L’Autonomie pour la Kabylie, vraie ou fausse question ?

Manifestations en kabylie à l’occasion du nouvel an Berbere, recupérées içi sur cette video par une autre mobilisation plus discutable, l’autonomie pour la kabylie.

c’est ainsi que les problemes algeriens deviennent majeurs, inextricables, on ne peux pas soulever une question sans qu’on s’aperçoit que tout est miné,

les pouvoirs publics n’ont pas envie d’affronter les vraies questions et laissent naitre de vrais problemes ajoutant de la confusion à la situation du pays deja en plus mauvaise des postures.

deux images qui illustrent l’apprehention de ceux qui pensent qu’il serait temps que les Algeriens affrontent leur problemes par la discussion et la concertation,

la carte géographique date de l’ere coloniale, Lakhdaria represente l’Aarch des Ait Khelfoun ou Beni Khelfoun pour les Arabophones.

tamazight

Etat civil, Anthroponymie et Toponymie en Algerie

Cette série d’ articles vient completer deux anciens billets avec des riches contributions traitant des origines de nos Noms de famille, et celui de nos villes et villages.

bonne lecture, et merci pour le travail de nos Universitaires;

 »Il est temps que les toponymes d’origine reprennent droit de cité »

Youcef  Merahi

Au cours de ce séminaire, on a essayé de lier l’anthroponymie et la toponymie avec l’histoire, en venant de la période antique à nos jours. Car, chaque période dans ce pays a fait boom ou a dénaturé, édulcoré les noms, plus particulièrement les toponymes pour, au fait, les lier à l’identité de celui qui est présent sur le terrain. Il y a la période française qui a eu deux séquences, l’une sénatus-consulte qui a cassé le territoire pour l’accaparer ensuite la mise en place d’un état civil pour que les grandes familles, tribus soient nucléarisées de telle sorte à ce qu’ils appliquent le fameux principe de diviser pour mieux régner.

En ce moment, en termes d’état civil, d’anthroponymie et de toponymie, il faut que les pouvoirs publics se penchent sur le problème. Là, on a l’impression que chaque commune s’érige en miniparlement. Il y a des prénoms qui passent en Kabylie et qui ne passent pas à Batna. Les différents occupants et colonisateurs ont fait la même chose… Il est temps que les toponymes d’origine reprennent droit de cité. Ce travail doit être fait par les chercheurs, universitaires et spécialistes, ce n’est pas une décision administrative.

Doctorant en anthropologie linguistique à l’EHSS de Paris, il est l’auteur de la communication intitulée : « L’anthroponymie libyco-berbère et son apport à l’histoire et à la généalogie » lors des journées :  » Amazighité et histoire, onomastique et identité », organisées par le HCA.

Il nous parle avec passion et finesse de son domaine complexe et sensible qui est l’onomastique et de ses diverses ramifications : Anthroponymie, toponymie et microtoponymie.

Saïd Toudji, expert dans le domaine de l’amazighité

“La microtoponymie est un domaine sensible”

Lors du séminaire « Amazighité et histoire, onomastique et identité » tenu à Zeralda, le 17 et 18 décembre derniers, des experts ont souligné la nécessité de la prise en charge, par les pouvoirs publics, des problèmes liés à l’anthroponymie et à la toponymie. Ce qui a été longuement explicité et étayé par les chercheurs spécialistes, chacun dans son domaine, le long des exposés et débats du séminaire.

La Dépêche de Kabylie : Que faire pour éviter les fausses interprétations en travaillant sur l’anthroponymie et la toponymie ?

Saïd Toudji : On ne doit pas perdre de vue que l’anthroponymie et la toponymie sont des branches de l’onomastique, donc à la base, des sciences linguistiques. Ce qui veut dire qu’interpréter un toponyme ou un anthroponyme commence par une analyse linguistique, en identifiant la racine de base (en retirant les morphèmes grammaticaux). Pour dégager la racine de base et chercher les sens se rapprochant de celle-ci en inter dialectal. Enfin, il faut prendre le sens dans trois (au moins deux dialectes éloignés) dialectes. L’analyse doit être complétée par les éléments de la tradition orale (tradition, us, légendes et histoires…) relatives au nom du lieu ou de personne.

Dans le domaine berbère, Salem Chaker a tracé les grandes lignes d’une analyse linguistique complétée par les données de ses différentes sciences annexes.

Voulez-vous nous donner un exemple de la méthode d’analyse lexico-sémantique?

Cette méthode est basée sur le comparatisme interdialectal, en pratiquant le rapprochement lexical. En essayant, toutefois, de relier la racine anthroponymique (consonantique) à un terme récent, attesté au niveau des dialectes actuels (en intercalant des voyelles).

Si l’on ne trouve pas exactement les mêmes consonnes, on pourrait imaginer une altération phonétique, métathèse ou assimilation. L’analyse systématique de chaque anthroponyme de ce fait, est liée aux étapes suivantes :

1- Identification de la racine (structure consonantique du mot).

2- Elimination des morphèmes grammaticaux (Nom d’agent, factitif, etc.), puis intercalation de voyelles à la racine consonantique (pour essayer de rétablir la forme anthroponymique à analyser).

3- Chercher le sens en synchronie (comparatisme interdialéctal), en étudiant les variations phonético-phonologiques.

4- Chercher les racines ayant le même sens ou des sens rapprochés avec la racine qu’on étudie.

Cette méthode peut être illustrée par l’exemple suivant :

* IDR (CHB: 260).

* YDR : ≤il æ ≤

– YDR = Y-DR (il æ)

DR = DR = vivre / ê. vivant / survivre / exister :

« Idir / dder / edder (Pan-berbère): (ZRD : 368-370; CHE : 130) » ;

DR = abaisser / baisser / descendre / diminuer : « Ader / uder / adder

(P.b.): (ZRD : 371-373/ CHE : 130);

DR = s’abriter; se mettre à l’abri de : « Dari / ddari (KAB: 153) ».

-« Il vit / (qu’) il vive »;

-« Il est abaissé/diminué »;

-« Il s’abrite ».

fi « Il vit / (qu’)il vive ». Forme rapprochable de l’actuel ≤ Yidir ≤.

Abréviations :

– ZRD = NAIT-ZERRAD (K.) : 1999 — Dictionnaire des racines berbères, (formes attestées) t. II (C-DSN), Paris-Louvin, Peeters.

– CHE : Chenoua.

Qu’en est-il de la microtoponymie ?

La microtoponymie est un domaine sensible et des plus conservateur, parce que fixé par l’oralité. Il est omniprésent dans l’imaginaire : l’imaginaire commun villageois…Il reste pérenne, c’est un domaine très conservateur où on peut trouver des traces et indices concernant l’évolution de la langue.

Propos recueillis par Kessi Ahmed

Espace NounDjilali Kays et Anaïs Pachabézian exposent leurs œuvres

Djilali Kays est un nom qui s’est imposé dans le domaine de la photographie algérienne. Maquettiste et cadreur, il collabore, depuis une vingtaine d’années, dans divers magazines d’illustration de livres d’art. Anaïs Pachabézian est une jeune photographe française parcourant l’Afrique de l’Ouest depuis plusieurs années. Ces deux photographes ont décidé de mettre en œuvre leurs aventures par des portraits, où ils montrent de manière très sensible, des lieux, des hommes et des femmes en quête d’une vie meilleure. A travers le regard de ces photographes talentueux, l’exposition, qui a pour thème : « Des hommes et des frontières », propose de suivre le quotidien d’hommes et de femmes africains qui ont quitté leur pays à la recherche d’une vie décente. Ils ont tous franchi plusieurs frontières et parcouru des milliers de kilomètres pour arriver là où ils sont aujourd’hui. D’autres frontières se sont dressées devant eux. Ils gardent tous l’espoir de les franchir un jour. En attendant, ils survivent dans des squats ou des abris de fortune. Entre peur, attente et solitude, ils se cachent des autorités locales. L’exposition a parcouru Bamako du 6 au 20 octobre ensuite Rabat du 20 au 5 décembre et elle est à Alger du 11 au 31 décembre à la galerie d’art Espace Noun. Nacéra Saidi, organisatrice de l’exposition et copropriétaire de la galerie, estime qu’ »il y a une possibilité pour que l’exposition se prolonge jusqu’au 3 janvier, vu le nombre important de visiteurs que l’exposition a enregistré, surtout des jeunes qui sont venus apprécier les œuvres et les portrait.s” Ces derniers sont réalisés en noir et blanc par Djilali Kays et d’autres en couleur de Anaïs Pachabezian. Un petit coin a été réservé pour y exposer un ensemble de livres ayant pour thème « L’homme le plus triste, l’exil, la vie comme elle est et la nuit sur la figure”, préfacés par Yasmina Khadra.

C’est des livres qui proposent des paroles et des portraits de migrants illustrés par les photos de Kays Djilali, mettant en scène, avec pudeur et respect, des silhouettes, des visages et des témoignages de ces hommes qui ont tenté l’aventure. C’est pour Youssouf, Moussa, Fabrice et bien d’autres encore que cette exposition a été conçue. Pour leur rendre leur dignité, pour que les droits humains soient respectés.

Mais également pour modifier le regard qui est porté sur ces hommes, ces femmes et ces familles vivant dans l’ombre et qui cherchent tout simplement à améliorer leurs conditions de vie.

Kahina Idjis


ddkabylie

Il y’a 19 ans, Kateb Yacine nous a quitté

19e anniversaire de la mort de Kateb Yacinea
Le sublime de l’écriture et les ressorts d’un idéal

Le 28 octobre 1989 disparaissait l’un des géants de la littérature algérienne et maghrébine. Celui que Jean Déjeux appellera le ‘’Maghrébin errant’’ aura marqué de son empreinte l’histoire de la culture moderne en Algérie et du combat pour la démocratie et la justice sociale et cela sur un parcours d’une quarantaine d’années. Kateb Yacine, qui fait partie du ‘’quatuor ‘’ (avec Dib, Feraoun et Mammeri) qui allait émerger à partir des années cinquante du siècle dernier, était caractérisé par son style fougueux, son caractère entier et son humanisme débordant.

Ayant abandonné le collège à l’âge de seize ans après son arrestation lors des manifestations du 8 mai 1945 à Sétif, il a pu démontrer que le combat pour les causes justes, la conscience patriotique et la passion de la littérature ne dépendent pas uniquement d’un diplôme universitaire. Hanté depuis son adolescence par l’image de Nedjma et pris dans la tourmente de la violence du Mouvement national, Kateb découvrira en prison la relation ombilicale, l’intimité, qui existe entre l’amour et la révolution, comme il l’avouera un peu plus tard. Cela le conduira à devenir le défenseur de tous les peuples opprimés au cours des années 1970 et 1980 (Vietnam, Afrique du Sud, Palestine,…), le défenseur aussi des franges les plus vulnérables de la société (femmes, paysans, ouvriers) et de la revendication identitaire et culturelle berbère.

C’est pendant l’année 2006 qu’a été célébré le 50e anniversaire de la parution de Nedjma. Certes, l’événement n’a pas emballé les lycéens et l’ensemble des universitaires. L’état de l’enseignement de la littérature dans notre pays et la diffusion de la culture générale étant ce qu’ils sont, c’est-à-dire réduits à la portion congrue, il n’est plus surprenant de rencontrer des étudiants qui ignorent jusqu’au nom de Kateb Yacine. Sur le plan académique et des complicités profondes qui lient un certain nombre d’intellectuels à Kateb, les réflexions et les écrits n’ont pas manqué à cette occasion. Au cours de ces dernières années, nous avons assisté à un regain d’intérêt à ce rebelle des lettres algériennes. On peut se limiter ici à citer Omar Chaâlal qui, dans son Kateb Yacine, L’homme libre, écrit en 2003 (éditions Casbah), déroule pour nous une biographie plutôt thématique, pleine de vie et d’anecdotes et fournie en photos noir et blanc de l’auteur de Nedjma. Omar Chaâlal raconte une scène fort instructive se passant en 1950. Il s’était rendu à un congrès d’intellectuels à Paris avec le poète et militant Bachir Hadj Ali. Ils emportèrent avec eux quelques manuscrits de Yacine qu’ils montrèrent au poète français Aragon. Il furent admirablement surpris d’entendre Aragon donner son avis sur Kateb : « Mes chers camarades, c’est un génie que vous avez-là, un futur grand écrivain dont le monde parlera ». Le poète français ne s’arrêta pas à ce constat. La même année, il consacra un numéro spécial de son magazine Les lettres françaises au jeune Kateb Yacine. Au début de l’année 2007, deux autres livres sur Kateb Yacine ont garni les librairies. Il s’agit de Kateb Yacine, un cœur entre les dents de Benamar Mediene (publié chez Robert Laffont), avec une préface de Gilles Perrault. B.Mediene, un ami inconsolable de Yacine et d’Issiakhem avait déjà publié, il y a quelques années ‘’Les Jumeaux de Nedjma’’ pour parler de ses deux amis. L’autre livre est signé par Ismaïl Abdoun, un poète ami de Yacine et professeur de littérature à Bouzaréah, sous le titre Lecture(s) de Kateb Yacine (Casbah éditions-novembre 2006). Ce dernier ouvrage se veut une tentative de pénétrer le monde littéraire katébien par les voies universitaires. Cependant, cette étude a été ramenée à un niveau de vulgarisation. L’auteur précise :  » j’ai souhaité faire de la vulgarisation des livres de Kateb Yacine sans tomber dans le simplisme. J’ai utilisé un langage moyen sans aplatir l’originel en évitant le langage académique trop technique. » Et d’ajouter : « si les jeunes générations restent attentives à la profondeur de ses œuvres et goûtent à ses textes, elles seraient passionnées de littérature et éprises d’écriture ». Pour faire sortir le corps de Kateb Yacine de l’aéroport d’Alger lors de son rapatriement le 30 octobre 1989, la police a dû user de gaz lacrymogènes pour disperser la foule qui attendait la dépouille. Il décéda à l’hôpital de Grenoble le 29 octobre suite à une leucémie. La maladie l’avait vraiment malmené au cours des dernières années de sa vie au point de lui faire rater des rendez-vous donnés pour rencontrer son public lors de la production des ses pièces de théâtre. Il en fut ainsi pendant l’été 1987 lorsque le TNA programma Palestine trahie. “Accompagné par mon ami H’mida Laâyachi, directeur actuel du journal ‘’El Djazaïr News’’ avec qui je passais mon service national au siège du MDN, je me rendis au spectacle avec l’espoir et l’insigne honneur de rencontrer l’auteur de la pièce puisque le programme a prévu une conférence-débat avec Kateb à la fin du spectacle. Malheureusement, c’est juste avant la lever de rideau qu’il fut évacué en urgence sur un hôpital parisien”.

A l’origine, il y a la poésie !

La plupart des romanciers et des dramaturges ont d’abord taquiné la muse de la poésie. Même des historiens et sociologues, à l’image de Jacques Berque, ont pour premiers écrits des poèmes. La parole italienne dit :  » Ce que la poésie fait de plus sublime, c’est donner aux choses insensées sens et passion « . Kateb Yacine ne déroge pas à cette enivrante fatalité.  » A la base de tout chez moi, il y a la poésie (…) En général, la poésie est la première source. C’est évident. Notre enfance est là pour témoigner que nous sommes tous avant tout des poètes. Ce que j’appelle poésie, c’est l’acte révélateur, l’acte créateur par lequel on prend conscience de la vie et des choses. Il n’y a qu’à voir les enfants quand ils commencent leur petit délire par des petites phrases et des chansons. Ensuite, cela prend d’autres formes : le théâtre, le roman. Mais, au fond, c’est toujours la même chose « , affirme-t-il dans un entretien avec Hafid Gafaïti (in Voix multiples- Laphomic 1986).

C’est à l’âge de 17 ans, en 1946, qu’il publie à Annaba une plaquette de poésie intitulée “Soliloques’’. C’était juste après sa libération de prison. Arrêté juste après les manifestations de Sétif, Kateb verra sa mère atteinte de démence lorsqu’elle s’imagina que son fils était fusillé comme les milliers d’Algériens qui furent massacrés ce jour-là et les jours suivants.

 » Pour moi, je suis mort

D’une mort terrible :

Mon âme faisait des vers

Quand d’autres vers

Me rongèrent jusqu’aux os.

Mon char était suivi

De tous mes ennemis.

Et le prêtre, pour une fois

Intelligent,

Sifflotait une de mes

Rengaines préférées…

Mon père jouait à la belote

Et cracha son mégot

Quand mon cercueil passa.

Seule, ma mère

Démolissait une poitrine

Qui avait sa fierté.

(…) Le Coran seul M’accompagna jusqu’au cimetière.  »

Kateb Yacine est né le 6 août 1929 à la Casbah de Constantine. Il sera enregistré le 26 août sur l’Etat-civil de la commune de Condé-Smendou (actuelle Zighoud Youcef) où son père maternel exerçait la fonction de bach-adel (auxiliaire de justice). Issu d’une famille de lettrés originaire de Sedrata, son père, Oukil judiciaire (avocat indigène), est homme de double culture. Après un passage à l’école coranique, Kateb entre à l’école française en 1936. Les fréquentes mutations de son père l’obligèrent à effectuer plusieurs déplacements. En 1945, il est en classe de 3e au lycée de Sétif.

L’amour et la révolution découvert dans une cellule de prison

Interne au lycée, Kateb verra son destin se transformer par cette journée du 8 mai 1945. « Ce jour-là, c’était la fête, la victoire contre le nazisme. On a entendu sonner les cloches, et les internes étaient autorisés à sortir. Il était à peu près dix heures du matin. Tout à coup, j’ai vu arriver au centre de la ville un immense cortège. C’était mardi, jour de marché, il y avait beaucoup de monde, et même des paysans qui défilaient avec leurs vaches. A la tête du cortège, il y avait des scouts et des camarades du collège qui m’ont fait signe, et je les ai rejoints, sans savoir ce que je faisais. Immédiatement, ce fut la fusillade, suivie d’une cohue extraordinaire, la foule refluant et cherchant le salut dans la fuite. Une petite fille fut écrasée dans la panique. Ne sachant où aller, je suis entrée chez un libraire. Je l’ai trouvé gisant dans une mare de sang. Un ami de mon père qui passait par là me fit entrer dans un hôtel plein d’officiers qui déversaient des flots de propos racistes. Il y avait là mon professeur de dessin, une vieille demoiselle assez gentille, mais comme je chahutais dans sa classe, ayant parlé une fois de faire la révolution comme les Français en 1789, elle me cria : “Eh bien, Kateb, la voilà votre révolution ; alors, vous êtes content ?’’

Kateb décida alors de quitter le lycée et d’aller rejoindre son père gravement malade à Bougâa. Il sera le 13 mai au matin par des inspecteurs et conduit vers la prison de la gendarmerie. C’est là qu’il fera une intime connaissance, dit-il, avec les gens du peuple. ‘’Devant la mort, on se comprend, on se parle plus et mieux’’, ajoute-t-il.

Transféré à la prison de Sétif, puis dans un camp de concentration entouré de barbelés, il y restera plusieurs mois. Après sa libération, il tombera dans un état d’abattement. Exclu officiellement du lycée, le jeune Kateb aura à faire face à un autre destin : sa mère perd la raison et son père tombe gravement malade. Ce dernier proposera à son fils d’aller ‘’changer d’air’’ à Annaba chez des parents habitant cette ville. C’est là-bas que Kateb fera la connaissance d’une cousine, prénommée Nedjma, dont il tombera follement amoureux. Cependant, elle était plus âgée que lui et était déjà promise. Cet amour impossible marquera à jamais l’auteur de… Nedjma et lui sera une source inépuisable d’inspiration.

 » Loin de Nedjma

Déchus par notre faute

Loin de Nedjma.

Nedjma, si je t’ai bue

Tu fermentais.

C’est une excuse

Maintenant

Je suis esclave

Je ne sais

Que ramper vers ta cuisine

De caserne encerclée.

Qui fausse le rayon ?

Qui nous exile du Centre ?

A la belle étoile

Rapprochons-nous

Même si le vent nous disperse

C’est par nous que communique le feu

Notre chaleur est détournée.  »

Du docker au poète errant

En 1946/47, Kateb Yacine milite au sein du PPA et donne des cours pour illettrés. Il fera son premier voyage en France en 1947 et donnera une conférence sur “Emir Abdelkader et l’indépendance algérienne’’ le 27 mai 1947 à la Salle des Sociétés Savantes. S’étant mis en contact avec les milieux littéraires de gauche, il publie son premier poème Ouverte la voix dans la revue Les Lettres françaises. Il immortalisera son premier voyage en France dans un article publié par le journal Le Monde du 20 octobre 1970. Il y écrit notamment : « Lorsque je vins à Paris pour la première fois, en 1947, jeune poète algérien à la recherche d’un éditeur, j’eu pour mécène inattendu un émigré de Kabylie, homme squelettique de haute taille, à la barbe blanche en broussaille. Il avait épousé, lui, l’exilé analphabète, une noble Française en rupture de ban qu’il appelait ‘’madame Jeanne’’, avec une pointe d’humour affectueux. C’était deux êtres réellement nobles, de la noblesse des pauvres, la plus belle de toutes : non seulement j’avais chez eux le gîte et le couvert, mais le vieux Si Slimane poussait la générosité jusqu’à m’offrir, en plus du paquet de Gauloises, des journaux et des livres…Ils tenaient à eux deux, lui crachant ses poumons, elle à moitié paralysée, un débit de boissons , rue du Château-des-Rentiers. Ironie de ce nom de rue ! Le café était, à vrai dire, une cave humide où ne venaient dans la journée que de rares manœuvres, des chômeurs et des invalides. Il s’animait un peu le soir, mais ne s’emplissait qu’en fin de semaine. Il devenait alors un coin de Kabylie. On parlait du pays et de l’indépendance .Des musiciens errants nous apportaient parfois le cri de la tribu. On buvait du café ou de la limonade. Quand on mangeait, c’était des pommes de terre dans une sauce rouge épicée, sans viande, mais avec du pain à volonté- l’éternel plat de résistance qui permet d’économiser pour le mandat de la famille, car, la plupart des émigrés laissaient en Algérie des femmes et des enfants, faute d autre logis que la cave, le taudis ou la baraque de bidonville.

Ils m’apportaient les lettres reçues dans la semaine. Je lisais pour eux et répondais sous leur dictée. Combien ils me brûlaient les 50 centimes si durement gagnés que ces hommes s’obstinaient à mettre dans ma poche en s’excusant de ne pas pouvoir rétribuer plus largement ma besogne de scribe ! Mais ce travail me passionnait. Je devenais leur confident, leur Cyrano de Bergerac, leur ‘’alter ego’’, leur secrétaire de cellule. »

En 1948, Kateb Yacine publie le poème Nedjma ou le poème ou le couteau dans Le Mercure de France. De retour à Alger, il devient collaborateur à Alger-républicain. Il y publiera un reportage sur le pèlerinage à la Mecque et fera un voyage à Moscou le 14 août 1948. Après la mort de son père en 1950, il s’installe avec sa mère et ses sœurs à Alger. Il retourne en France à la recherche d’un travail. Revient à Alger pour travailler comme docker au port. Sa sœur Ounissa raconte cette période : « C’était une période trop dure pour nous. Yacine rentrait le soir fatigué, les poches pleines de grains de blé. Pour égayer l’atmosphère de notre logis, il nous chantait une chanson qu’il avait apprise auprès des dockers : ‘’Un bateau plein d’oranges attendait le portefaix, des sardines au déjeuner, des sardines au dîner, et Yacine est devenu handicapé.’’ Yacine était le père et la mère. Souvent, il nous laissait sa part de repas, prétextant ne pas avoir faim’’.

En 1952, il repart pour la France. Il exercera plusieurs métiers avant de rencontrer Bertold Brecht (1954). Le Cadavre encerclé est paru dans la revue Esprit fondée par Emmanuel Mounier. Découvert par Jean-Marie Serreau, Kateb apprend auprès de celui-ci le métier de théâtre. Kateb entreprend plusieurs voyages en Italie, Belgique, Suède, Yougoslavie et Tunisie. C’est en 1956 qu’il publie son œuvre maîtresse, Nedjma, aux éditions du Seuil.

« Le succès du roman de ‘’Nedjma’’ s’est ajouté au succès des mitraillettes ; c’est-à-dire s’il n’y avait pas eu la révolution, ‘’Nedjma’’ serait passé inaperçu, ou alors il serait paru chez une petite catégorie de gens ; on lui aurait donné une place chez les gens qui écrivaient le français, mais d’outre-mer. Il ne faut pas oublier qu’avant la révolution, tout ce que nous pouvions écrire était frappé du sceau de l’infériorité à sa naissance ; par exemple, quand on parlait de littérature algérienne, on disait Albert Camus. On n’aurait jamais dit Mohamed Dib ou Mouloud Feraoun. Mon premier roman a été effectivement un succès ; il a été un succès en France. Fort heureusement pour moi, je n’ai pas été grisé par ce succès, parce que le succès dans ces conditions-là aurait pu être très dangereux ; il aurait pu m’enfermer dans la langue française, alors que ce n’est pas ma langue. ‘’Nedjma’’, c’est l’Algérie, voilà ! L’Algérie telle que je la voyais, telle que j’essayais de l’exprimer. Au bout d’un certain temps, je me suis dit : il faut que j’aille à Paris. J’étais encore fragile, je sentais qu’il fallait me renforcer, apprendre ; et puis aller dans la gueule du loup, dans la capitale de l’impérialisme. C’est là où l’épreuve décisive devait se passer. Alors, j’y suis allé, et à ce moment-là, je sentais qu’il était nécessaire de parler le français mieux que les Français; c’est-à-dire qu’il fallait écrire un livre dans une langue telle, que les Français soient réellement ébranlés et se disent : c’est ça l’Algérie. »

Beaucoup d’analyses et de commentaires ont été faits à propos d’un roman qui a véritablement marqué son temps par le souffle, la verve et la complexité qui le caractérisent. L’écriture elliptique, à la Faulkner, ne fait pas des traditions de la littérature francophone si on exclut quelques vagues comparaisons avec le surréalisme. Des universitaires de par le monde ont écrit des mémoires et des thèses pour tenter de pénétrer Nedjma. Benemar Médiène, un ami intime de Yacine et un intellectuel averti écrit à ce propos :  » Quand on dit que la poésie ou la littérature de Kateb est difficile, elle l’est, parce que également difficile pour lui. Elle est le produit d’un long travail de douleur, de souffrance, d’insomnie, de rage, de faim de froid ! Tout son être, tout ce qu’il est, est entièrement mobilisé pour dire : Ce peuple auquel j’appartiens, peuple d’Algérie mais aussi peuple du monde, je lui donne ce qu’il y a de plus douloureux en moi, ce qu’il y a de plus beau en moi, c’est-à-dire, à la fois l’amour, la rage, la passion, la liberté…Je la donne et je la donne à travers la poésie. Kateb était particulier parce qu’il créait quelque chose de volcanique, d’extraordinaire, par la force des mots et par la beauté du rythme. C’était un poète qui saisissait la vie de son peuple et qui la transcrivait dans le plus fabuleux des langages : dans le langage poétique, mais sans faire de concessions au peuple, sans faire de concessions à la littérature, parce que précisément il était proche et du peuple et de la littérature. Il voulait leur donnait non pas ce qu’il y a de plus simple ou ce qu’il y a de plus compréhensible, mais ce qu’il y a de plus beau… « .

La révolte et la poésie sur les tréteaux

Hormis Nedjma et un deuxième roman, Le Polygone étoilé, paru en 1966 au Seuil, Kateb Yacine consacra tous ses efforts au théâtre. Après Le Cadavre encerclé (1955), il écrira Le Cercle des représailles, La Poudre d’intelligence et Les Ancêtres redoublent de férocité (1959), La Femme sauvage (1963). Peu après l’indépendance, Kateb rentre au pays. Il ne cessera de se déplacer entre Alger, Paris et Moscou. En juin 1967, après un voyage à Moscou, il continue sur Pékin et Hanoi. En 1971, il écrit une nouvelle pièce : L’homme aux sandales de caoutchouc, un hommage à la révolution vietnamienne. En 1971, il rentre définitivement en Algérie pour écrire ses pièces en arabe dialectale et les jouer avec sa troupe appelée Théâtre de la mer. Cette troupe prendra par la suite le nom de ‘’L’action culturelle des travailleurs’’ sous l’égide du ministère du Travail dirigé à l’époque par le patriote et homme de lettres, Ali Zamoum.

Dans un entretien avec Abdelkader Djaghloul (1986), Kateb déclare à propos de son choix de faire du théâtre en arabe populaire :  » Le théâtre est pour moi le moyen de toucher le grand public. Lorsque j’écrivais des romans ou de la poésie, je me sentais frustré parce que je ne pouvais toucher que quelques dizaines de milliers de francophones, tandis qu’au théâtre nous avons touché en cinq ans près d’un million d spectateurs. (Même traduit en arabe littéraire cela revient au même) ; avec l’arabe littéraire, je ne touche que des intellectuels. Je suis contre l’idée d’arriver en Algérie par l’arabe classique parce que ce n’est pas la langue du peuple ; je veux pouvoir m’adresser au peuple tout entier même s’il n’est pas lettré, je veux avoir accès au grand public, pas seulement les jeunes, et le grand public comprend les analphabètes. Il faut faire une véritable révolution culturelle. »

En avril 1978, il est nommé directeur du Théâtre régional de Sidi Bel Abbès, et en avril 1980, il s’installe à Alger. Sa mère meurt en octobre 1980 et lui ne cesse de faire le va-et-vient entre Alger et Belabbès.

En Janvier 1987, il reçoit le Grand Prix des Lettres décerné par le ministère français de la culture. Pour le bicentenaire de la Révolution française de 1789, il montera une pièce à Avignon sur Robespierre sous le titre Le Bourgeois sans-culotte ou Le Spectre du parc.

Kateb Yacine meurt d’une leucémie le 28 octobre 1989.

Achour Cheurfi écrit dans son Dictionnaire biographique des écrivains algériens (Casbah Editions-2002) : « De l’écriture éclatée du “Polygone étoilé’’ (1966) aux déclarations du “Poète comme boxeur’’ (1994), une même fureur passionnelle, une même douleur vécue dans l’errance et soutenue par l’éblouissement de la création. Poète et boxeur, Kateb témoigne, à travers une œuvre peu abondante mais assez dense, de cette absolue volonté de demeurer ce qu’il a toujours voulu être : au sein de la perturbation, un éternel perturbateur. »

Amar Naït Messaoud

Texte de Kateb Yacine Sur IssiakhemL’Oeil de lynx

C’était un narrateur inépuisable. Il me racontait son enfance, sa vie de tous les jours, jusqu’à notre rencontre. Il se livrait entièrement, ce qui ne l’empêchait pas d’affabuler et de brouiller les pistes, lorsqu’il se laissait prendre au charme du récit. Il devenait alors un grand écrivain, sauf qu’il parlait au lieu d’écrire.

La plus vive sensibilité, une intelligence toujours en éveil, le don du verbe et du geste, tout lui appartenait, et il usait de tous ces dons, en tyrannique virtuose, mais aussi en martyr, car il vivait toujours sous le choc de cette maudite grenade américaine, qui lui explosa dans la main, et qui ne finissait pas d’exploser dans sa vie.

Que faisait-elle en Algérie, cette grenade américaine ? Elle aurait dû servir à combattre les nazis. Au contraire, elle mutilait et tuait des enfants… Pour vivre la vie d’Issiakhem, il fallait exploser avec lui, pendant des heures, des nuits, et des semaines…Notre amitié ne fut jamais limitée aux artistes. Nous fréquentions aussi des ouvriers, des étudiants, des gens de tous les milieux. Nos amis étaient innombrables. Parfois, dans Paris ou à Mantes-la-Jolie, nous étions une horde : acteurs, musiciens, manœuvres, chômeurs, etc… D’autres fois, nous nous retrouvions à quatre ou à cinq, comme dans Nedjma. Nous étions alors une étrange famille, qui me faisait penser au roman de Dostoïevski : les frères Karamozov. C’est pourquoi Issiakhem m’appelait « karama ».

Quant à moi, je l’appelais « Oeil de lynx », pour sa clairvoyance. Nous avions ainsi tout un code. Nos délires collectifs, s’ils avaient pu être enregistrés, formeraient aujourd’hui une bibliothèque.Il pouvait être aussi un excellent acteur, et tint le rôle de Mustapha dans une lecture publique du Cadavre encerclé, ma première pièce publiée par la revue Esprit, alors que commençait la lutte armée en Algérie. Cette lecture publique avait été organisée au boulevard Saint-Michel par Ahmed Inal, responsable des étudiants algériens à Paris, avant la création de l’UGCMR.Issiakhem était très lié avec Inal, qui se chargea de recueillir une centaine de souscriptions en vue de publier en tirage à part le cadavre encerclé.Le premier souscripteur était Gérard Philipe… Quant à Inal, il mourut peu après, les armes à la main…… Je l’ai vu, plus d’une fois, finir une toile en quelques heures, pour la détruire tout à coup, et la refaire encore, comme si son oeuvre aussi était une grenade qui n’a jamais fini d’exploser dans ses mains.

On détruisant son oeuvre, dans un suprême effort de tension créatrice, comme pour briser le piège ultime de la beauté, le peintre viole ses propres formes, car le démon de la recherche le pousse toujours plus loin. Mais toute création commence nécessairement par l’autodestruction.

Pour se faire soi-même, il faut toujours trancher les liens, s’opposer à une société qui tue l’homme dans l’artiste et l’artiste dans l’homme. Le peintre qui se veut réellement créateur ne peut pas adorer l’œuvre créée par lui. Il ressent le besoin de l’éprouver sans cesse.

Il court effectivement le risque de la détruire. Et dans cette destruction, il voit en un éclair la gerbe d’œuvres futures qu’il va tirer du feu, de même que le Vietnam s’est construit sous les bombes. On ne connaît encore que quelques-unes de ses œuvres ; c’est qu’Issiakhem est généreux.

Il offre ce qu’il fait, ou s’en sépare pour survivre. Il habite un enfer où il faut faire feu de tout bois, et c’est lui-même qu’on voit brûler, d’un bout à l’autre de son oeuvre. A cette extrême et haute tension, l’art est une catastrophe, un naufrage de l’homme, une vision de l’invisible et un signe arraché à la partie des morts. Mais l’enfer où il vit est la plus belle des fonderies, car c’est là qu’il travaille, avec la rage des Fondateurs. Et ce travail se fait par bonds, ou par sursauts imprévisibles, un travail de volcan à l’intérieur de l’homme, pour qu’il puisse dire : « Je me suis fait moi-même, je reviens du néant, et j’ai lutté contre la mort, grenade contre grenade. »

Kateb Yacine

Extraits des déclarations de Kateb Yacine

l « Je crois que tous les artistes, tous les créateurs doivent être habités par le doute. Ils doivent toujours se demander s’ils ont bien fait, s’ils ont bien fini leur travail ; s’ils ont été jusqu’au bout de ce qu’ils ont écrit. D’où la tentation chez moi, perpétuelle, de toujours refaire ce que j’ai fait. Par exemple, n’importe qu’elle page, même si elle me semble très belle, je l’écris maintenant, puis je la relis six mois plus tard.

Il me vient d’autres idées, j’y reviens, je démarre sur autre chose et puis j’y reviens une troisième fois. Tout s’embrouille, s’emmêle. Si je garde la dernière version, je la publie et je suis délivré pendant un certain temps, mais si elle revient sous ma main, je réécris encore. « 

In entretien avec Hafid

Gafaïti-Laphomic-1986

l Le choix de ne pas utiliser l’arabe classique au théâtre :  » Ce sont des limites volontaires. Je ne veux pas connaître l’arabe classique. Si on prend la langue française par exemple, ce sont des poètes comme François Villon qui l’ont créée en la dégageant du latin. Qu’est-ce qui est resté de tout le fatras des écrivains de la Sorbonne qui écrivaient en latin ? Rien ! Ce sont plutôt des voyous comme Villon et Rabelais qui ont fait la littérature française, la langue française même. Ce n’est pas une question de méconnaissance de la langue.

Aurais-je été Rimbaud, aurais-je fait des vers latins, comme il l’a fait lui, que je n’en aurais pas moins adopté la forme moderne qu’il a adoptée. Parce que ça ne va pas avec notre temps, c’est tout. (…) Je préfère les langues de la vie, parce que la littérature, pour moi, c’est la vie. (…) A l’heure actuelle, la langue que le peuple algérien parle et entend n’est pas l’arabe littéraire. Il a sa langue à lui, celle qu’il a faite. Il s’y reconnaît mieux et son génie y passe. Il est ridicule des fois quand il se met à parler l’arabe littéraire (…) Pour un art vivant, il faut une langue vivante. Ce n’est pas encore le cas de l’arabe littéraire. Il faudra que celui-ci se modernise et fasse la jonction avec la langue du peuple, au lieu d’être celle des perroquets et des pédants « .

Ibidem

l « L’Algérie arabo-islamique, c’est une Algérie contre elle-même, une Algérie étrangère à elle-même. C’est une Algérie imposée par les armes parce que l’Islam ne se fait pas avec des bonbons et des roses. Il s’est fait dans les armes et le sang ; il s’est fait par l’écrasement, par la violence, par le mépris, par la haine, par les pires abjections que puisse supporter un peuple. On voit le résultat (…) C’est Africain qu’il faut se dire. Nous sommes africains ; tamazight, c’est une langue africaine : la cuisine, l’artisanat, la danse, la chanson, le mode de vie, tout nous montre que sommes africains.

Le Maghreb arabe et tout ça, c’est des inventions de l’idéologie, et c’est fait pour nous détourner de l’Afrique. A tel point qu’il y a maintenant une forme de racisme. Un jour, j’ai entendu la musique malienne, j’étais bouleversé d’ignorer ça. C’est honteux. Et pourtant, avec le Mali, nous sommes sur le même palier. Là aussi on voit l’arabo-islamisme sous sa forme maghrébine nous occulter l’Afrique, occulter notre dimension réelle, profonde.”

In entretien avec

Tassadit Yacine-1987

Réalisé à Ben Aknoun

Publié dans ‘’Awal’’- Cahier d’études berbères-1992

DEPECHE DE LA KABYLIE . COM

Mohamed Bouzid expose à l’unesco

Le peintre Algérien Mohamed bouzid expose à l’unesco

Paris – Le vernissage de l’exposition les regards de la mémoire du peintre algérien Mohamed Bouzid à l’UNESCO a attiré, mardi soir, un public nombreux curieux de découvrir les oeuvres de cet artiste, âgé de plus de 80 ans, considéré comme le doyen de la peinture algérienne.

Le peintre Algérien Mohamed bouzid expose à l’unesco

Parmi l’assistance, on relève la présence de Abdelatif Rahal, conseiller diplomatique du Président Abdelaziz Bouteflika, la sous-directrice chargée de la culture à l’Unesco, de nombreux diplomates, des artistes, des universitaires et des proches et amis de l’artiste. Dans l’allocution qu’il a prononcée à cette occasion, l’ambassadeur d’Algérie en France, Missoum Sbih a souligné le caractère universel de l’£uvre de Mohamed Bouzid dont l’inspiration se nourrit essentiellement de la terre natale et les thèmes puisés de la nature de scènes de vie

L’ambassadeur s’est longuement attardé sur la richesse et la densité du parcours de l’artiste, natif de Lakhdaria et concepteur en 1962 du sceau et des armoiries de la jeune République algérienne. Pour Missoum Sbih, l’£uvre de cet artiste est universel car dépassant les frontières et entretient une fine subtilité avec le regard . Il paraphrasera Paul Claudel en disant que cette £uvre nous parle et l’£il écoute et citera également le grand écrivain algérien Malek Haddad qui disait à propos de Mohamed Bouzid Chroniqueur des couleurs et du mouvement, il donne du génie aux paysages et du talent à nos regardsà.. A l’affût des lumières qui décident du réel et coulent avec la vie dans sa fulgurante possession du monde, la somptueuse simplicité de son écriture, Mohamed Bouzid, magicien de légende et témoin scrupuleux, est maître des crépuscules et des aurores. La Sous-directrice de l’Unesco a salué la grande beauté des £uvres de Bouzid,Une véritable symphonie, des £uvres qui parlent et chantent d’elles-mêmes car, la profusion et l’effusion des couleurs et des formes de chacune d’elles donnent l’impression que nous sommes devant un véritable feu d’artifice éblouissant , a-t-elle indiqué

Pour elle, cette exposition montre toute la puissance communicative de l’Art et les £uvres de Bouzid montrent que les arts visuels ont un rôle à jouer dans le domaine de l’entente et de la communion entre les peuples, du dialogue des cultures et d la compréhension mutuelle . Les £uvres de Bouzid dégagent une fraîcheur, un réalisme, un optimisme et un sentiment de magnificence de la vie
Pour sa part, le Directeur du Centre culturel algérien de Paris, l’écrivain Mohamed Moulessehoul a estimé que l’organisation de cette exposition au siège de l’Unesco, est un devoir car ce haut lieu de la culture est le lieu le plus approprié pour accueillir un génie comme Mohamed Bouzid
<p>Depuis ce prestigieux lieu, nous voulons donner une autre image de l’Algérie et prouver qu’il existe dans notre pays un talent et une générosité d’un homme discret qui a juste besoin d’être vu et découvert , a-t-il précisé.
Les trente six tableaux livrés au regard du public reflètent tout le génie de l’artiste. Le sujet importe peu tout comme les personnes, de furtives silhouettes voire de simples ombres sans visage ni pied mais dégageant une intense luminosité.Le travail de Mohamed Bouzid est surtout concentré sur la lumière
Il joue avec les contrastes pour mieux mettre en exergue un paysage, une scène de la vie quotidienne, une situation que le temps semble avoir figé.;
Mohamed Bouzid est né le 12 décembre 1929 à Lakhdaria. Major de promotion à l’Ecole normale de Bouzaréah à Alger en 1950, il enseigne jusqu’en 1953 pour ensuite se consacrer entièrement à la peinture. Durant la période coloniale, il prend part à plusieurs expositions tant en Algérie qu’à l’étranger, en France, en Belgique et Etats-Unis. ;Après l’indépendance, il poursuit son activité plastique et participe à plusieurs expositions en Algérie et à l’étranger. Il réalise aussi des peintures murales pour de nombreuses institutions.;Actuellement Mohamed Bouzid anime un atelier d’art plastique au Centre culturel algérien de Paris pour transmettre toute son expérience et son savoir-faire à de jeunes talents ;
Cette exposition est organisée par la Délégation algérienne permanente à l’Unesco en collaboration avec le CCA de Paris.

APS
Mercredi 15 Octobre 2008

Moh Amichi en concert à Paris

Il sera en concert le 4 octobre prochain à Paris

Moh Amichi à l’affiche au Cabaret sauvage

Ses fans en Algérie, particulièrement en Kabylie, regrettent beaucoup son absence quelque peu prolongée ces derniers temps sur la scène. En effet, en dehors des fêtes qu’il a eu à animer un peu partout en Algérie, le simple admirateur n’a pas eu d’opportunités publiques pour revoir Moh Amichi sur scène. Très sollicité en France où il est établi, sa dernière production en salle en Algérie remonte à plus d’une année. C’était à Béjaia. Il avait d’ailleurs rallié, ce jour-là, la salle directement de l’aéroport où il venait de débarquer de Paris. C’est dans cette dernière ville que Amichi fait encore l’actualité ces jours-ci. Il est annoncé en compagnie d’autres artistes pour la grande soirée artistique kabyle du 4 octobre prochain projetée à l’occasion de l’Aïd au Cabaret sauvage. Juste un détail pour épargner la surprise à ses fidèles qui ne comptent pas rater l’évènement. Moh Amichi s’est offert dernièrement un nouveau look. Imaginez le en boule à zéro sur le crâne ! Il l’a pour de vrai… Quand vous lui demandez pourquoi a-t-il osé une pareille coupe ?  » C’est pour laisser rentrer facilement l’intelligence, » ironise t-il avec son large sourire. Ce n’est pas bête…
rubrique « Pause Chorba »

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Imarat hadj Lakhdar, coté kabyle

La chronique de Slimane Laouari
Des Kabyles, sans le kabyle

La Télévision algérienne a commencé à se moquer des Kabyles du temps où le kabyle y était banni. Les plus célèbres d’entre “les comédiens” spécialisés dans la pitrerie anti-kabyle étaient même recrutés es qualité puisqu’ils sont originaires de cette région dont la culture de l’autoflagellation est légendaire. Comme si le déni culturel et linguistique était insuffisant, il fallait donc y ajouter la culpabilisassion de la différence en montrant à l’occasion l’archaïsme et la puérilité de ceux qui s’en réclament. C’était aussi une façon cynique et arrogante de leur dire qu’ils ne sont pas au bout de leur peine et qu’ils boiront le calice jusqu’à la lie. Il n’y a pas plus humiliant pour une communauté que d’être réduite à ce que son oppresseur pense d’elle et que ce soit lui qui se charge de le dire parce qu’évidemment il en détient les leviers politiques et matériels tout en ayant main sur les espaces d’expression. Et le pouvoir l’a fait, sans état d’âme, l’œil vigilant et le sel à portée de main pour ne laisser aucun répit aux plaies béantes. “L’opium et le bâton” , l’un des plus beaux romains de la littérature algérienne, a été adapté au cinéma dans une autre langue que celle qui pouvait rendre le mieux l’atmosphère de ce village en pleine guerre de Libération, faire sentir ses palpitations les plus profondes, aller au bout de son esthétique et, par-dessus tout, rendre hommage en restituant à la mémoire les affres de sa population. Les Kabyles ne devaient pas se retrouver quelque part, et il fallait donc pousser le zèle à son paroxysme en les dépossédant même de leur histoire la plus proche. Celle qui est censée être la plus partagée de surcroît. On se souvient de l’immense frustration et des sourdes colères générées par cet épisode, mais la télé algérienne, dans le sillage des autres espaces d’expression et de création, ne s’est pas remise en cause pour autant. A chaque feuilleton, le Kabyle avait son lot d’insultes. Le plus récent est Imarat Hadj Lakhder. Diffusé en prime time, ce feuilleton est chaque jour cité en exemple pour son succès et ses records d’audience. Son Kabyle en mission, certainement issu d’un casting pléthorique et rigoureux, a tous les attributs de l’emploi kabyle, zélé dans la caricature, sûrement attardé mental à l’origine-ce qui le dispense de l‘effort artistique puisqu’il campe son propre rôle- il pourrait être le bouffon idéal pour un roitelet en déchéance. Mais ce n’est pas suffisant puisque l’auteur va plus loin dans ce qu’il veut lui faire et dire. Débile- mais ça, c’est la marque de fabrique- il est aussi le Kabyle paresseux et cupide qui vit aux crochets de son futur beau-père qui le prend entièrement en charge, lui l’arabophone pieux, généreux et moralement irréprochable. Tout au long du feuilleton, il est mis en situation de contraste avec ses deux futurs beaux-frères, beaux, perspicaces, chômeurs mais débrouillards. Analphabètes mais roublards, ils ne le supportent que parce qu’il faut bien quelqu’un à leur sœur qui n’a plus vingt ans et ne voit pas les prétendants se bousculer à leur porte. Dans son infinie bonté, le vieux beaux-père finit toujours par pardonner à son “Kabyle aliéné” les frasques les plus invraisemblables et l’arroser de sa morale sociale, religieuse et … patriotique, ce dont il est évidemment génétiquement dépourvu. On pourra toujours nous dire qu’on peut rire de tout. Mais le problème est que ça ne fait pas rire. Avec un immense talent, le regretté Hadj Abderrahmane a inventé un personnage et une langue succulents qui nous font encore rêver. Cette langue n’était pas du “jijelien” mais les habitants de cette région ont fini par s’en revendiquer, simplement parce que le génie de l’artiste ne pouvait pas les blesser. Il nous faisait rire l’inspecteur Tahar.

S. L.

Laouarisliman@gmail.com
la depeche de kabylie.com

La culture environnementale en Algérie

La culture environnementale n’arrive pas encore à prendre racine en Algérie

La promotion du cadre de vie exige une stratégie et une volonté politique

«Un enfant, un arbre» ; telle est la devise sous laquelle se déroule, depuis samedi 13 septembre, une opération décidée par deux ministères : celui de l’Education et celui de l’Agriculture. Nos institutions donnent l’impression de se réveiller à la donne environnementale dans notre pays. Cependant, le caractère “folklorique’’ et protocolaire de ce genre d’opérations risque de prendre le pas sur des programmes d’envergure capables d’apporter des solutions à une situation qui commence à toucher aux limites du soutenable. Le constat est accablant : l’Algérie s’expose chaque jour à l’insalubrité et aux phénomènes issus des conséquences d’atteinte à l’environnement. Même pour un observateur distrait, les différentes atteintes à l’environnement et au cadre de vie des Algériens ne relèvent plus du mystère.

Elles sont observables aussi bien dans des quartiers urbains résidentiels, dans des centres limitrophes des zones industrielles et même, ô comble d’hérésie, dans les espaces de l’arrière-pays considéré naguère comme le dernier bastion de la pureté de l’eau, de l’air et des paysages. Cet espace immaculé a vécu la chute aux enfers au moment où les valeurs morales et civiques et la discipline générale subissaient une nette inflexion. Au printemps dernier, la cimenterie de Meftah a fait parler une nouvelle fois d’elle, et pas toujours en bien malgré sa contribution à la réalisation du programme présidentiel d’un million de logements. Ce qui a toujours été considéré comme un problème de santé publique- à savoir les émanations poussiéreuses de cette unité industrielle- a ainsi fait l’objet d’un traitement “politique’’ peu innocent. En effet, le groupe parlementaire du parti Ennahda à l’Assemblée populaire nationale avait donné lecture à une déclaration rédigée par le parti où il se fait le ‘’porte-parole’’ des citoyens de Meftah qui menaçaient de descendre dans la rue pour attirer l’attention des pouvoirs publics sur le danger que représente la cimenterie pour la population. Les pétitionnaires firent observer que les électrofiltres ne jouent plus leur rôle et que cent cinquante mille personnes seraient touchées, à un degré ou un autre, par les pathologies générées par cette pollution. En outre, les explosifs utilisés par l’unité de Meftah seraient à l’origine de plusieurs fissurations de maisons. Il est demandé à ce que des experts en santé publique et en environnement fassent le déplacement sur le site pour un diagnostic complet et objectif.

En tout cas, une vision panoramique d’Alger à partir de Sakamody ou des Deux Bassins (localités de Tablat dominant la plaine du Sahel) nous donne un premier aperçu du mouvement et de l’itinéraire de ces poussières. La poudre grise que, par méprise, on prendrait pour de la fumée montant d’un quelconque dépotoir ou d’un bosquet qui aurait pris feu, n’est en fait que le “crachat’’ éternel de la cimenterie de Meftah. Elle se répand au gré des vents et elle est même devenue un appareil de mesure de la vitesse du vent et de la détermination de son orientation. Lors de l’arrivée du vent de provenance Sud-est (siroco), les volutes de la fumée de Meftah venaient naguère renforcer l’épaisseur de la fumée de l’ancienne décharge de Oued Smar où brûlait un dépotoir cyclopéen pendant plus de deux décennies. Le résultat, en s’en doute, est peu ragoûtant, a fortiori quant on se souvient qu’à quelques kilomètres d’ici le plus grand cloaque d’Algérie, l’Oued El Harrach, exhibe son ventre béant d’où s’exhalent les miasmes les plus fétides que l’on connaisse.

Une conscience environnementale peu développée

Au cours de ces dernières années, des citoyens et des responsables se posent souvent la question de savoir pourquoi et comment se multiplient, par exemple, des cas d’éboulement de terrains réputés solides et bien ancrés, des cas de maladies infectieuses prenant parfois l’allure d’épidémies mortelles ou de maladies allergiques touchant enfants et adultes. On peut pousser les interrogations pour s’enquérir des raisons de la diminution des capacités de stockage de nos barrages et du retour de certaines pathologies, telles que la gale, la peste bubonique ou la tuberculose que seule la mémoire populaire a pu retenir des années noires de la misère et de la colonisation. En tant que pays en développement ayant la chance- ou la malchance- de disposer de gisements gaziers et pétroliers considérables, l’Algérie, avec un volontarisme et un populisme effrénés, avait investi dans la construction industrielle et l’urbanisation à telle enseigne que le visage du pays – panorama rural, tissu urbain, rythme de vie- se trouve complètement chamboulé au bout de quatre décennies. Il s’ensuit que, contrairement aux pays industrialisés, les critères environnementaux ne sont pris en charge qu’au cours de ces dernières années. Et encore, cela s’est fait généralement suite aux conditionnalités accompagnant certains programmes de développement financés par des institutions étrangères (PNUD, BIRD, FAO). Mieux vaut tard que jamais, ces tests commencent à donner leurs fruits en instaurant une certaine pédagogie dans le montage des projets, y compris ceux managés par des entreprises privées. Il devient de plus en plus impératif de faire accompagner n’importe quelle activité économique de ses variables environnementales dans l’objectif d’atténuer les effets “secondaires’’ susceptibles d’être induits par les programmes de développement. En tout cas, pour la majorité des bailleurs de fonds, la sensibilité à l’aspect écologique du développement fait désormais partie du coût des projets qu’il importe de porter sur le tableau des devis en tant que rubrique générant une charge vénale incompressible.

Mobilité des populations, exode rural et actions sur les territoires

Depuis le début de la colonisation jusqu’aux programmes de développement de l’Algérie indépendante, la population, la propriété foncière, les modes de vie, les systèmes de production, la cellule familiale et la gestion de l’espace, en tant que lieu d’habitat et ressource primaire, ont connu de tels chamboulements que le pays s’est complètement métamorphosé. De fond en comble, la relation avec la terre et avec ses éléments principaux (montagnes, ruisseaux, fermes, assiettes foncières, ressources naturelles) se trouve transformée. Le système colonial, dans une stratégie de cantonnement des populations indigènes, a construit des villes nouvelles, crée des usines, bâti des écoles et des infrastructures de desserte, comme il a institué le système de métayage qui avait réduit nos paysans à une main-d’œuvre taillable et corvéable à merci. A l’intérieur même des villes européennes nouvellement construites en Algérie, les poches de misère indigènes ont été circonscrites dans des quartiers dits “arabes’’. Entre Bab Djedid, Square Bresson et le lycée Bugeaud (actuel Emir Abdelkader), était confinée la population de la Casbah. Il en est de même pour les autres agglomérations d’Algérie, et cela quelles que fussent leurs dimensions (Koléa, Sour El Ghozlane, Perrégaux, actuelle Mohammadia,…).

Pour faire fonctionner les fermes et les ateliers tenus par des Européens, il a été fait appel à des ouvriers de l’arrière-pays montagneux et des Hauts Plateaux. Nos grands-pères se souviennent encore des campagnes de vendanges à Boufarik, Dellys et Berrouaghia qui faisaient mobiliser les jeunes paysans loqueteux de Larba Nath Irathèn, Ksar El Boukhari, Aïn Boucif et Sidi Aïssa. Toute la Mitidja était prise en charge sur le plan de la main-d’œuvre par cette armée de réserve qui a survécu aux guerres et aux épidémies. Des tâches sporadiques ou saisonnières (cueillettes d’oranges et clémentines, vendanges, arrachage de pommes de terres), des travaux exigeant une présence plus assidue (irrigation, labours, taille,…) ou des fonctions permanentes (machinisme agricole, construction, gardiennage,…) ont fait venir des milliers de personnes de la campagne déshérités vers les plaines fertiles, près des grandes villes. A l’ancien statut de célibataire est venu se substituer, quelques temps après, le statut de chef de ménage. C’est ainsi que des milliers de familles se sont déplacées au cours du 20e siècle, créant un vaste phénomène d’exode rural. Sur le lieu d’arrivée, l’installation ne s’encombre pas de commodités ou de luxe qui, de toute façon, ne viendront jamais. Ce sont des chaumières en tôle de zinc, parfois des masures en pisé, sans sanitaires ni espace suffisant, qui vont constituer des ceintures de misère autour des villages coloniaux (Boufarik, Birtouta, Aïn Témouchent, Skikda,…). Cette situation perdurera après l’indépendance du pays. Pire, au vu des promesses nourries par la révolution algérienne consistant à bannir le statut de khemmes et à réhabiliter le paysan algérien, d’autres “fantaisies’’ allaient voir le jour du fait d’un déracinement effectif. Le statut de paysan a été dévalorisé au vu de son histoire peu glorieuse pendant la colonisation. Il s’ensuivit une fonctionnarisation effrénée, tendant à se décomplexer vis-à-vis de l’ancienne puissance coloniale et, par-là même, à vouloir reproduire les mêmes schémas d’organisation et d’ascension sociale. Cette forme de “stabilisation’’ a eu un effet d’entraînement par lequel d’autres contingents venus des campagnes ont décidé de s’installer dans les villes en rompant avec leur “bercail’’. Des besoins nouveaux sont nés avec une telle situation de fait accompli : école pour les enfants, dispensaires, raccordement aux réseaux AEP, gaz et électricité, assainissement…Une façon comme une autre de régulariser implicitement une urbanisation anarchique. Cela va encore se renforcer avec l’ouverture de nouvelles routes et pistes de desserte, l’installation de magasins d’approvisionnement et parfois d’antennes administratives d’APC.

En matière de travail, les gens s’occuperont de tout sauf de l’agriculture : fonctionnariat, transport clandestin, petits ateliers de mécanique, épiceries, ventes de produits à la sauvette.

Et ce n’est qu’à partir du milieu des années 80 que le chômage, la délinquance juvénile, le banditisme, le commerce des stupéfiants et les autres comportements anti-sociaux nés dans ces favelas commencent à sérieusement inquiéter les pouvoirs publics et à intéresser les milieux intellectuels et universitaires. Ces espaces, autrefois lieux de production agricole malgré la discrimination salariale et la politique d’indigénat, ont été vite transformés en aires bétonnées, en grands cloaques d’eaux usées et en lieu de marginalisation d’où se fortifiera l’intégrisme religieux.

Mutations profondes et début de l’ère rentière

Les nouveaux départs des populations ont entraîné avec eux l’insouciance des autorités locales quant aux actions de développement. Des pistes sont restées non bitumées pendant une trentaine d’années. Les anciennes routes ouvertes par le génie militaire français pour les besoins de la guerre et qui avaient desservi aussi des bourgades et des villages sont tombées en ruine. Le retard d’électrification, d’adduction d’eau potable, d’assainissement et de raccordement au téléphone n’encourage pas les anciens habitants à retourner chez eux. Et, raison capitale, aucune politique de l’emploi en milieu rural, basée sur l’agriculture, l’élevage et l’artisanat n’avait été initiée. La rente pétrolière, dont les effets ont commencé à se faire sentir dès les années 70, pouvait suppléer à toutes les paresses. Cette manne du sous-sol algérien a permis tous les errements ! Même dans les anciens “villages socialistes agricoles’’ (VSA), l’emploi agricole est devenu minoritaire : les gens sont versés dans l’économie informelle, le transport clandestin et le fonctionnariat. C’est un véritable échec “planifié’’ qui a gangrené la société et l’économie en général. Comme si cela ne suffisait pas, la dernière décennie du vingtième siècle a mis sens dessus dessous une situation qui tenait déjà d’un véritable capharnaüm algérien suite à la subversion islamiste- dont l’ascension idéologique et messianique doivent beaucoup, selon l’analyse de feu Mostefa Lacheraf, au déracinement de la société algérienne ayant subi l’exode rural- et les problèmes sociaux s’en trouvent amplifiés.

Il en résulte que la demande en logement va crescendo et épouse une courbe exponentielle sans fin. En outre, le déséquilibre de la répartition démographique caractérisant le territoire national- la zone côtière se trouve surchargée par rapport aux Hauts Plateaux et au Sud du pays- ajouté à la consommation effrénée des terres agricoles pour les besoins du béton, font peser, à moyen terme, un lourd danger au cadre général de vie des Algériens et à l’environnement immédiat, déjà bien mis à mal par toutes sortes de pollutions et de “rurbanisations’’ (néologisme consacré aux pays du Tiers-Monde ayant subi la ruralisation de leurs villes).

Au lieu que les autorités et les techniciens algériens consacrent leurs efforts à la réflexion sur un meilleur cadre de vie en améliorant la qualité du bâti, l’architecture des immeubles et l’embellissement des espaces secondaires de nos cités, ils se voient réduits à faire de sempiternels calculs en millions d’unités d’habitation à délivrer à des dizaines de millions de demandeurs. Et c’est un cycle infernal qui ne pourra être jugulé que par une vision globale, rationnelle et cohérente de l’économie et de l’environnement.

Des défis mal appréhendés

Au vu des très vastes superficies des forêts incendiées au cours des quinze dernières années, un vieux montagnard appuyé sur sa canne nous pose cette question qui comporte en son sein la réponse : «Croyez-vous que les si les gens se chauffaient et cuisinaient encore avec du bois, ils laisseraient les forêts partir en fumée comme c’est le cas aujourd’hui» ?

Le vieux n’a pas tort. La bouteille de gaz et le gaz de ville ont fait oublier cette millénaire énergie primaire qu’est le bois. Et, lorsque nos programmes scolaires et les autres moyens de sensibilisation ne sont pas mis à contribution pour faire connaître les autres bienfaits du tissu forestier, on ne peut pas demander au citoyen d’avoir la conscience écologique par “décret’’.

Les symptômes des effets du déboisement n’ont jamais été aussi visibles que lors de l’hiver 2004/2005. La presse a rapporté de tous les coins du pays des inondations et des éboulements qui ont touché les villes et les routes. La RN 5, au niveau des gorges de Lakhdaria, a été obstruée à plusieurs reprises par des chutes de gros blocs déboulant à toute vitesse sur un terrain qui a perdu son ciment naturel, la végétation. Ayant perdu son pouvoir régulateur du régime des eaux, le sol voit, du même coup, ses capacités de filtration réduites à néant, ce qui aboutit à une torrentialité accrue de l’écoulement des eaux créant des inondations au niveau des villes et des villages. Ce dernier phénomène est, bien sûr, aggravé par les constructions illicites sur les zones inondables des berges.

Le même phénomène est à l’origine de l’envasement des barrages, ce qui, à la longue, réduira fortement leur capacité de rétention comme c’est la cas pour le barrage du Ksob, touchant les wilayas de Bordj Bou Arréridj et M’sila. A ce propos, on ne peut que se réjouir de l’esprit de prospective et de l’Agence nationale des barrages et transferts (ANBT) qui fait mener une étude sur la protection du bassin versant du barrage de Koudiat Acerdoune (s’étendant sur presque 3000 km2 entre les wilayas de Bouira et Médéa) bien avant l’achèvement des travaux de construction de cet ouvrage.

Les horizons immondes du cadre de vie

Ce n’est pas le moindre des paradoxes que ce qui, sous d’autres cieux, est considéré comme un parangon de pureté et de cadre idéal de vie- à savoir la campagne et les zones rurales- se présente en Algérie sous le manteau hideux de la pollution et de la saleté. Qu’on examine de près nos villages et bourgades ; ils sont devenus de géants cloaques d’eaux usées et de nauséeux monticules de déchets pour la plupart non biodégradables.

C’est pourquoi, des techniciens et des membres de la société civile commencent à s’inquiéter du sort qui sera réservé à la qualité de l’eau des tous derniers barrages construits en Algérie (Taksebt, Koudiat Acerdoune, Ben Haroun) au vu de l’énorme volume d’eaux usées déversées par les dizaines de villages situés dans leurs bassins versants respectifs.

Malgré la pauvre consolation- par ailleurs fort discutable- des capacités d’autoépuration du sol, cette inquiétude ne pourra être évacuée que par l’installation des stations de traitement en amont du plan d’eau. Le ministre des Ressources en eau n’a pas manqué de soulever cette question au cours d’une visite sur le site. Dans nos villes, les monticules d’ordures, y compris devant les hôpitaux, n’attirent même plus la curiosité des journalistes tellement le spectacle fait partie du décor familier. Les habitants ayant élu domicile sur l’axe oued Semmar-Meftah sont pris entre les pinces de deux purgatoires : les rejets de la cimenterie et la fumée éternelle de la décharge-appelée heureusement à disparaître- ont délimité l’espace morbide qui rend la vie carrément infernale sous cette latitude. Le nombre d’enfants asthmatiques ou atteints d’autres affections liées à l’environnement vicié augmente chaque année.

A Sour El Ghozlane, deux usines polluantes, la cimenterie et l’usine de détergents, ne sont séparées que par six mètres de distance (le CW 127). Les poussières crachées par la première et les effluents spumeux rejetés par la seconde n’ont pas encore été évalués par des études scientifiques pour connaître leur degré de nocivité. Faudrait-il attendre l’irréparable pour procéder à un tel diagnostic ?

“Le 21e siècle sera écologique ou ne sera pas’’

Notre alimentation quotidienne n’échappe pas aux incertitudes liées à sa production, à son conditionnement, au respect ou non de la chaîne de froid et au sérieux de son étiquetage (fabrication et péremption). Les intoxications collectives à la maison, dans les casernes et dans les cités universitaires sont des signes qui ne trompent pas sur la déliquescence de l’hygiène dans notre pays et sur le laxisme des pouvoirs publics en matière de contrôle des produits, des ateliers de fabrication et des magasins de vente. Tout le monde se rappelle la tragédie de Sétif, il y a quelques années, lorsque la consommation de cachir a provoqué la mort de plusieurs dizaines de personnes par botulisme. L’introduction massive, au cours de ces deux dernières années, de viande congelée d’importation est une autre source d’inquiétude pour les citoyens d’autant plus que les coupures de courant, en été, est un phénomène…très courant.

Il serait sans doute fastidieux de citer toutes les sources de pollutions, maladies, nuisances et nocivités dans un pays où le klaxon intempestif ne respecte même pas les malades alités, où les vêtements de la friperie sont à l’origine de maladies dermiques (telle la gale) et où la peste réapparaît au 3e millénaire.

L’Algérie a pourtant de beaux textes réglementaires et législatifs relatifs au domaine de l’environnement, de même qu’elle a signé toutes les conventions internationales y afférentes. Mais, apparemment, il y a loin de la coupe aux lèvres.

Même s’il y a lieu de prendre acte de certaines initiatives- certes très cloisonnées dans leurs secteurs respectifs-, force est de constater que le meilleur des investissements n’est visiblement pas encore à l’œuvre : la formation du citoyen par l’école et par une culture environnementale conséquente à tous les niveaux. “Le 21e siècle sera écologique ou ne sera pas’’, prévient un spécialiste de l’environnement.

Dans une économie rentière comme la nôtre-appelée à évoluer en économie de production-, qui installe les solutions de facilité dans les esprits et donne l’illusion d’une richesse inépuisable, c’est de révolution des mentalités qu’il s’agit pour faire prendre conscience aux citoyens et aux autres segments de la société civile du danger qui guette notre pays et du chaos que nous risquerions de transmettre, dans une insoutenable chute aux enfers, à nos petits-enfants.

Les valeurs de l’environnement sont indubitablement celles de la civilisation et du civisme ; ce sont aussi les valeurs de l’économie et de la société modernes basées sur la rationalité, la bonne gouvernance et la veille technologique. L’environnement a un coût économique dont les pouvoirs publics ne peuvent faire l’économie. Mais, c’est aussi l’ensemble de la société qui est interpellé, avec le monde associatif, les élites scientifiques et les élus, pour faire prévaloir une nouvelle culture bâtie sur un cadre de vie sain, un aménagement du territoire basé sur l’équilibre physique et biologique des ressources et une économie qui pourra soutenir, autant que faire se peut, les contingences de «l’entropie» issue de la mondialisation rampante.

Amar Naït Messaoud

dd kabylie

pour suivre l’actualité environnementale en algerie, il y’a l’exellent blog de Meziane Abdellah