La nouvelle génération des teen-agers à Tizi-Ouzou



Du folklore à la tecktonik !

Nouveau look, nouveau langage, nouvelles priorités, nouveaux hobbies et une toute autre vue  sur la vie. La nouvelle génération des jeunes adolescents « tiziouzéens » n’est plus ce que leurs prédécesseurs étaient.

Si l’ancienne génération d’adolescents croyait être à l’origine de « LA » révolution, la nouvelle a fini par chambouler l’ordre des choses et faire de la ville des Genêt son territoire. Le soulèvement est essentiellement d’ordre culturel. Nul n’a le droit, dorénavant, d’imposer un style musical autre que ce qui s’écoute aux quatre coins du monde, dans les boites les plus branchées d’Ibiza même, leur tenue vestimentaire ne répond à aucune norme culturelle locale.

Tout passe ! Du slim au battle, à la jupe toutes longueurs confondues, même les plus inimaginables, aux mini-tee-shirts ultra moulants dans tous les tons de l’arc-en-ciel, même les plus extravagants. Ils rodent, de préférence en bande. Ils forment des groupes de musique ou de danse. La tecktonik fait généralement partie de leur univers quotidien. Ils ne jurent que par les émissions télé les plus branchées, et certainement pas les plus instructives, telles que « Next » et « Parental Control ». Leurs idoles font partie des célébrités les plus en vue d’Hollywood. Absolument rien à voir avec les chantres kabyles d’antan, tant prisés par les anciennes générations d’adolescents. Ceux-là même qui jusqu’il y a quelques années ont fait vibrer le cœur du plus rude des Kabyles. La nouvelle vague « teen », elle, n’accorde pas trop d’importance aux paroles. Pourvue que ça rythme ! la preuve, même le fameux groupe allemand « Tokyo Hotel », dont une majeure partie de son répertoire est dans leur langue maternelle, a su se faire une liste très longue de fans chez les jeunes de Tizi-Ouzou. « ça ne m’intéresse pas tellement de savoir ce que racontent leurs chansons. Il est aussi important de développer son oreille musicale. C’est ce que je fais quand la langue m’est inaccessible.

Le rythme prime sur tout à mon avis », nous explique Mourad, 16 ans et demi, en 2e année langues étrangères dans un lycée de la ville et surtout grand fan de Tokyo Hotel. Si l’on se fie aux explications de Mourad, le mot d’ordre devient alors : Si ça vibre, ça bouge et que c’est branché, c’est de la bonne musique ! Adieu les belles paroles, la recherche poétique et la superbe rime. Ce qui fait vendre, c’est le ton, le genre et la notoriété outre-mer. Nos « teens » peuvent dorénavant se mêler aisément à la foule, dans m’importe quel quartier « in » des capitales européennes.

« Si je m’habille super à la mode ce n’est pas pour faire l’intéressante. Je suis très coquette et je tiens à être à la page des dernières tendances. Mon truc c’est de me rapprocher le plus de mes idoles musicales et cinématographiques. Et pour l’instant ce sont dans l’ordre Britney Spears et Angelina Joli. Vous imaginez l’effet que ça doit faire sur le budget de mes parents et le style de ma garde-robe ! », nous dira Djazia, alias Djezz, 17 ans en terminale. Ce qu’on imagine « Djezz » c’est la tête de ton père en te voyant dans les fringues de Britney pour aller au lycée ! Dur dur d’être un papa ! Le plus cool des pères frissonnerait, ne serait-ce qu’un peu, devant ce tableau. Et encore, le changement n’est certainement pas que d’ordre vestimentaire. La mentalité même de ces jeunes a subi un bon « formatage ». Le « lifting » du cerveau a donné. On ne parle plus de rentrer à la maison après les cours, on se retrouve dorénavant au snack branché, ou dans la salle de danse pour répéter les « chorés ». On ne peut pas dire que les bibliothèques sont bondées de jeunes ces dernières années. Quand ils n’ont pas de voitures-les plus chanceux sont ceux qui ont l’âge légal pour prétendre au permis de conduire et qui ont les moyens de se payer une belle bagnole-ils comptent sur leurs frères ou sœurs aînés pour les déplacer ou leur faire faire des tours !

Les plus malheureux collent leurs copains et squattent les caisses de leurs camarades. Pourvu qu’ils soient de la partie ! C’est à la mode, paraît-il, de roder sans cesse dans les quartiers de Tizi-Ouzou. Les quartiers populaires ne sont pas prévus dans la tournée bien entendu ! On « tue le temps » lecteur CD à fond si possible. On parle de joujoux et de derniers gadgets même si ce ne sont pas toutes les bourses qui peuvent se les permette. En parler signifie qu’on est branché technologie et qu’on est à l’ère des nouveautés dans le monde. Histoire d’épater, rien d’autre. Les plus malheureux, rodent en groupe, à pied — garçons et filles — et sillonnent les rues de la ville, s’arrêtant de temps à autre pour admirer une tenue dans une vitrine, sinon pour demander au disquaire du coin le dernier album de tel chanteur ou le dernier DVD de tel réalisateur ou humoriste célèbre. Cela débouche dans la plupart des cas sur une longue conversation et large débat sur les goûts musicaux ou cinématographiques de chacun des membres du groupe. On se permet même des critiques, dans la plupart objectives et fondées. Mais surtout inspirées des critiques parues dans les colonnes des revues poeple qui se vendent d’ailleurs comme des petits pains à Tizi-Ouzou. Grâce à ce genre de lecture on sait tout sur les couples les plus en vogue d’Hollywood, les divorces en vue, les coups de gueule des stars et les projets artistiques de toutes les célébrités. On ne parle plus de nos petits artistes locaux. On ne les connaît même pas.

On ne jure que par la star qui fait la Une de VSD, Fan de et Closer, pour ne citer que ces références. Le mot bouquinage devient une blague chez certains. Ce n’est heureusement pas le cas de tous ces jeunes. Mais même ceux qui font des efforts de lecture utile vont plutôt vers les romans à l’eau de rose. La tendance n’est pas aux grands romanciers. Mais mieux vaut un Guy des Cars qu’un Closer bien froissé. En effet, pour la bourse d’un adolescent, trois ou quatre revues par mois, à 350 dinars chacune, cela fait beaucoup de sous. Alors, les copains s’organisent et achète chacun un titre. Pour un petit budget, on peut profiter de plusieurs titres. « Tout est question de calcul. Chaque mois j’achète la revue de mon choix. On se concerte d’abord avec les potes pour qu’il n’y ait pas d’achat double. Dès que je termine la lecture de ma revue, je la passe à un de mes copains qui me passe celle qu’il a acheté et lu lui-même. On est quatre à faire ça. Au bout du compte j’aurai lu quatre revues pour le prix d’une. Je n’achète pas toujours la même pour pouvoir conserver des titres différents car chacun garde sa revue après qu’elle soit lue par toute la bande », nous dira Anis, 16 ans. Lui a quitté l’école, depuis une année et effectue un stage en froid et climatisation au sein d’une école de formation affiliée à une entreprise spécialisée dans le domaine. Il dit garder contact avec ses potes parce qu’il n’arrive pas à se faire de nouveaux amis dans sa promotion. Anis juge ses nouveaux camarades super “has-been.” Tout simplement démodés, à son goût. Garçons ou filles, ces nouveaux teens donnent du fil à retordre à leurs parents. Ces derniers n’arrivent plus à suivre leurs enfants ni à contenir leurs élans et leur soif de « liberté ». Ce n’est jamais assez. Les parents sont effrayés. Entre l’envie de faire plaisir à leurs enfants et celui de préserver leur dignité et réputation, surtout pour ceux qui ont des filles, ils ne savent plus où donner de la tête. Ils veulent bien comprendre les nouvelles tendances et la nouvelle vie que veulent leur imposer leur progéniture, mais en même temps ils craignent la réaction de la société et les répercussions d’un éventuel laxisme. Les plus malins donnent intelligemment. « De toute façon ma fille obtient toujours ce qu’elle veut. Autant le lui donner soi-même. Je ne veux pas qu’elle fasse ce qu’elle veut en cachette. Seulement je ne lui autorise pas tout. Du moins pas à la fois. Et ça marche. Je ne donne que quand elle le mérite. Et elle fait tout pour mériter ce qu’elle obtient. Elle est brillante au lycée. Elle sera en terminale l’année prochaine. Elle est dans la bonne voie. Elle est brillante dans ses études. Très studieuse. Si un concert de jazz ou de rock même à Alger l’encouragerait à faire mieux dans sa scolarité, je ne suis pas contre. Et elle est prévenue si elle venait à régresser dans une matière ou une autre », nous raconte Nadia, 48 ans maman de Sonia. Si Sonia doit aller à Alger pour se faire un concert de jazz, c’est parce qu’il n’y a pas tellement d’animation au goût de nos teens des temps modernes. A part les différentes possibilités qu’offre la Maison de la culture à ces jeunes, notamment pour des cours de solfège et autres leçons pour la maîtrise d’instrument musicaux, de danses folkloriques et modernes, rien n’est conçu pour ces jeunes qui se ruent sur ces opportunités et organisent même au sein de la structure des spectacles de danses contemporaines dès que possible. Une manière de se rapprocher de leurs compères algérois qui sortent en boîte chaque week-end. « On manque beaucoup de moyens de divertissement à Tizi-Ouzou. Pour aller en boîte de nuit je suis contraint de faire le déplacement sur Alger. J’aurai aimé ne pas avoir à me déplacer pour avoir un peu de bon temps », nous dira Ali, 19 ans, en préparation d’un TS en marketing dans une école privée très en vue à Tizi-Ouzou. Ali a découvert les joies des discothèques l’été dernier grâce à son cousin Rachid qui habite Alger. Et depuis notre Ali se paye ce luxe au moins une fois par mois.

Comme nous le voyons, les temps ont changé comme bien de choses à Tizi-Ouzou. Dans une société aussi normative qu’est la Kabylie, il n’y avait pas de place jadis pour de telles extravagances. C’est dorénavant permis dans certains milieux. Bon ou mauvais point, si cela peut rendre la vie meilleure à certains… !

Samia A-B.

kabyliemag@yahoo.

depeche de la kabylie

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