Aïnsar Aberkane, source du Djurdjura

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Aïnsar Aberkane, bénédiction ou malédiction pour la région ?

Parmi les richesses dont regorge la chaîne montagneuse du Djurdjura, il y a incontestablement la source de M’zarir, appelée couramment Aïnsar Aberkane, ou source noire.
On raconte que cette source a jailli des profondeurs du Djurdjura, au début du siècle dernier dans un coin d’une hutte où une vieille femme du village M’zarir, dans la daïra de M’chedallah, était affairée devant son métier à tisser. La force des eaux a failli emporter cette dame. Depuis ce jour, la source coule imperturbablement, traçant par là son itinéraire et agrémentant l’air avec la symphonie de ses eaux grondantes. Plus tard, les Français, qui ont découvert Aïnsar Aberkane, qui ressemble plus à un torrent souterrain qu’à une source ordinaire tellement son débit dépasse l’entendement surtout en période hivernale où il atteint 2 000 l par seconde, alors qu’en période de sécheresse, il n’est jamais descendu en dessous de 110 litres par seconde, ont installé près du village d’Illiten, une station hydroélectrique. Cela s’est fait vers la fin des années 1940. A l’Indépendance, la Sonelgaz a pris le relais en continuant à exploiter cette station jusqu’au début des années 1990 pour cause de vétusté des installations notamment les bassins d’accumulation des eaux utilisées pour les turbines. Au début des années 2000, l’exploitation de cette source a repris avec un autre bassin situé en contrebas du village Illiten. Malgré l’importance de cette source, des dizaines de milliers de citoyens de la région de M’chedallah font face à une crise aiguë de l’eau potable. Le fait est que, jusqu’au début des années 1990, la source appartenait exclusivement à la Sonelgaz et les services de l’hydraulique, n’ont pu l’utiliser aux fins d’alimenter les populations de la région en eau potable.
Une source intarissable pour des populations assoiffées
Après le levée de cette contrainte au début des années 1990, la Direction de l’hydraulique a commencé à engager des études de la faisabilité pour l’alimentation en eau de la région de M’chedallah à partir de cette source. Cette source située à plus de 1 200 mètres d’altitude, l’alimentation en eau de toute la daïra de M’chedallah doit se faire en système gravitaire. Au début des années 2000, les communes de Saharidj et de M’chedallah sont alimentées à partir de cette source après qu’une étude ait été faite dans ce sens. L’étude physicochimique de cette eau a montré qu’elle est minérale et proche des eaux d’Evian. Cependant, passé les premiers moments d’euphorie, des villages appartenant à ces deux communes principalement ceux de la commune de Saharidj dont dépend la source, commençaient à perdre patience tant l’eau de cette source tardait à couler dans leurs robinets. Des villageois de Saharidj sont allés jusqu’à obstruer le canal sur les hauteurs du village des Ath-Hamad afin de montrer leur déception. La même déception a été exprimée par d’autres villages dans la commune de M’chedallah. Une déception qui s’est transformée en colère après que les autorités, au lieu de régler les problèmes de ces villageois en leur assurant une alimentation régulière et permanente en eau ont engagé des études pour l’alimentation d’autres communes de la daïra comme Chorfa et Aghbalou. Au sud de M’chedallah, dans la commune d’Ahnif, où vit une communauté importante de la tribu des M’chedallis, on commençait à s’agiter. Les populations de cette commune ne comprenaient pas la démarche des pouvoirs publics qui ont engagé des études pour l’alimentation des communes de Chorfa et d’Aghbalou à partir d’une source appartenant, selon la conception locale, au arch des M’chedallah. Pour beaucoup d’habitants de la commune d’Ahnif, les autorités devaient d’abord assurer l’alimentation à partir de cette source à tous les villages des M’chedallis, c’est-à-dire la commune mère M’chedallah qui inclut les deux autres communes, Saharidj et Ahnif qui ont été créées en 1984. De plus, les populations de ces trois communes exigent que toutes les sources de montagne soient mobilisées et captées pour l’alimentation de toutes les communes de la daïra de M’chedallah et pas seulement Aïnsar Aberkane.
Un projet de 700 milliards de centimes refusé par les autorités
Les choses sont restées là. Entre-temps, l’industriel Rebrab a proposé d’exploiter une partie de cette source, en demandant un débit de 10 à 15 litres par seconde pour la mise en bouteille de cette eau minérale dont la qualité n’est plus à démontrer. Dans l’étude d’un complexe qui inclurait outre la mise en bouteille de cette eau minérale, la création de boissons gazeuses à partir de cette eau, l’industriel Rebrab promettait de créer plus de 2 000 emplois directs, des milliers d’emplois indirects, en plus l’argent que gagne la trésorerie aux communes de M’chedallah et Saharidj. Malgré son importance, ce projet, dont le coût de réalisation est estimé à près de 700 milliards centimes, et qui a été approuvé par les deux assemblées communales de Saharidj et M’chedallah, a été refusé par les responsables de la wilaya qui ont estimé que les eaux de cette source devaient profiter aux populations et non commercialisées. Un point de vue partagé par des milliers d’autres citoyens mais surtout par tous les dépositaires de la conscience collective locale et défenseurs acharnés de l’ordre établi, qui ont créé un bloc de refus de peur de voir le géant industriel Rebrab leur faire de l’ombre qui départagera entre ceux qui estimaient que l’eau de la source Aïnsar Aberkane devra être commercialisée et participer au développement économique de la région, et ceux qui estimaient que cette source naturelle est un don de la nature et qu’elle devra revenir à la population ? Pour notre part, nous savons seulement que dans les pays européens, une source pareille n’aurait jamais été utilisée pour l’usage quotidien.
Qu’en est-il de la situation aujourd’hui ?
La source continue à jaillir et les populations de la commune d’Ath-Mansour, qui peuvent elles-aussi prétendre à cette eau, continuent de souffrir en étant alimentées eau potable que deux heures tous les cinq jours, et ce, malgré les promesses de réorienter les forages dont bénéficiait la commune de M’chedallah vers cette commune. Des villages dans la commune d’Ahnif, surtout ceux qui n’ont bénéficié ni de forages ni de la source Aïnsar Aberkane, souffrent toujours du manque d’eau potable. A M’chedallah, outre la mauvaise gestion des eaux de la source Aïnsar Aberkane, il y a la vétusté du réseau d’alimentation, ce qui perturbe l’alimentation eu eau potable. A Saharidj également, les villages continuent à être alimentés d’une manière irrégulière et anarchique, alors qu’à Chorfa et Aghbalou, on attend toujours la fin des travaux d’adduction. En somme, au niveau de la daïra de M’chedallah, la source Aïnsar Aberkane, qui était perçue comme une bénédiction pour la région, est devenue, au fil des ans, une véritable malédiction : les études lancées au milieu des années 1990 pour l’alimentation en eau potable à partir du barrage Tilesdit ont été toutes orientées vers l’ouest et le sud-est de la wilaya. Les spécialistes ont classé M’chedallah comme montagneuse, donc bénéficiant de sources naturelles intarissables et mobilisables pour l’alimentation en eau de ses populations. Résultat : au niveau de cette daïra, des communes entières comme Ath-Mansour et à un degré moindre Ahnif, Chorfa, Aghbalou et même M’chedallah, souffrent du manque d’eau car les eaux de source ne peuvent, à elles seules, quand bien même elles sont importantes, satisfaire la demande de plus en plus élevée de la population.
Y. Y.

le soir d’algerie

illustration via

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