaudes et très animées. De la musique, mais aussi du théâtre. Les amoureux du 4e art ne seront pas lésés. Deux représentations théâtrales ont été programmées.
Les troupes qui s’y produiront sont de Tizi Ouzou et de Annaba. Côté musique, les chanteurs qui sont invités sont de grande renommée. A commencer par le poète et sage, le chanteur Lounis Aït Menguellet qui animera un gala dans la nuit du 22 septembre prochain. Y participent aussi les chanteur Hamid Aït Lounès, Kamel Chennane, Aït Hamid, Oujrih et les autres stars du monde de la chanson.
Tous les galas programmés pour la ville de Bouira auront lieu à la salle Errich depuis et ce, jusqu’au 26 septembre prochain.
En plus du programme destiné au chef-lieu de wilaya, il en va de même pour les autres localités. Une dizaine de communes à travers le tout Bouira organiseront des galas, notamment les communes de Lakhdaria, Sour El Ghozlane, Ahl El Kseur et Taghzout. Cette initiative vise, en premier lieu, à casser la routine dans laquelle des milliers de personnes sont embourbées.
En outre, elle vise à offrir offrir à ces citoyens des occasions pour se réjouir durant ce mois sacré et oublier les mille et un problèmes du quotidien.
D’autre part, le programme d’animation des nuits de Ramadhan, contribue aussi à redonner vie aux soirées ramadhanesques. Une situation qui s’est installée juste après le double attentat qui a frappé le centre-ville de Bouira. A cet effet, l’organisation des manifestations artistiques exprime une volonté de fer pour lutter contre toute idée obscurantiste.

Ali CHERARAK

l’expression dz

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