Alger Lakhdaria, via Bouzegza et Keddara

c’est la fameuse route nationale numero 29 qui relie Lakhdaria à La Mitidja  ( Boudouaou, Larbaatache, Khemis el Khechna,  Alger, Blida  ) elle traverse la region montagneuse  de Bouzegza, haut lieu de la resistance durant la guerre de l’independance, et actuel foyer du terrorisme pas  tout à fait encore sécurisé, ou traverserait egalement  la future autoroute Est Ouest,  on peux citer des villages devenus presque villes, comme Keddara, et avant d’arriver à Lakhdaria, un enchainement de villages et de hameaux, tel Arkoub et Tamarkanit, Thala Ougueni et Bouderbala

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Merci à سيدعلي jsk de lakhdaria net,  de  nous avoir fait profiter de ces belles images d’une  region  meconnue, sauf des anciens taxieurs de Setif qui prenaient cette route à zigzags comme une autoroute !

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Projet d’emploi rural, revitalisation de l’arriere-pays

Projet d’emploi rural (PER 2)

Une stratégie de revitalisationde l’arrière-pays

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En raison de la diversité des facteurs de dégradation des milieux ruraux, épuisant les sols et faisant fuir les hommes, la stratégie de revivification des espaces ruraux ne peut être que multidimensionnelle et multisectorielle. Le département ministériel chargé de ce secteur, en l’occurrence l’ancien ministère délégué au Développement rural dépendant du ministère de l’Agriculture, a mis en place, depuis 2003, un ensemble de dispositifs de soutien au développement rural qui s’articulent autour du PNDAR (Plan national de développement agricole et rural). La formule des PPDR (Projets de proximité de développement rural) a été initiée avec cette philosophie de la vision d’ensemble qui est censée toucher tous les domaines de la vie rurale pour permettre une stabilisation des populations, le retour des habitants expatriés dans des conditions sécuritaires particulières, la création de nouvelles conditions de vie basées sur le désenclavement, la protection des sols contre l’érosion, le soutien aux métiers artisanaux, le soutien au développement agricole (arboriculture, amélioration des sols, élevage), la mobilisation des ressources hydriques (puits, forages, retenues, captage de sources), l’installation des services sociaux (santé, école, centres culturels) et des équipements publics (électricité, gaz,).

Dans ce genre de projets décentralisés confiés aux différentes structures des wilayas, le problème crucial soulevé demeure l’intersectorialité qui est mal assurée. La coordination, pour piloter ce genre de projets se basant sur une nouvelle conception du développement, a, en effet, du mal à se concrétiser sur le terrain. Hormis les actions de type agro-forestier et, dans une moindre mesure, la petite hydraulique, les autres actions ont connu pratiquement des retards dans toutes les wilayas du pays. L’évolution de la vision des responsables de ce secteur a fait que ces projets de proximité ont été améliorés sur le plan organisationnel pour devenir, à partir de 2007, des PPDRI (projets de proximité de développement rural intégré). Six wilayas pour le PER 2 Parallèlement à ces Projets de proximité, l’Algérie a commencé à mettre en œuvre, à partir de 2004, un autre projet d’envergure sous l’intitulé de Projet d’Emploi Rural II, cofinancé initialement à hauteur de 80% par la Banque mondiale. Les accords de prêt, portant sur 90 millions de dollars, ont été conclus à Washington en juillet 2003 entre le gouvernement algérien et la BIRD.

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Depuis que le gouvernement algérien a payé par anticipation une grande partie de la dette extérieure du pays, ce projet est pris en charge totalement par un financement national. La réalisation du programme, étalée sur cinq ans, est confiée à la Direction générale des Forêts (sous tutelle du ministère de l’Agriculture). Ce projet touche six wilayas de l’Algérie du Nord (Centre et Centre-ouest) : Chlef, Aïn Defla, Tiaret, Tissemsilt, Médéa et Bouira, et cible essentiellement les zones de montagne et le flanc Nord de la steppe qui reviennent à ces wilayas. C’est en 2002 que les études préliminaires ont été initiées. Il s’agit principalement des approches modernes du monde rurale mises en place par les dernières analyses sociologiques basées sur la méthode participative. Des enquêtes-ménages et des focus-groups (discussions dirigées avec les populations) étaient menées sur le terrain par des agents forestiers encadrés par des sociologues et démographes. Le but étant de faire un check-up détaillé des conditions de vie des campagnards et, surtout, de connaître leurs besoins et les grandes tendances qu’ils manifestent à l’égard du travail et des activités rurales. Sur diagnostic socio-participatif, ont été élaborés les ‘’arbres de problèmes’’ (hiérarchisations des contraintes illustré par un arbre généalogique) et les ‘’arbres de solutions’’ (clefs proposées par les paysans pour résoudre leurs problèmes, aidés en cela par les orientations techniques des agronomes et forestiers présents avec eux).

Une fois traités par un bureau d’études, ces résultats sont transformés en programmes d’actions. Pour la première fois en Algérie, une méthode scientifique et décentralisée est mise en œuvre dans la conduite de l’approche du mode rural. Ce projet (PER 2) fait suite à un projet du même genre initié à l’Ouest du pays (Tlemcen, Sidi Belabbès, Mascara, Aïn Temouchent) ayant eu la même typologie de financement et d’approche des populations rurales. Sauf qu’à l’Ouest du pays, le projet a souffert de la conjoncture sécuritaire du milieu des années 90. Mais, les résultats obtenus sont loin de toute espérance. Aujourd’hui, des vergers et des vignobles commencent à produire leurs fruits, des milliers d’emplois y ont été crées et des actions de conservation du sol de grande envergure (reboisements, corrections torrentielles y ont été réalisées). Le défi de l’emploi et de la stabilisation des populations Dans les wilayas du Centre, les actions du projet ont connu leur démarrage au cours de l’année 2005.Les travaux sont bien avancés. Les actions programmées portent sur le développement agricole (arboriculture fruitière, amélioration des sols par des actions de défoncement et d’épierrage), la mobilisation des ressources hydriques (retenues, forages, fonçage de puits, captage de sources, aménagement de points d’eau), la protection et la conservation des sols (reboisement, fixation des berges, corrections torrentielles, travaux sylvicoles) et la promotion de la femme rurale (modules d’aviculture, de cuniculture, d’apiculture et artisanat). Pour les six wilayas concernées par le projet en question, le défi à relever est la stabilisation des populations dans leurs villages et bourgades et la créations d’emplois permanents et saisonniers. Réhabilitation de l’espace rural à Bouira En quelques mois, la courbe du chômage a connu une inflexion vertigineuse dans certaines communes à tel point que certaines entreprises de réalisation avaient des difficultés à recruter des ouvriers sur leurs chantiers. En outre, les pouvoirs publics algériens escomptent aussi, à travers le PER 2, installer une pédagogie de la participation des populations à construire leur destin. En plus de la participation à la conception des programmes, les ruraux sont également appelés à participer à la réalisation physique des travaux sur le terrain. Il en est ainsi par exemple des plantations fruitières dont ils ont bénéficié : ce sont les bénéficiaires eux-mêmes qui procèdent à la plantation une fois que l’entreprise a ouvert les trous et fourni les plants. Les dernières actions prévues par ce programme et qui, probablement, vont être mises en œuvre au courant de l’année 2009, se sont les ouvertures de pistes rurales et le construction de retenues collinaires. Le Projet, qui en est à sa cinquième année, est directement suivi par les conservations des forêts des six wilayas. Il subit des audits réguliers de l’Inspection générale des Finances (IGF) relatifs à la procédure de passation de marchés et à la régularité des réceptions sur le terrain. Les travaux du Projet d’Emploi Rural (PER2) dans la wilaya de Bouira qui ont été lancés au cours du mois de décembre 2005 connaissent un rythme d’avancement appréciable. Le montant total du projet est évalué à 1,26 milliard de dinars. Lors des trois dernières saisons, près de 2000 ha ont été plantés en différentes espèces fruitières et 500ha en plantations forestières, en plus des travaux d’amélioration foncière et de corrections torrentielles. Des travaux sylvicoles tendant à améliorer et harmoniser les peuplements forestiers ont aussi été engagés depuis janvier 2006 . Conçu spécialement pour créer de l’emploi dans les zones les plus défavorisées de la wilaya, ce projet prolonge le PER1 entamé dès 1996 à l’ouest du pays avec le même mode de financement, soit un cofinancement de la Banque mondiale. Le choix des zones d’intervention a été orienté par les statistiques de l’ONS relatives au chômage et renforcé par des études sociales et environnementales (économie pastorale, cadre général de vie, érosion des sols, infrastructures hydrauliques,…) qui ont conclu à la nécessité de mettre en œuvre un tel projet sur onze communes du sud de la wilaya relevant des daïras de Sour El Ghozlane, Bordj Okhriss et Bir Ghebalou. Les actions prévues s’articulent autour du développement agricole et du désenclavement (plantations fruitières en sec et en irrigué, ouverture et aménagement de pistes rurales), de la mobilisation des ressources hydriques (aménagement de sources, fonçage de puits et forages, retenues collinaires), de la lutte contre l’érosion des sols (reboisements, fixation des berges et corrections torrentielles) et, enfin, des activités promouvant la femme rurale (distribution des machines à coudre et octroi du petit élevage : aviculture et apiculture). Sur le terrain, les entreprises attributaires des marchés ont commencé à se roder. L’une d’elles, l’entreprise publique SAFA-Zaccar qui avait de grandes difficultés financières avant de se voir attribuer les travaux du PER2, a fini par relever le défi. Les paysans bénéficiaires des plantations arboricoles réalisées par cette entreprise sont satisfaits des résultats puisque la majorité des vergers ont réussi. Un large mouvement de recrutement sur les territoires des communes concernées a eu lieu au grand bonheur des familles et des autorités locales qui voient ainsi diminuer en quelques mois le poids du chômage. En outre, la réalisation des vergers dans les terrains particuliers est considérée à juste titre comme un investissement créateur d’emplois permanents. Ce qu’il y a lieu de remarquer dans la gamme des actions prévues par ce programme est l’introduction du vignoble. En effet, dans la localité de Guelta Zerga, commune de Sour El Ghozlane, 8 ha de viticulture sont déjà réalisés chez un agriculteur qui élève aussi l’autruche. Deux autres hectares de la même culture ont plantés dans la commune de Dirah. Il faut signaler que depuis l’opération d’arrachage de vigne entreprise par les autorités pendant les années 1970, les anciens vignobles n’ont pas pu être régénérés. A Aïn Bessem, Raouraoua ou dans la banlieue de Bouira, le vignoble a été remplacé par les céréales. Ce n’est qu’avec la nouvelle politique du PNDA que de petites superficies ont été plantées en vigne de table.

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Le PER2 est venu renforcer et prolonger cette volonté de reconversion des systèmes de culture qui assure un meilleur revenu aux paysans, résiste mieux à la sécheresse et fixe bien les sols menacés par l’érosion. Améliorer les revenus Ce qui retient aussi l’attention dans cette série d’actions, ce sont les deux retenues collinaires prévues dans les communes de Ridane et Bordj Okhriss et qui totalisent une capacité de rétention d’environ 400.000 M3 d’eau dans une région dépourvue jusqu’à présent d’ouvrages hydrauliques de cette envergure. Le premier site a bénéficié de l’étude d’exécution et voit sa phase de maturité arriver à la création de l’association des utilisateurs de l’eau. L’avis d’appel d’offre pour la réalisation de la retenue sera lancée au cours de l’année 2009. Pour le second site, l’accord des usufruitiers qui exploitent des terres dans la zone du futurs lac d’eau n’a pas encore été concrétisé. Outre ces retenues, des captages de sources et des mares ont été réalisés pour les éleveurs et les habitants de la région. Pour les actions de désenclavement, un programme d’aménagement de 80 km de pistes est déjà achevé. Un autre volume de 180 km est lancé en consultation à partir de la semaine passée. Quant à l’ouverture de pistes, elle concerne un volume de 125 km répartis en deux opérations (25 et 125 km) dont la première tranche a vu son cahier de charges déposé au niveau de la wilaya pour approbation. Dans le cadre de la promotion de la femme rurale, le PER 2 de Bouira est doté d’un quota de 300 machines à coudre destinées aux femmes nécessiteuses ou couturières en chômage. Sur ce chiffre, 168 unités ont été distribuées il y a quelques semaines. Ces équipements sont censés contribuer à améliorer les revenus des ménages de ces zones déshéritées, revenus tirés essentiellement d’une céréaliculture vivrière et d’un élevage peu développé sur des terrains fortement érodés. En tout cas, les promoteurs de ce projet ont, dès sa conception en 2003, pris en charge le volet de la promotion de la femme rurale, sachant que les autres activités du projet interviennent par des travaux réalisés au profit de ces populations (arboriculture fruitière, amélioration foncière, lutte contre l’érosion par des corrections torrentielles et les reboisements,…). Outre, donc, la diversification des activités agricoles qui sont proposées aux foyers de cette région sous forme d’investissements publics pérennes , des centaines de milliers de journées de travail ont été crées depuis le lancement des chantiers en fin 2005. Les fournitures ayant pour objectif d’accompagner les ménages dans leur stabilisation sur leurs terres ont trait essentiellement à l’apiculture (plus de 6 000 ruches), l’aviculture (15 000 poules pondeuses avec aliment de volaille) et les machines à coudre (300 unités).

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Amar Naït Messaoud
depeche de la kabylie
23 JANVIER 2009

Ghaza, Marche de soutien à Lakhdaria


Marche de soutien à Ghaza

Brandissant drapeaux algériens et palestiniens, environ deux cents personnes, dont de nombreux jeunes, ont organisé une marche spontanée, qui s’est ébranlée du centre de la ville de Lakhdaria et ce après la prière du vendredi. Empruntant l’axe principale à savoir la rue Si-Lakhdar, la marche s’est déroulée sans incidents. au retour les manifestants ont effectué une pause face à l’ancienne mairie, ils se sont ensuite dispersés dans le calme. Tout le long de leur parcours, les marcheurs scandaient des slogans hostiles à l’Etat hébreu et glorifiaient la lutte menée le peuple palestinien, particulièrement la population de Gaza qui subit l’agression sioniste. Pour rappel, la veille, une cinquantaine d’élèves du primaire ont marché le long de l’artère principale sans perturber la circulation et ont été dispersés, place des Martyrs, par les services de sécurité.

S. Abdelkader

depeche de la kabylie

Solidarite du peuple d’Alger avec Gaza


video d’echorouk, un quotidien arabophone le plus lu d’algerie, d’une manifestation « spontanée » en fait, à la sortie de la mosquée d’un quartier d’alger le vendredi, presque une semaine aprés l’invasion barbare israelienne, cette manif n’a pas été autorisée mais s’est deroulée malgre tout, evidement, le gouvernement voudrait en faire une mais avec pleins de policiers autours et autres moukhabarates, ou si c’est pas facile a organiser, on la fera dans la cage à poules de la coupole du 5 juillet d’alger.

caricature

capturerCaricature de presse ( hic ) et capture d’ecran du quotidien le SOIR d Algérie

Region de Lakhdaria, Reportage Novembre 2008

Dans le fief des groupes terroristes

Sidi Ali Bounab, les Issers, Beni amrane, Ammal : Dans le fief des groupes terroristes

En cette journée ensoleillée d’hiver, Sidi Ali Bounab, qui culmine sur une série de collines aussi belles les unes que les autres et aussi majestueuses que celles qui forment la chaîne de montagnes de la Haute Kabylie, a l’air d’être si hospitalière que l’on oublie vite l’horrifiante réputation qu’elle s’est faite durant les années 1990. Elle fut une sorte de Tora Bora algérien à partir de laquelle étaient planifiées, déclenchées toutes les actions terroristes ayant ciblé tout le centre du pays. Par ici aussi, la nature n’a pas été avare. Elle a été si généreuse qu’on ne peut dénier le grand soin que la Providence a pris de cette région et que la bêtise humaine a transformée en chaos.

Tizi Ouzou et Boumerdès.

Comme les autres jours de cette saison de labeur, la population vaque à ses occupations : travail aux champs et cueillette des olives. Mais l’image « Ushuaïa » qu’offre de prime à bord cette région se dissipe au premier contact avec la réalité. Ce n’est, en fait, qu’une illusion. En sortant des Issers, le premier check-point mixte armée populaire nationale-garde communale, installé depuis peu de temps, à environ un kilomètre du centre-ville, donne déjà quelques sueurs froides. Le chemin qui reste à faire pour arriver au sommet de la colline est des plus dangereux. Il y a un peu plus d’un mois, un citoyen engagé dans la lutte contre le terrorisme dans les années 1990 a été enlevé au lieudit Taawint Tassemat (fontaine fraîche). Youcef s’était pourtant rangé depuis longtemps en travaillant comme cuisinier à Bordj Ménaïel. Il revenait souvent dans son village sans être inquiété. Mais ce jour-là, le groupe terroriste qui écume la région ne lui a laissé aucune chance. Il a dressé simultanément deux faux barrages sur les deux chemins qui descendent de Timezrit vers les Issers. Youcef devait emprunter l’un ou l’autre. A 15h, en plein jour, les quatre terroristes qui l’attendaient à Taawint Tassemat le font descendre de voiture, le ligotent et le jettent dans une camionnette de marque Toyota avant de démarrer en trombe vers une destination inconnue. A la tombée de la nuit, beaucoup d’habitants d’un village situé à quelques encablures seulement du lieu du rapt, indiquent des citoyens rencontrés sur place, ont entendu les cris déchirants de la victime, torturée par les terroristes. Le supplice a duré deux jours, selon les mêmes témoignages, avant que la tête de Youcef ne soit « exposée », le surlendemain, sur un trottoir à Bordj Ménaïel.

La terrifiante nouvelle a fait le tour de la région. La psychose s’y installa de nouveau après l’illusion donnée par une fausse accalmie qui n’aura duré que quelques mois. D’aucuns se demandent alors comment, dix ans après avoir mis fin à son engagement dans la lutte contre le terrorisme, les terroristes ne l’ont pas oublié ? Des sources sécuritaires locales, qui ne tarissent d’ailleurs pas d’éloges à son égard – il a contribué à l’élimination d’au moins une douzaine de terroristes en 1999 en donnant des informations exactes sur leurs caches – soutiennent que la victime était certainement suivie depuis longtemps. Ceux qui sont au fait de la situation sécuritaire dans la région soutiennent qu’au moins deux informateurs auraient contribué à l’assassinat de Youcef. L’un a dû renseigner le groupe terroriste que le défunt quittait Bordj Ménaïel où il travaille pour se rendre dans son village ; l’autre a dû donner l’alerte lorsqu’il s’apprêtait à rentrer le soir de Timezrit. Un citoyen rencontré dans la localité dit que « l’assassinat de Youcef renseigne sur l’efficacité et le nombre de soutiens que le terrorisme continue à avoir dans la région ». Pas plus tard que le mois dernier, les services de sécurité ont démantelé un important réseau de soutien au terrorisme dans deux villages limitrophes de la ville des Issers : Bouchakour situé à un jet de pierre de la route qui mène des Issers à Draâ El Mizan et Ouled Bentafath – où des témoins auraient vu passer un important groupe comptant parmi ses membres une jeune femme vêtu en treillis de para – sur le chemin entre Timezrit et Sidi Ali Bounab. Dans l’un comme dans l’autre, les forces de sécurité ont arrêté trois membres de ce réseau de soutien. Mais tout porte à croire que ce n’est là que la partie apparente de l’iceberg. Car sans ses soutiens, les terroristes n’y auraient pas survécu. Et il y en existe encore, indique, sûre d’elle, une source locale.

Mais au-delà de ces appuis, le terrorisme semble aussi être une histoire de famille et sans doute également de connaissance parfaite de la géographie locale. Presque tous les membres de la « seriat » (section) des Issers, qui active jusqu’au confins de la commune de Timezrit et aux limites de la commune de M’kira au sud, sont natifs des Issers. C’est le cas aussi de L’émir du groupe El Hachemi El Hachemi, alias Soheib, qui habitait au centre-ville, et de son vétéran, un certain Belaïd, âgé aujourd’hui de plus de 55 ans. Leurs acolytes, les frères Torfi, un certain Riahla et un certain Delci, sont originaires des villages environnants. Depuis des années, cette bande de terroristes sévit dans cette région sans être jamais tombée dans les filets des services de sécurité, fait remarquer notre source. Pour beaucoup, ce serait faux de ne pas penser que ce ne serait pas elle qui aurait prêté main-forte en préparant la logistique nécessaire à ceux qui ont planifié et exécuté le sanglant attentat-suicide qui a ciblé, à la mi-août dernier, l’école de formation de la gendarmerie des Issers. Activant sur un terrain dont il a une parfaite connaissance, ce groupe, bien pris en charge par de nombreux soutiens, semble très renseigné aussi bien sur les sorties des services de sécurité que sur leurs positions sur le terrain. Parfois ce sont les proches parents des terroristes qui accomplissent cette sale besogne. « Quel est ce père qui dirait non à son fils terroriste qui le sollicite pour l’approvisionner en denrées alimentaires, pour l’héberger lui et son groupe ou même pour un renseignement ? », s’interroge un citoyen rencontré aux Issers.

Aucun terroriste n’est tombé à Sidi Ali Bounab depuis 2000

Si dans les années 1990, les moyens de communication n’étaient pas encore développés en Algérie, aujourd’hui, les terroristes tirent bien profit de l’essor de la téléphonie mobile. Depuis l’année 2000 où un dangereux terroriste originaire du village d’Ouled Bentafath, répondant au nom de Ali Tafathi, a été abattu dans la localité de Birro, aucun autre n’est « tombé » dans la région de Sidi Ali Bounab, affirme une source sécuritaire locale. Pourtant, un groupe de quinze à dix-sept terroristes y active depuis bien longtemps. Il s’agit de la « seriat » Timezrit, dirigée par un ancien sanguinaire originaire de Sidi Daoud, un certain El Bey, qui compte dans son groupe un autre dangereux terroriste, le seul d’ailleurs qui soit natif du village de Toursel, situé à environ 5 km du chef-lieu de la commune de Timezrit. Il répond au nom de Zizid Sadek, surnommé Ghoulem pour avoir intégré les rangs des GIA à l’âge de 17 ans ; il aurait aujourd’hui 33 ans. Le groupe d’El Bey, soulignent des sources très au fait de la situation sécuritaire dans la région, est formé essentiellement de terroristes originaires de Bordj Ménaïel, Baghlia et Sidi Daoud. Au-delà des soutiens et des complicités qu’il compte à Timezrit et dans les autres douars l’émir El Bey, selon des informations données par des repentis, connaît tous les coins et recoins de Bounab, jusqu’aux limites de la forêt d’Iaallalen qui surplombe la commune de Oued Ksari (Aït Yahia Moussa) – où un faux barrage a été dressé la semaine dernière – et son prolongement jusqu’à Boumehni, mieux que les autochtones eux-mêmes.

C’est dans ces endroits fortement boisés, situés en contrebas du versant sud de Sidi Ali Bounab, que les membres de « seriat » Timezrit trouvent souvent refuge lorsqu’ils sont pressés, au nord, par les services de sécurité. Selon les mêmes sources, leur champ d’activité s’étend aussi à l’autre versant, où ils ont marqué leur présence par l’assassinat ciblé de membres de la garde communale ou, dernièrement, d’un citoyen qui approvisionnait une caserne de l’armée. A Bordj Ménaïel, c’est le groupe de l’émir Abou Tourab qui prend le relais. Composé, selon des sources crédibles, d’une dizaine de terroristes rejoints dernièrement par quatre nouvelles recrues toutes natives du village agricole de Omar, situé à équidistance entre bordj Menaïl et les Issers, la « serriat » d’Abou Tourab aurait des connexions avec les sections des Issers et celles des régions mitoyennes. Activant dans le même périmètre sous la bannière de katibat El Ansar de la branche d’Al Qaïda au Maghreb (ex-GSPC), ces groupuscules auraient été aperçus en conclave, à Bounab, le mois dernier. Ils forment à eux seuls un groupe d’une quarantaine de terroristes. Il est vrai qu’on est très loin des 1200 terroristes environ, nombre cité par des sources sécuritaires locales, qui écumaient Sidi Ali Bounab au début des années 1990, mais les groupuscules qui continuent encore d’y sévir semblent insaisissables. Ils ne se manifestent que rarement par des actions ponctuelles et très ciblées. Ils ne planifient que les coups qu’ils sont sûrs de réussir. La présence renforcée des campements de l’armée populaire nationale semble les dissuader. Mais tout porte à croire que l’organisation terroriste, vu la reconfiguration sécuritaire dans la région, ne préfère y maintenir qu’une présence symbolique de petits groupes volatiles, faciles à déplacer en cas de besoin, et capable de survivre grâce aux réseaux de soutien qu’ils ont pu tisser dans leurs villages natals ou dans les villages voisins où ils comptent des parents par alliance. L’essentiel des troupes a déménagé du côté de Mizrana, dans les inextricables forêts d’Akfadou, mais aussi du côté de Bouzegza, Palestro, Merchiche et les reliefs boisés qui entourent la commune de Ammal.

De notre envoyé spécial

Par Said Rabia

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Actualité (Dimanche 30 Novembre 2008)
La présence des terroristes inquiète la population
Le GSPC veut empêcher la cueillette des olives en Kabylie


Deux victimes sont déjà à déplorer. Cette situation fait craindre le pire.

“C’est en hiver qu’il porte ses fruits, quand la froidure condamne à mort tous les autres arbres. C’est alors que les hommes s’arment et les femmes se parent pour aller célébrer avec lui les rudes noces de la cueillette”, disait Mouloud Mammeri dans un entretien avec Jean Pellegri, au sujet de l’olivier dont la cueillette du fruit a été, en effet, de tout temps dure et jamais sans quelques dangers puisque, ajoute l’écrivain, “pour aller jusqu’à lui, il faut traverser la rivière et la rivière en hiver se gonfle. Elle emporte les pierres, les arbres et quelquefois les personnes”.
Aujourd’hui, des ponts et des pistes, plus ou moins praticables, sont réalisés et donc les rivières n’emportent plus personne. Mais cela voudrait-il dire que le danger n’existe plus ? Il suffit d’emprunter les chemins sinueux des montagnes de Kabylie pour se rendre compte que le danger a juste changé de nature depuis quelques années et que les risques d’aujourd’hui sont plus importants que ceux qui ont accompagné la cueillette des olives des siècles durant. Mis à part les plaines, rares d’ailleurs, et les périmètres proches des villages, dans les autres régions, notamment la haute montagne, l’ombre du terrorisme se profile derrière chaque olivier. Étant situées, pour la plupart, loin des villages, souvent près des maquis, les oliveraies présentent ces dernières années, particulièrement durant les deux dernières, un danger en permanence pour ceux qui s’y rendent.
En Kabylie, “on a autant peur de tomber nez à nez avec ces criminels du GSPC que sur leurs engins explosifs semés par-ci, par-là”, entend-on souvent dire chez les citoyens.

La première victime  à Yakourène
Certains faits enregistrés dans quelques localités de la wilaya justifient amplement cette peur. Yakourène, une région située à environ 60 km de la ville de Tizi Ouzou connue pour être une des bases arrière du GSPC en Kabylie, et ayant vécu durant tout l’été 2007 au rythme de l’insécurité, vient d’enregistrer sa première victime depuis le début de la campagne oléicole.
Il s’agit d’un jeune âgé de 35 ans, tombé le 23 novembre dernier sur une bombe artisanale enfouie sous terre, à Timarissi, par les acolytes de Droukdel et qui a explosé l’atteignant grièvement. Évacué d’urgence vers l’hôpital d’Azazga, la victime a été amputée d’une jambe.
Le surlendemain, c’est au village de Taourirt Aaden, dans la région de Mekla, d’enregistrer une autre victime et dans les mêmes conditions. Le jeune S. K., âgé de 22 ans se rendait à l’oliveraie familiale avec les autres membres de sa famille lorsqu’il sauta soudainement sur un engin explosif qui l’a, lui aussi, grièvement atteint. Dans le massif de Sidi Ali Bounab, des habitants de cette région, dont la situation sécuritaire a défrayé la chronique en termes d’événements sécuritaires, racontent que certains d’entre eux ont eu à croiser, en se rendant à leurs oliveraies, des terroristes qui leur ont déconseillé de se rendre dans certains endroits minés par des bombes artisanales. “Rien que de les croiser et quelle que soit la manière avec laquelle ils s’adressent à nous, on est déjà terrorisés”, nous raconte un habitant de la région.

Les traces  des terroristes font peur à Larbaâ Nath Irathen et  à Aïn El-Hammam
Dans la région des Ouacifs, située à une quarantaine de kilomètres de Tizi Ouzou, les paysans ont déjà eu à les croiser mais sans que le moindre mal leur ait été fait. La peur de les avoir en face leur suffisait. Près de certains villages de Larbaâ Nath Irathen et d’Aïn El-Hammam, on n’a pas encore signalé de cas de “rencontre” entre les villageois et des groupes terroristes, mais leur ombre est partout. “J’ai retrouvé leurs traces plusieurs fois dans mon champ situé à la limite du massif de Takhoukht. J’ai eu à découvrir au milieu de mes oliviers, et à plusieurs reprises, des boîtes de conserve, des restes de nourriture et aussi des traces d’un feu autour duquel plusieurs personnes étaient assises”, nous raconte Mohand Akli, un paysan sexagénaire d’un des villages de Larbaâ Nath Irathen.
À Boghni, dans le sud de la wilaya de Tizi Ouzou, un groupe de chasseurs a été passé à tabac par un groupe terroriste qu’il a croisé en pleine forêt, nous a-t-on raconté. Leurs fusils de chasse ne leur ont pas été confisqués mais les terroristes leur ont demandé leurs papiers, qu’ils n’avaient pas sur eux, avant de les rouer de coups. Ils les soupçonnaient de travailler pour le compte des services de sécurité. Autant de cas enregistrés, et la campagne oléicole vient à peine de débuter.
Aujourd’hui, la peur à elle seule ne suffit sans doute pas à expliquer l’abandon progressif de l’oléiculture, puisque ces raisons sont aussi économiques et sociales, mais l’insécurité a poussé bien des villageois à abandonner leurs oliveraies et à renoncer à la traditionnelle cueillette des olives. Ce ne sont évidemment là que des cas minoritaires en Kabylie. Ceux qui ont leurs oliveraies à proximité des maquis terroristes. La majorité des familles en Kabylie restent, en dépit de la peur, profondément attachées à cet arbre emblématique, indissociable de leur vie culturelle et économique, qu’est  l’olivier, tout comme au bon vieux temps.  “L’olivier avec certains vieux troncs sont aussi immémoriaux et impavides aux épisodes de l’histoire. Ils ont vu naître, vivre et mourir nos pères et les pères de nos pères. À certains, on donne des noms comme à des amis familiers ou à la femme aimée parce qu’ils ont tissé nos joies comme la trame des burnous qui couvrent nos corps”, disait encore Mouloud Mammeri à Jean Pellegri en guise d’explication de ce que peut représenter un olivier pour le paysan kabyle. Cette explication reste, d’ailleurs, toujours d’actualité en Kabylie où, ajoute Mammeri, “quand l’ennemi veut nous atteindre, c’est à l’olivier qu’il s’en prend d’abord”. C’est sans doute ce sentiment qui a généré les nombreuses manifestations en Kabylie durant l’été dernier, notamment à Aït Yahia Moussa où plusieurs hectares d’oliviers ont été incendiés. Mais il n’y a, à vrai dire, pas seulement que cette symbolique qui pousse le paysan à vaincre sa peur et à aller vers ses oliviers. La motivation est surtout économique. En dépit des 400 hectares d’oliviers incendiés durant l’été dernier, la récolte s’annonce exceptionnelle pour cette saison.
Selon les prévisions des services agricoles, un hectare qui produisait 10 quintaux les années précédentes produira cette année entre 20 à 25 quintaux. Ainsi, la production oléicole, qui était l’année passée de 264 000 q, peut passer cette année à 500 000 q. Avec des prix allant de 400 à 500 DA le litre, du moins selon les prix pratiqués jusque-là, le villageois ne semble pas être près, quel que soit le degré de sa peur, de renoncer à cette richesse, principale pour certains et supplémentaire pour d’autres.

Samir LESLOUS

liberte algerie


SIDI ALI BOUNAB (TIZI OUZOU)

60 terroristes veulent se rendre
20 Janvier 2009 –

Les portes de la «taouba» sont toujours ouvertes

Ces islamistes appartiennent à la katibet Ennour dirigée par le sinistre Sahari Makhlouf alias Ayoub, originaire de Tizi Ouzou.

Selon des sources très au fait de la lutte antiterroriste, les activistes de l’ex-Gspc traversent une période critique ces derniers mois.
Le renforcement du réseau de renseignements et la consolidation des positions militaires autour des fiefs et des maquis d’Aqmi ainsi que les multiples coups de boutoir assénés aux bases arrière de l’ex-Gspc ont acculé les troupes de Droukdel dans leurs derniers retranchements. Ainsi, notre source indique qu’un nombre important de terroristes, estimé entre 50 et 60, sont en stand-by au niveau du vaste maquis de Sidi Ali Bounab et ce, depuis plus de trois mois.
Les troupes signalées par les riverains de cette région sont constituées d’une vingtaine d’éléments activistes de la katibet Ennour dirigée par le sinistre Sahari Makhlouf alias Ayoub, originaire de Tizi Ouzou, en remplacement de Ghazi Toufik alias Tahar écarté par Droukdel et le groupe de Timezrit comptant plus de 24 terroristes désormais sous la coupe de l’émir dit Abou El Himam originaire d’Ouled Aïssa. Ce dernier a remplacé El Bey, originaire de Aïn El Hamra (Bordj Menaïel) convalescent. Ce terroriste a été gravement blessé lors d’une offensive militaire menée durant l’été dernier, au sud-est des Issers. Toutefois, selon notre source, parmi le groupe de Timezrit figurent respectivement 7 éléments de la sériât des Issers dirigée par Hachemi El Hachemi, 8 autres de Bordj Menaïel et 7 de Timezrit lesquels activent sous la houlette de la redoutable katibet El Ansar, dirigée par Ali ben Touati alias Amin. Selon toujours notre source, c’est de la base arrière se trouvant à Sidi Ali Bounab que le véhicule de type Maruti a été intercepté avec à bord deux kamikazes portant des ceintures d’explosifs. Sans la vigilance des services de sécurité dotés de détecteurs très sophistiqués de véhicules piégés et volés aurait peut-être été le drame, car ces ceintures faites de 10 sacoches chacune, contenaient 40 grammes de TNT par sacoche soit une quantité importante de 8 kilogrammes de TNT. Rappelons aussi que la seriat de Chabet El Ameur ayant à sa tête un certain Delsi Aïssa et affiliée à la katibet El Farouk dirigée par Younès Abou Talha issu de Lakhdaria se trouve, elle aussi, sur la défensive depuis longtemps. A cela s’ajoute l’élimination de 5 autres terroristes dont un émir le dénommé Saïd Touhami alias Hodeïda. Par ailleurs, selon des sources sécuritaires sûres, les terroristes ayant réussi à prendre la fuite de Bouzegza, auraient trouvé refuge au maquis de Ammal. De ce fait, une vaste offensive a été menée depuis la nuit d’hier au niveau de la zone comprenant le maquis de Djerrah, Aït Belemou et Aït Saïd ainsi que Dakan surplombant Ammal à quelque 25km au sud-est de Boumerdès. Enfin, à l’heure où nous mettons sous presse aucun bilan n’a filtré de cette offensive élargie également aux monts de Boudarbala et où des hélicoptères de combat ont été utilisés pour pilonner plusieurs endroits suspects.

Mohamed BOUFATAH
lexpression dz

Les Montagnes de l’Atlas blidéen de la wilaya Bouira

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Reportage Sur les monts de l’Atlas blidéen de Bouira

Bourgades déchues et populations à la recherche de leur destin

L’Atlas blidéen est une notion géographique qui regroupe les crêtes alignées depuis le mont Mouzaïa, dans la wilaya de Blida, jusqu’au mont Hellala, dans la région de Aïn Bessem (wilaya de Bouira), en passant par Chréa et Tablat.

C’est une ceinture orographique qui enserre la plaine de la Mitidja et la vallée de l’Isser.

A étage bioclimatique sub-humide à humide, les bassins versants de long couloir reçoivent entre 900 à 1200 mm de pluie par an.

Ce qui est à l’origine de la densité du couvert végétal assez luxuriant, même si, au cours des années de feu allant de 1993 à 2001, une partie des boisements s’est volatilisée suite aux grands incendies.

La partie de l’Atlas blidéen relevant de la wilaya de Bouira compte trois daïras : Lakhdaria, El Kadiria et Souk El Khemis. L’altitude moyenne des pics montagneux est de 900 à 1000 mètres. Sur des pentes abruptes, s’accrochent des villages et hameaux qui ont subi un fort dépeuplement à partir du milieu des années 90 du siècle dernier. Après l’insécuritéqui a porté un coup fatal à l’économie et à l’organisation de la société locale, le manque de perspectives de la période ‘’post-terrorisme’’ n’est pas fait pour inciter les populations au retour dans leurs foyers.

Vers la partie Ouest de la région (communes de Bouderbala et Boukram), des habitants profitent néanmoins des chantiers de l’autoroute Est-Ouest pour se faire recruter, y compris sur le territoire voisin de la wilaya de Boumerdès (Keddara). Cependant, cela demeure insuffisant par rapport à la forte demande en postes de travail d’une jeunesse qui ne sait où donner de la tête. L’offre du travail salarié étant fort limitée et les opportunités de s’installer à son compte se heurtent à des problèmes financiers insurmontables. L’autre écueil étant la commercialisation de certains produits à l’image du tapis artisanal produit par les jeunes filles de Guerrouma. Des pièces dont le prix de revient n’est pas loin de 30 000 DA trouvent difficilement preneur à 25 000 DA. Et dire que le tapis de cette localité a exposé dans une foire internationale à…Bruxelles au début des années 1990.

Dans la commune d’El Mokrani, Zaouia Sidi Salem et Houadchia sont deux bourgades perchées sur le versant Est de Oued Soufflat. Dans cette partie de la haute vallée, on vit l’appartenance à la terre comme un amour fétiche que les mots ne peuvent expliquer totalement. Cette zone agropastorale tire ses revenus et sa raison d’être de cette terre dont la propriété est trop morcelée ; et, fait qui complique davantage les choses, les titres de propriété sont très rares. Ceux qui ne possèdent pas ce fameux document, et ils sont la majorité, n’ouvrent naturellement pas droit aux subventions de l’État. Le système de l’indivision et de l’absence de dévolutions successorales handicape grandement les possibilités de la mise en exploitation de milliers d’hectares de terre fertile. Une véritable impasse. Les marges de manœuvre prévues par la législation en la matière, à savoir les certificats de possession délivrés par l’APC et les actes notariés se heurtent souvent, dès la phase d’affichage et de publicité, à une levée de boucliers faisant intervenir les lointains et proches parents pour émettre leur opposition à la délivrance de tels documents pour les citoyens et les paysans qui en ont vraiment besoin particulièrement dans le dispositif d’aide au logement rural. C’est le cercle vicieux de la bureaucratie, de la jalousie et du clanisme animés par les proches parents installés en ville. Ces obstacles obstruent les voies d’accession à la propriété par succession, partage ou héritage.

Pendant la ‘’décennie rouge’’ du terrorisme, beaucoup de familles ont abandonné terres et foyers pour aller s’entasser à Baraki, les Eucalyptus et Réghaïa dans des taudis. Même avec le retour de la paix, des dizaines de familles demeurent encore dans ces banlieues algéroises après avoir bradé, au milieu des années 90, meubles et troupeaux. Quelques propriétaires ‘’exilés’’ en ville ont loué leurs terres à ceux qui sont restés sur les lieux. On y pratique souvent de la céréaliculture même si le relief, plutôt accidenté, ne s’y prête guère et malgré l’état d’épuisement d’un sol rarement travaillé selon les normes techniques (engraissement, fumure, défoncement,…).

Précarité bien établie

En dehors de l’immeuble abritant le siège de la mairie, le reste des constructions est le symbole même de la précarité et de la pauvreté. Pour tous ses besoins, le village a recours à Souk El Khemis et Aïn Bessem. Le commerce rudimentaire est réduit à quelques échoppes ou épiceries faisant face à la mairie et ne proposant que très peu de marchandises aux clients.

Après El Mokrani, un chemin vicinal traverse l’Oued Soufflat sur un pont étroit et se dirige vers un village réputé pour sa zaouïa que les adeptes du mysticisme et les âmes angoissées ne manquent pas de visiter au moins une fois par an. Ces visiteurs venaient naguère de partout (Lakhdaria, Bouira, Boumerdès,…) pour apaiser leurs inquiétudes existentielles ou pour se faire traiter pour une pathologie particulière (stérilité, impuissance, ensorcellement,…). Cependant, au cours des quinze dernières années, le flux de visiteurs a enregistré une régression régulière jusqu’au “boycott’’ total au milieu des années 90. La route qui y mène avait en effet réservé de mauvaises surprises aux pèlerins qui s’y étaient aventurés.

Partant, toutes les thérapies furent interrompues et la bourgade avait fini par prendre l’aspect d’un no man’s land pendant tout un lustre. Le silence de la Zaouia de Sidi Salem a commencé à peine à se rompre à partir de 2004.

De l’autre côté de l’oued, le hameau des Houadchia fait face au chef-lieu d’El Mokrani. L’aspect le plus remarquable de ce versant de Draâ Snober est le tracé encore en place des anciennes banquettes réalisées par le service des Eaux et Forêts au cours des années 70 elles sont en forme de rampes et suivent les courbes de niveau. On y a planté de l’amandier, de l’olivier et du figuier. Seulement, l’état actuel des arbres montre que ces vergers ne sont pas entretenus. Les emplois salariés des années 80 vinrent détourner la population paysanne des efforts devant valoriser un tel capital. «Il ne reste plus rien des investissements réalisés à l’époque de Boumediene. Même l’insécurité, c’était à nous, en tant que citoyens résistants, qu’incomba le devoir de l’éradiquer. Je vous assure qu’aujourd’hui elle est devenue un simple souvenir ; mauvais souvenir, dois-je préciser. Quant à la situation sociale de la population, je vous apprends qu’ici, il n’y a qu’un seul “métier’’ : c’est le chômage. Plus de la moitié de la population active ne travaille pas. Ne vous fiez surtout pas aux chiffres que vous donne l’administration», dira avec une rage à peine contenue cet enseignant qui dit ne pas croire à la vertu de l’augmentation des salaires des enseignants puisque «tout relèvement de salaire est suivi et handicapé par une augmentation disproportionnée des prix des marchandises».

Un vent poussiéreux se lève sur Draâ Snober emportant dans sa folle course sachets, cartons et autres papiers hétéroclites pour les déposer dans le lit de Soufflat qui recommence à envoyer le souffle des eaux écumeuses reçues lors des dernières pluies d’automne.

Une volonté de mener une nouvelle vie

Les monts Hellala et Sidi Makhlouf qui clôturent l’ancien aârch de Meténane par le nord et qui étaient des éléments importants du décor et de l’environnement ont été réduits pendant la période d’activités terroristes à des refuges et des zones de repli. L’activité subversive a commencé ici en même temps que dans la commune limitrophe, Zbarbar ; c’était à la fin de l’année 1992. Le CW 125 desservant Ouled Sidi Yahia, Ouled Madani, Beni Mecil et Ouled Makhlouf était considéré comme une “zone libérée’’ avec l’ensemble des massifs, pistes et hameaux voisins.

Ces derniers ont été désertés par les populations vers des cieux plus “cléments’’ sur le plan sécuritaire ; car, sur le plan social, la misère les poursuit partout et particulièrement dans les “ceintures de chasteté’’ qui se sont créées autour des banlieues d’Alger. Le massif de Hellala, ayant subi des d’intenses bombardements pendant plusieurs années, voit sa face défigurée et son matériel végétal réduit à néant. La pinède de 1 600 ha qui trônait sur les versants de Oued Soufflat n’est maintenant que l’ombre d’elle-même. Tout l’environnement et tous les aspects de la vie ont été bouleversés par les événements douloureux de la fin du dernier siècle. Au début des années 2000, le taux d’accroissement démographique a décrû pour évoluer en croissance négative vu le dépeuplement ayant touché les bourgades de la région suite à la dégradation de la situation sécuritaire et à la pression du chômage. Ce n’est qu’au cours de ces dernières années qu’un semblant de vie a repris ses droits sur ces buttes livrées trop longtemps au silence et à l’abandon. Mais la méfiance demeure de mise. Il n’est pas facile d’engager une discussion sur ce qui est appelé ici, faute de mieux, les “événements’’.

Z’barbar et Guerrouma : hauts cris dans les bas-fonds

Un réveil brutal à une réalité socioéconomique des plus problématiques a succédé aux affres de l’insécurité. Le silence religieux, suspect et inexplicable recouvrant les monts et les coteaux de cette partie du massif de l’Atlas blidéen pendant la décennie quatre-vingt-dix du siècle dernier laissent place à de lourdes interrogations et récriminations relatives à un présent difficile à supporter. En déclinant leur appartenance territoriale à la wilaya de Bouira, les habitants de Guerrouma n’ont pas l’air de trop y ajouter foi. Perchée sur les monts de Zbarbar, à 600 m d’altitude, l’agglomération chef-lieu de commune est située à plus de 30 km au sud de Lakhdaria, daïra à laquelle elle est rattachée administrativement. La route qui y mène à partir de l’ex-Palestro, le chemin de wilaya 93, serpente laborieusement avec une pente allant crescendo jusqu’à faire ahaner le véhicule le plus robuste. En outre, les virages trop aigus donnent une sensation irrésistible de vertige. À mi-chemin, nous planons déjà, comme par une magique vue d’avion, sur les vallons et méandres de Oued Bouamoud qui nous montrent les fastes de la nature : l’eau ruisselle sur les falaises rocheuses et les chevreaux s’accrochent aux branches et ramures d’oléastre et de pin d’Alep. La circulation sur la route est très discrète. On peut rouler pendant un quart d’heure sans croiser aucun véhicule. Même si la situation sécuritaire s’est substantiellement améliorée depuis le début de la décennie en cours, les villages et hameaux de la région ont connu pendant plusieurs années le diktat terroriste qui a laissé des traces indélébiles dans la société. Les forces de sécurité et les Patriotes ont payé le prix fort dans leur lutte contre les organisations criminelles qui ont écumé, des années durant, les maquis et les forêts entourant les zones habitées. La région de Guerrouma se remet difficilement de la longue épreuve d’insécurité qui l’a prise en otage depuis le début de l’aventure terroriste. N’est-ce pas que sur ces monts invaincus pendant la guerre de Libération que le djihad contre les Algériens a été proclamé en 1992 ? Des dizaines d’innocents (bergers, ouvriers, paysans) ont été fauchés par le règne de la bêtise aussi bien sur la route dans leurs domiciles. Mais, ici, on veut tourner la page de l’insécurité et du terrorisme. Le constat de ces années où les bourgades et les propriétés furent abandonnées est des plus alarmants. D’abord, il y a ceux qui ne sont pas revenus et qui, probablement, ne reviendront jamais. L’exode rural, qui a commencé déjà pour des raisons économiques au milieu des années 80, a subi une extraordinaire accélération à partir de 1994. Lakhdaria, Tablat, Bouira, Boumerdès, Réghaïa, …et d’autres villes du centre du pays ont reçu une partie de ces montagnards. Après le relatif retour à la paix ressenti au début des années 2000, les défis de la vie se posent crûment à ceux qui sont décidés de continuer à vivre à Guerrouma et à ceux qui la retrouvent après des années d’absence. Le chômage, l’enclavement de certains, hameaux, la santé, l’éducation et d’autres préoccupations liées au monde de la jeunesse ne cessent de contrarier les efforts et les volontés de ceux qui considèrent que ce coin de montagne est leur gîte définitif et qu’il y a lieu de le promouvoir et de le rendre vivable.

La haute vallée de l’Isser

Aux bourgades de Zouatène, Diour et Aïn Beïdha, on se sent plus proche de Tablat (wilaya de Médéa) que du chef-lieu de la daïra de Lakhdaria auquel pourtant ces pâtés de maisons se rattachent. Pour consulter un médecin ou acheter un médicament dans une pharmacie, les gens se rendent sans hésitation à Tablat, une ville située à 15 km de ces lieux.

Pour descendre à Lakhdaria en vue de retirer des papiers administratifs par exemple, le déplacement relevait jusqu’à un passé récent de l’exploit. La régularité des navettes de transport public n’est acquise que récemment. «Auparavant, il nous arrivait de ne pas revenir dans la journée une fois descendus à Lakhdaria. Moi-même, j’ai passé la nuit chez des proches de la ville lorsque je me suis aventuré en 1999 à faire la chaîne dans les bureaux de la CNAS. C’est au bout du troisième jour que j’ai regagné Guerrouma».

Vaste de 97 km2, la commune de Guerrouma abrite une population de presque 20 000 habitants répartis sur plusieurs hameaux. Les plus importants sont le village agricole de Aïn Beïdha, Diour, Beni Anane, Zerarka, Tifirès et Zouatène. Ce dernier hameau que dessert une piste étroite s’accroche vertigineusement au versant est de l’oued Isser.

La topographie abrupte des lieux a exclu toute infrastructure d’importance. La même configuration s’offre au visiteur à Tifirès. L’enclavement est vécu dans toutes ses dimensions hormis une école primaire qui occupe la seule plate-forme que possède le hameau. Pour chercher du travail, il faut se déplacer sur des dizaines de kilomètres sans être sûr d’être embauché.

L’agriculture de subsistance qui prévalait il y a une dizaine d’années se réduit en peau de chagrin. Les nouveaux programmes initiés avec le soutien, de l’État n’ont pas encore donné de résultats tangibles. Beaucoup de citoyens, au vu du regain d’intérêt du gouvernement pour les industries minières, nourrissent l’espoir de réactivation de l’ancienne mine de Guerrouma où étaient exploités le cuivre et le baryte.

Dans les vieilles galeries étaient employés, jusqu’aux années soixante, des centaines d’ouvriers de la région de Guerrouma, Boukram, Bouderbala, Maâla, El Kadiria et Lakhdaria. Aujourd’hui encore, on retrouve les galeries et les pistes qui ont servi à l’exploitation de cette mine.

Comme nous l’a déclaré un éleveur de lapins, formé par les épreuves de la vie, à la fois aigri et aguerri : il est difficile de dégager les priorités sur ces collines enclavées de Guerrouma où tout reste à faire.

La beauté sauvage des collines et des pitons du pays de Zbarbar abrite des hommes à la recherche de leur destin, des jeunes désœuvrés et sans repères, des volontés confusément affirmées pour la reconstruction d’un monde déchu par une fatalité de l’histoire.

Les yeux hagards, la tenue bancale, l’esprit occupé et le cœur accroché à l’espoir d’un avenir meilleur. Pour la majorité des habitants, l’avenir immédiat, l’espoir à portée de main, c’est ce barrage de Koudiat Acerdoune.

La commune de Guerrouma domine le lac par l’amont. Avec ses 640 millions de M3, cet ouvrage qui sera réceptionné dans quelques mois, est considéré ici comme le véritable trésor de la région.

Amar Naït Messaoud
depeche de la kabylie
8 NOVEMBRE 2008

26e anniversaire de l’assassinat de Kamal Amzal



Victime de l’islamisme, martyr de la citoyenneté

Vingt-six ans déjà ! Kamal Amzal en aurait eu quarante-six en cette année 2008 où, malgré les sacrifices des autres enfants d’Algérie ayant eu lieu après lui, des incertitudes presque de même nature et de même ampleur continuent à planer sur le ciel d’Algérie.

Plus d’un quart de siècle après l’assassinat de l’étudiant Kamal Amzal sur le campus de Ben Aknoun, les luttes idéologiques, politiques et sociales qui sustentaient le substratum de telles dérives n’ont pas substantiellement changé, malgré le drame d’Octobre qui frappera la jeunesse algérienne six ans plus tard, malgré les tentatives d’ouverture démocratique et de libéralisation économique opérées depuis les années 90 et, enfin, en dépit de multiples autres assassinats qui ont emporté de simples citoyens comme des hommes de culture de la trempe de Tahar Djaout, Mahfoud Boucebsi, Matoub Lounès et d’autres encore. Et si le décor de l’Algérie des années 90 était planté en cette soirée du 2 novembre 1982 ? Il y a tout lieu, rétrospectivement, de le penser. La gestion de la donne islamiste, comme dans la plupart des pays arabes ayant pour seul souci la pérennité des régimes en place, obéissait à un jeu d’équilibrisme dangereux qui opposait la gauche progressiste à la frange la plus conservatrice du courant religieux.

Dans la pratique, ce jeu a longtemps pris pour arène les campus des universités. Outre ce clivage idéologique classique et commun à plusieurs pays, l’Algérie se retrouvera avec les ‘’circonstances aggravantes’’ d’une mouvance berbère qui n’a rien d’une idéologie importée ou d’un courant politique qui chercherait la prise de pouvoir, ce qui, certainement, aurait facilité sa domestication par la grâce de la rente et des privilèges.

Il se trouve que la revendication berbère a une profondeur historique indéniable et une légitimité populaire qui a fait d’elle un serment et un flambeau portés par des générations entières de militants humbles ou aguerris, avant et après l’indépendance du pays. Ce qui avait suscité plus de panique et de réactions violentes des différents clans du pouvoir, c’est surtout la jonction réussie entre la revendication berbère et les aspirations démocratiques du peuple algérien. La militance berbère a pu intégrer, particulièrement après le Printemps de 1980, les questions des droits de l’Homme et des libertés démocratiques dans un même corpus théorique et un même combat pratique.

Cette démarche a surtout pu fleurir dans les campus universitaires où les militants de la cause berbère avaient aussi à s’assumer en tant que démocrates dans toutes les tâches dont ils allaient porter le fardeau : gestion des cités universitaires, lutte pour de meilleures conditions d’enseignement et pour une pédagogie moderne délestée des griffes de l’arabo-islamisme, combat pacifique pour l’expression démocratique dans une université qu’ils voulaient comme porte-étendard des idées de progrès.

C’est dans ce cadre qui convenait très mal à la dictature du parti unique et de l’islamisme rampant de l’époque qu’il faut situer l’assassinat, il y a 26 ans jour pour jour, de l’étudiant Kamal Amzal dans le campus de Ben Aknoun par des fous de Dieu armés de poignards et de barres de fer. L’enfant de Tiferdoud reçut dans son corps cet arsenal de guerre, aux cris de Allah Ouakbar, au moment où, avec son camarade Aziz B., il déploya une affiche à coller sur le mur du foyer, affiche appelant à renouveler le comité de cité par la tenue d’une assemblée générale des étudiants.

La jeunesse kabyle qui a inauguré le nouveau millénaire par la contestation citoyenne et la revendication d’une véritable démocratie est en droit d’être informée du parcours et du combat de ses aînés qui ont ouvert le chemin vers plus de liberté et de dignité, qui ont fissuré le mur du monolithisme castrateur du parti unique et tenu tête aux nervis et spadassins des temps modernes qui ont juré la perte de l’Algérie historique de Massinissa, Kahina et Abbane Ramadane.

Le mérite du combat de la génération de Kamal Amzal est d’autant plus noble et éminent qu’il ne s’inscrivait dans aucune logique étroite de chapelle politique ou de calcul d’intérêt. Sur leurs frêles épaules d’étudiants descendus des montagnes de Kabylie, ils ont porté haut et fort les aspirations profondes et légitimes de leur peuple ; ils ont ouvert la voie, dans l’adversité la plus tenace et la plus crasse, vers un combat loyal, pacifique mais déterminé pour les causes justes, et celles de la démocratie et de l’amazighité en font largement partie. Kamal Amzal a été de ceux qui ont ouvert cette voie ; il a inauguré, du même coup, le martyrologe de la citoyenneté.

Et c’est presque sans grande surprise que, moins d’une génération plus tard (en 2001), dans des circonstances politiquement brouillées, d’autres jeunes Kabyles- plus d’une centaine-seront sacrifiés dans un printemps nommé par les survivants Printemps noir. Bien que les circonstances des deux drames soient différentes, l’âme et l’élan de désir de liberté et de démocratie qui ont animé les jeunes rebelles sont les mêmes. Ils ont inauguré le troisième millénaire avec la fougue et la puissance de l’engagement de Kamal Amzal.

Souvenirs avec l’enfant de Tiferdoud

C’était au temps des premiers boutons de la fièvre berbère pour des lycéens qu’on a obligés à aller ovationner, en 1977, le président Boumediene lors de l’inauguration solennelle de l’université Oued Aïssi de Tizi Ouzou. Nous fîmes le déplacement avec les travailleurs de l’entreprise communale, Cotrah, et l’ensemble des collégiens de la daïra de Aïn El Hammam qui comprenait à l’époque Iferhounène, Tassaft (Yatafène) et Ouacifs. C’était au lycée Ben Boulaïd de l’ex-Michelet- inauguré par le même Boumediene- que nous effectuâmes la classe de 4e année moyenne faute de places au CEM Amar Ath Chikh où nous avions passé quand même les trois premières années de collège. Le déplacement sur Oued Aïssi que la kasma et la mandoubia du FLN, parti unique, voulaient transformer en fête et en plébiscite- avec, en prime, casse-croûte et journée chômée-, se mua en un réquisitoire en règle contre le pouvoir et la dictature.

Chants, cris, huées, ‘’Imazighen !’’…tous les mots d’ordre libérant le souffle et l’énergie de la jeunesse kabyle passèrent pour …accueillir un président qui a pris la poudre d’escampette dès sa descente de voiture pour se fondre parmi les officiels qui l’attendaient depuis la matinée dans la cour de l’université.

Amzal Kamal, que j’ai connu depuis 1974 lors de notre passage en sixième au CEM Amar Ath Chikh de Aïn El Hammam, était de ceux qui, très tôt, ont pris conscience de l’importance de la culture et de la répression qui s’abattait sur la langue et les symboles de la culture kabyle. Nous en discutions à longueur d’année ; nous narguions nos professeurs égyptiens qui ne comprenaient rien à nos revendications, comme ils ne comprenaient rien non plus à ce qui leur arrivait sur ces hauteurs situées à plus de 1000 m d’altitude lorsqu’ils titubaient et faisaient des chutes rocambolesques sur de la neige épaisse de 80 cm suscitant réactions hilarantes et moqueries de la part des collégiens.

Nous recevions les échos de nos aînés, lycéens et universitaires, qui étaient en contact avec l’Académie berbère de Paris et son président Bessaoud Mohand Arab. Nous baragouinions les quelques néologismes qui nous parvenaient comme Idles, Awezghi, Teyri…et nous nous moquions de ceux qui en ignoraient le sens.

Nous l’appelions Madjid, un surnom qu’il avait intériorisé et qu’il aimait bien. Né en 1962 à Tiferdoud, un village de la commune d’Abi Youcef juste au-dessus de Taourirt-Amrane, mon village. C’est sur cette butte haute de 1200 m d’altitude que Madjid fit son cycle primaire. Je fais sa connaissance en septembre 1974 lors de la rentrée scolaire au CEM Amar Ath Chikh.

Sur le chemin de Sidi Ali Uyahia

L’image qui me revient de ce temps lointain, temps de l’innocence, de l’insouciance et des découvertes, est celle de Madjid, garçon jovial, au sourire éternel et à la taille légèrement inférieure à la moyenne. Nous avions un tronçon de route à faire en commun quotidiennement pour nous rendre au collège. Les élèves de Tiferdoud et ceux de Taourirt –Amrane se rencontraient chaque matin au col de Sidi Ali Uyahia, appelé aussi Tizi n’Bouchaïb, un lieu désertique, faisant partie de la RN 15, à l’époque craint pour ses rafales de vent et ses épaisseurs de neige qui pouvaient facilement étouffer les jeunes enfants que nous étions ou leur faire égarer le chemin. Les sommets d’Ighil n’Sebt n’avaient pas encore l’image ‘’urbaine’’ d’aujourd’hui : lycée, hôtel, brigade de gendarmerie, bâtiments, villas,…C’était des maquis qui portaient encore les traces des incendies de la guerre de Libération nationale. Après l’indépendance, nos grands-mères allaient ramasser des fagots de bois calcinés sur ces hauteurs.

Elles furent nettoyées en quelques années et les pouvoirs publics de l’époque y tracèrent des banquettes qui disparaîtront avec la fièvre de l’urbanisation anarchique de la fin des années 1970.

Au retour du collège, nous empruntions le même chemin avec nonchalance et distraction, fatigués par un cours d’un prof égyptien ou saturés par des cours de mathématiques et de sciences dispensés par les brillants Koucha et Hamel Abdelkrim. Ce dernier, enfant de Tizi Hibel, avait l’habitude de nous décrire Mouloud Feraoun, un écrivain de son village qu’il a connu physiquement, emmitouflé dans son burnous kabyle. C’étaient les dernières images que notre professeur, alors jeune adolescent, gardait du grand écrivain de son village avant son assassinat en 1962 par l’OAS.

En cours de route, outre les commentaires et observations que nous nous permettions sur nos enseignants- Chikhi Boubekeur, Mlle Lefgoum, Aït Larbi, Labcheri, Yahia Youcef, Aït Ouakli Rachid…-, on s’adonnait à nos ‘’jeux’’ favoris, le maraudage. C’est ainsi que nous cueillions des châtaignes, parfois complètement vertes, dans des propriétés privées attenantes au collège. Dans la précipitation et la crainte d’être surpris par le maître des champs, nous prenions les fruits avec leurs bogues piquantes dans nos cartables. Nous nous arrêtions aussi sur quelques vignes, situées dans un vallon, en bas de la route, pour les soulager de leurs fruits, muscat ou Hmar bou Ammar, lesquels, souvent n’ont pas encore atteint leur maturité.

Nous rincions les grappes de raisin à la belle et fraîche source de L’Aâincer n’Saïd Ouameur, aujourd(hui anéantie par les villas qui sont élevées sur son emplacement. Sous un bel ormeau ou à l’ombre d’un frêne aux denses ramures, nous dégustions tranquillement le fruit de nos efforts. Il arrivait qu’on nous dénonçât aux propriétaires des vergers ; alors, nous évitions cette route pendant quelques jours, histoire de nous faire oublier. On prenait plutôt le chemin de la crête d’Ighil n’Sebt qui passe par l’hôtel Djurdjura et redescend vers le CEM.

Kamal Amzal, dit Madjid, fait partie de ces élèves élite de la classe et du collège. Il lisait des livres en arabe et français pris à la bibliothèque de l’établissement. Celle-ci était bien garnie par des collections de Victor Hugo, Zola, Taha Hussein, Les Mille et Une Nuits,…Nous étions suspendus aux lèvres d’un professeur d’arabe qui nous lisait à haute voix chaque samedi matin- c’était le début de week-end à l’époque- des extraits de ‘’Paul et Virginie’’, un roman de Bernardin de Saint-Pierre dans la traduction d’El Manfalouti.

Nous en attendions la suite avec une impatience et un enthousiasme démesurés. La fin tragique des héros de l’histoire nous fit plonger dans une tristesse et une mélancolie inouïe. Le désir de relire le livre et de l’avoir dans ma bibliothèque fut si intense que j’ai fait tout pour obtenir le titre et l’auteur de l’ouvrage auprès de notre professeur. Mon père me l’envoya alors de France, et j’en ai fait profiter Madjid qui voulait le lire à tout prix. A partir de la classe de 5e, nous partagions la lecture d’Algérie Actualité, et particulièrement sa 24e page animée par Fazia Hacène et les dessins de Slim. Un peu plus tard, nous devîmes les inconditionnels du Monde et du Figaro, journaux qui se vendaient à 3 dinars.

Madjid s’intéressa très tôt à tifinagh. Il en maîtrisait la géométrie et les contours malgré la clandestinité dont était frappé tout symbole de l’amazighité.

En effet, pour un signe Z en berbère ou des initiales de la JSK dans cette langue aperçus par les gendarmes, nous étions persécutés et pourchassés. Ironie du sort, l’ancien siège de la gendarmerie nationale de Aïn El Hammam s’est transformé, presque trente ans après, en centre culturel portant le nom de Matoub Lounès !

La pépinière du lycée Ben Boulaïd

Madjid lisait presque avec la même passion Taha Hussein, El Manfalouti, Balzac et Stendal. Il était un bon vivant, aimant les parties de football, les blagues, les fêtes de village et particulièrement le t’bel qui égaye cette partie de la Haute Kabylie pendant la fête de l’Achoura. A l’occasion de cette fête religieuse, nous nous rendions aussi bien à Cheikh Arab, un mausolée de Taourirt-Amrane, qu’à Jeddi Menguellet, un autre mausolée de l’aârch n’Ath Menguellat qui attirait des milliers de pèlerins pendant trois à quatre jours. L’occasion de l’Achoura fait sortir les filles kabyles de chez elles. Dans des robes traditionnelles, elles emplissent les rues et venelles d’une ambiance et d’une joie flamboyantes. Eclats de rires, marche gracieuse, vêtements bariolés, elles ne peuvent laisser indifférents les jeunes garçons qui font le guet sur un talus, derrière un arbre ou derrière une foule compacte distraite par les rythmes effrénés du tambour et les pas saccadés des danseurs. Madjid me fit cette remarque un jour :  » On dirait une parade nuptiale ! « . Loin d’être un dragueur trivial, il était plutôt un dandy, mieux, un artiste à sa façon. Parvenus au cycle du lycée, notre amitié ce renforçait par ce côté ‘’intellectuel’’ qui fait que l’un résume à l’autre le livre qu’il a lu, l’article du journal qui l’a frappé,…Il faut dire que le lycée Mostefa Ben Boulaïd de Aïn El Hammam, inauguré par Boumediene en 1976, était un fleuron de l’Education nationale, aussi bien par les enseignants qui y exerçaient (le Tunisien Nefzaoui, les Français Kouty et Godasse, les Algériens Kamoum Malek, Boukersi, Alilèche Md Chérif) que par les élèves qui ont acquis déjà une bonne base au collège. L’actualité de l’époque tournait autour du président américain, l’ultra-républicain Ronald Reagan, l’invasion des îles Malouines par l’armée britannique et la guerre anglo-argentine qui s’ensuivit, la grève de la faim des Indépendantistes irlandais et à leur tête Boby Sands qui succomba après 64 jours d’inanition dans l’indifférence la plus cynique de la Dame de fer, Margaret Tatcher, Premier ministre à l’époque. Après la crise du Sahara Occidental, l’Algérie s’approchait de la fin de règne de Boumediene avec la montée en puissance du courant panarabiste (Mohamed Salah Yahiaoui) qui a pu imposer le week-end religieux (jeudi-vendredi). Tous ces sujets étaient le pain quotidien de Kamal Amzal avec ses copains et amis. Il en discutait avec force détail en comparant ce qu’en disaient les différents journaux et les stations de radio de l’époque. Aucun thème ne lui était étranger. C’était aussi le sommet de la chanson kabyle. Nous fredonnions les nouveaux airs de Ferhat Imazighen Imula, Ayagu d’Aït Menguellet, les premières chansons de Malika Domrane et les explosives tirades de la nouvelle étoile montante de la chanson kabyle, Matoub Lounès.

L’actualité nationale qui touchait de près Madjid était l’orientation scolaire dont il avait bénéficié en septembre 1978. en effet, il était orienté vers le filière ‘’Lettres bilingues’’ créée par le ministre de l’Éducation de l’époque, Mostefa Lacheraf. C’était une mini-révolution qui remplit de joie tous les élèves un tantinet enclins aux Belles Lettres. C’était aussi une première tentative d’endiguer l’arabisation tous azimuts instaurée par le courant baâthiste. Madjid se retrouvera ainsi dans son élément. Orienté vers la filière ‘’Sciences transitoires’’, j’eus un pincement au cœur et un infini regret de ne pas pouvoir être dans la même branche que Madjid, d’autant que j’avais des prédispositions avérées pour les lettres. J’en fait part au proviseur du lycée, Ahcène Kacher, un homme pondéré et avisé, qui me déconseilla fortement de suivre Lettres bilingues, parce qu’il subodorait déjà des coups fourrés politiques qui allaient faire capoter cette innovation. Une année après, les appréhensions de M. Kacher seront confirmées. Les Lettres bilingues furent supprimées et les élèves de cette spécialité ont été ‘’récupérés’’ dans les Lettres arabisées. Le ministre de l’Education, Lacheraf, se retrouvera ambassadeur à Mexico. Malgré ce revers imposé par le courant baâthiste, qui a vu émerger Kharroubi, Yahiaoui, Naït Belkacem, Madjid n’a pas perdu espoir. Pour lui, c’est l’occasion de redoubler d’effort et d’imagination pour s’armer de savoir et de science quitte à le faire en autodidacte, phénomène qui était très répandu à l’époque. On se procurait des livres interdits par la censure, on photocopiait des sujets de bac français, y compris ceux de philosophie que Le Monde de l’Éducation publiait chaque mois de juillet. De même les ABC du bac et les manuels Vuibert étaient notre pain quotidien.

Puis vint le Printemps berbère. Nous étions trop jeunes pour faire les meneurs d’hommes pendant ces longues semaines de grèves et de manifestations. Mais nous avions participé à toutes les manifestations ; celle qui a réduit en bris le cinéma de la ville de Aïn el Hammam et en cendres le siège de la daïra, comme celle, pacifique, organisée en direction de la ville de Larbaâ Nath Irathen. Au bout de 16 km de marche, éreintés, mais oubliant la faim et la soif, nous fûmes accueillis par les forces anti-émeutes et nous rebroussâmes chemin dans la débandade. Il faisait déjà nuit quand, épuisés et recherchés par nos familles, nous rentrions à Michelet.

J’ai perdu de vue Kamal Amzal depuis l’examen du bac (juin 1981) après sept années de solide amitié, de bonne compagnie et de complicité intellectuelle. Un an et demi plus tard, le 3 novembre 1982, alors que j’étais à Mostaganem pour des études d’agronomie, j’appris par El Moudjahid la mort d’un étudiant à Ben Aknoun dont le nom était Amzal Kamal et cela  » suite à des échauffourées ». Ddounit tezzi yissi ! (Parole de Matoub).

Amar Naït Messaoud Amar