ou sont passés les étourneaux de la region ?

à  Lakhdaria,  Absence remarquée des étourneaux ( zerzour )

dyn004_original_640_479_jpeg_2610894_6242c7b637c7d2550aa0ec50f069f63d

Un sujet alimentant les conversations

De mémoire d’oléiculteur, sur nos massifs montagneux, et ce sans la moindre petite rupture, les étourneaux chaque hiver quittaient en masse le bassin accidenté de la Méditerranée pour venir picorer le grain noir de Lakhdaria. Une présence familière de ce volatile aux plumes noires, au bec pointu, qui avec le temps a fini par “hanter” l’esprit des ruraux, lesquels aujourd’hui se voient incapables de répondre à certains incompris.

Dda Slimane de Bouamoud nous dira : “Non seulement aucun essaim ne s’est déplacé, mais on n’a pas vu un seul étourneau voltiger dans le ciel.” Le boycott du territoire national par cet oiseau, constituant habituellement à cette période la protéine animale de remplacement aux viandes, toutes couleurs confondues inaccessibles, suscite réellement des discussions inquiètes dans la rue.

A Kallous et Boumia, deux localités relevant de Aomar et où les oléiculteurs sont forts nombreux, l’absence des étourneaux serait due, selon quelques avis collectés sur les lieux “à un plan bien élaboré consistant en la disposition abondante de nourriture afin qu’ils ne quittent pas les pays où ils ont fait une halte”.

Il est normal qu’on se préoccupe de l’absence de l’étourneau très prisé dans la région, lequel on s’en souvient, malgré les recommandations de ne pas en consommer pour le motif d’éviter la propagation de la grippe aviaire, “est passé quand même dans les marmites, ou sur les barbecues”. Mais il arrive qu’on considère ces explications comme trop simplistes et qu’on préférerait des réponses plus scientifiques ou techniques pour faire la lecture du refus des étourneaux de survoler notre espace, telle celle de quelques personnes de Aomar et Tizi Larbaâ.

“On croit savoir qu’on a traité exagérément les oliveraies en Tunisie, ce qui a fait fuir ou éliminé le zerzour.”

A. Chérif

depeche de la kabylie

Publicités

L’olivier en Kabylie, entre mythes et realites de Rachid Oulebsir

  • Vient de paraître : L’olivier en Kabylie, entre mythes et réalités de Rachid Oulebsir
    Un hymne à la sauvegarde de l’oléiculture

Faire revivre la saison de la cueillette des olives et les rituels tant pratiques que mythiques qui l’accompagnent, tel est le projet de Rachid Oulebsir, auteur de «L’olivier en Kabylie, entre mythes et réalités», paru récemment chez l’Harmattan.

Un livre inclassable qui emprunte à la technique de l’essai et, plus encore, aux genres journalistiques de l’enquête et du reportage. Rachid Oulebsir s’est déjà fait remarquer par des contributions sur le monde rural et l’économie agricole parues dans les colonnes de plusieurs quotidiens algériens dont celles-ci même. L’homme est en fait doublement fondé à aborder de tels aspects. Diplômé d’études approfondies en économie des ressources humaines des universités Paris Nord et Paris I Panthéon-Sorbonne (1978), il mène de paire ses fonctions de chef d’établissement scolaire et de fellah accompli. Profondément imprégné des réalités paysannes à travers des engagements dans les organisations de la société civile et une pratique agricole de tous les jours, il survole avec une grande maîtrise son sujet comme un dada.

L’ouvrage est un voyage indexé sur le rythme particulier de l’oléiculture, particulièrement à Tazmalt, zone qui concentre l’essentiel du verger oléicole de la vallée de la Soummam. A travers des reportages vivants, il saisit les diverses tâches accomplies par le fellah depuis les opérations de relance de l’olivier jusqu’à la cueillette et le pressage. Le lecteur découvre un monde qui en même temps qu’il se meurt semble aussi renaître de ses cendres. Malgré les quarante ans d’abandon qui ont coïncidé avec les options politiques «industrialisantes», les savoirs pratiques demeurent jalousement gardés par des initiés qui ne sont, heureusement pas, détachés des chaînons de la vie. C’est chez ceux-là, rémanence d’un monde en déshérence, que l’auteur est allé puiser la substance de son ouvrage en soumettant leurs pratiques et savoirs à une observation placide et minutieuse. L’olivier n’est pas seulement source de subsistance, il est un arbre emblématique de la Kabylie. S’y rattachent des pratiques mythiques et culturelles que l’ouvrage remobilise avec une agréable érudition. Rachid Oulebsir fait d’ailleurs d’une pierre deux coups : outre un glossaire de plusieurs termes et expressions berbères, on y trouve la fabuleuse pertinence du calendrier agricole berbère qui sert de feuille de route au paysan. Le lecteur en sort satisfait, de cette satisfaction que procurent les tâches les plus profitables. Et aussi rasséréné par une immersion dans de ce profond monde de la berbérité qu’on a toujours associé aux exhalaisons bénies de l’huile d’olive.

M. Bessa

depeche de kabylie

Rachid Oulebsir/

L’olivier en Kabylie entre mythes et réalités ; L’Harmattan, Paris, 2008 ;

188 p. 18 Euros.

Aïnsar Aberkane, source du Djurdjura

femmeskabylesrevenantdelafontaine1910BOUIRA
Aïnsar Aberkane, bénédiction ou malédiction pour la région ?

Parmi les richesses dont regorge la chaîne montagneuse du Djurdjura, il y a incontestablement la source de M’zarir, appelée couramment Aïnsar Aberkane, ou source noire.
On raconte que cette source a jailli des profondeurs du Djurdjura, au début du siècle dernier dans un coin d’une hutte où une vieille femme du village M’zarir, dans la daïra de M’chedallah, était affairée devant son métier à tisser. La force des eaux a failli emporter cette dame. Depuis ce jour, la source coule imperturbablement, traçant par là son itinéraire et agrémentant l’air avec la symphonie de ses eaux grondantes. Plus tard, les Français, qui ont découvert Aïnsar Aberkane, qui ressemble plus à un torrent souterrain qu’à une source ordinaire tellement son débit dépasse l’entendement surtout en période hivernale où il atteint 2 000 l par seconde, alors qu’en période de sécheresse, il n’est jamais descendu en dessous de 110 litres par seconde, ont installé près du village d’Illiten, une station hydroélectrique. Cela s’est fait vers la fin des années 1940. A l’Indépendance, la Sonelgaz a pris le relais en continuant à exploiter cette station jusqu’au début des années 1990 pour cause de vétusté des installations notamment les bassins d’accumulation des eaux utilisées pour les turbines. Au début des années 2000, l’exploitation de cette source a repris avec un autre bassin situé en contrebas du village Illiten. Malgré l’importance de cette source, des dizaines de milliers de citoyens de la région de M’chedallah font face à une crise aiguë de l’eau potable. Le fait est que, jusqu’au début des années 1990, la source appartenait exclusivement à la Sonelgaz et les services de l’hydraulique, n’ont pu l’utiliser aux fins d’alimenter les populations de la région en eau potable.
Une source intarissable pour des populations assoiffées
Après le levée de cette contrainte au début des années 1990, la Direction de l’hydraulique a commencé à engager des études de la faisabilité pour l’alimentation en eau de la région de M’chedallah à partir de cette source. Cette source située à plus de 1 200 mètres d’altitude, l’alimentation en eau de toute la daïra de M’chedallah doit se faire en système gravitaire. Au début des années 2000, les communes de Saharidj et de M’chedallah sont alimentées à partir de cette source après qu’une étude ait été faite dans ce sens. L’étude physicochimique de cette eau a montré qu’elle est minérale et proche des eaux d’Evian. Cependant, passé les premiers moments d’euphorie, des villages appartenant à ces deux communes principalement ceux de la commune de Saharidj dont dépend la source, commençaient à perdre patience tant l’eau de cette source tardait à couler dans leurs robinets. Des villageois de Saharidj sont allés jusqu’à obstruer le canal sur les hauteurs du village des Ath-Hamad afin de montrer leur déception. La même déception a été exprimée par d’autres villages dans la commune de M’chedallah. Une déception qui s’est transformée en colère après que les autorités, au lieu de régler les problèmes de ces villageois en leur assurant une alimentation régulière et permanente en eau ont engagé des études pour l’alimentation d’autres communes de la daïra comme Chorfa et Aghbalou. Au sud de M’chedallah, dans la commune d’Ahnif, où vit une communauté importante de la tribu des M’chedallis, on commençait à s’agiter. Les populations de cette commune ne comprenaient pas la démarche des pouvoirs publics qui ont engagé des études pour l’alimentation des communes de Chorfa et d’Aghbalou à partir d’une source appartenant, selon la conception locale, au arch des M’chedallah. Pour beaucoup d’habitants de la commune d’Ahnif, les autorités devaient d’abord assurer l’alimentation à partir de cette source à tous les villages des M’chedallis, c’est-à-dire la commune mère M’chedallah qui inclut les deux autres communes, Saharidj et Ahnif qui ont été créées en 1984. De plus, les populations de ces trois communes exigent que toutes les sources de montagne soient mobilisées et captées pour l’alimentation de toutes les communes de la daïra de M’chedallah et pas seulement Aïnsar Aberkane.
Un projet de 700 milliards de centimes refusé par les autorités
Les choses sont restées là. Entre-temps, l’industriel Rebrab a proposé d’exploiter une partie de cette source, en demandant un débit de 10 à 15 litres par seconde pour la mise en bouteille de cette eau minérale dont la qualité n’est plus à démontrer. Dans l’étude d’un complexe qui inclurait outre la mise en bouteille de cette eau minérale, la création de boissons gazeuses à partir de cette eau, l’industriel Rebrab promettait de créer plus de 2 000 emplois directs, des milliers d’emplois indirects, en plus l’argent que gagne la trésorerie aux communes de M’chedallah et Saharidj. Malgré son importance, ce projet, dont le coût de réalisation est estimé à près de 700 milliards centimes, et qui a été approuvé par les deux assemblées communales de Saharidj et M’chedallah, a été refusé par les responsables de la wilaya qui ont estimé que les eaux de cette source devaient profiter aux populations et non commercialisées. Un point de vue partagé par des milliers d’autres citoyens mais surtout par tous les dépositaires de la conscience collective locale et défenseurs acharnés de l’ordre établi, qui ont créé un bloc de refus de peur de voir le géant industriel Rebrab leur faire de l’ombre qui départagera entre ceux qui estimaient que l’eau de la source Aïnsar Aberkane devra être commercialisée et participer au développement économique de la région, et ceux qui estimaient que cette source naturelle est un don de la nature et qu’elle devra revenir à la population ? Pour notre part, nous savons seulement que dans les pays européens, une source pareille n’aurait jamais été utilisée pour l’usage quotidien.
Qu’en est-il de la situation aujourd’hui ?
La source continue à jaillir et les populations de la commune d’Ath-Mansour, qui peuvent elles-aussi prétendre à cette eau, continuent de souffrir en étant alimentées eau potable que deux heures tous les cinq jours, et ce, malgré les promesses de réorienter les forages dont bénéficiait la commune de M’chedallah vers cette commune. Des villages dans la commune d’Ahnif, surtout ceux qui n’ont bénéficié ni de forages ni de la source Aïnsar Aberkane, souffrent toujours du manque d’eau potable. A M’chedallah, outre la mauvaise gestion des eaux de la source Aïnsar Aberkane, il y a la vétusté du réseau d’alimentation, ce qui perturbe l’alimentation eu eau potable. A Saharidj également, les villages continuent à être alimentés d’une manière irrégulière et anarchique, alors qu’à Chorfa et Aghbalou, on attend toujours la fin des travaux d’adduction. En somme, au niveau de la daïra de M’chedallah, la source Aïnsar Aberkane, qui était perçue comme une bénédiction pour la région, est devenue, au fil des ans, une véritable malédiction : les études lancées au milieu des années 1990 pour l’alimentation en eau potable à partir du barrage Tilesdit ont été toutes orientées vers l’ouest et le sud-est de la wilaya. Les spécialistes ont classé M’chedallah comme montagneuse, donc bénéficiant de sources naturelles intarissables et mobilisables pour l’alimentation en eau de ses populations. Résultat : au niveau de cette daïra, des communes entières comme Ath-Mansour et à un degré moindre Ahnif, Chorfa, Aghbalou et même M’chedallah, souffrent du manque d’eau car les eaux de source ne peuvent, à elles seules, quand bien même elles sont importantes, satisfaire la demande de plus en plus élevée de la population.
Y. Y.

le soir d’algerie

illustration via

Guergour, le village de Si Lakhdar sous les ordures !

SI LAKHDAR VILLAGE GUERGOUR

SI LAKHDAR VILLAGE GUERGOUR

La décharge de la peur

Trente citoyens, délégués et originaires des villages de Guergour, Taâouint et Ighil “Izzafane, situés dans la commune de Lakhdaria, à quelques kilomètres à l’ouest de son chef-lieu, ont été reçus, hier, par le nouveau chef de daïra.

L’objet de cet entretien avait porté sur le projet d’implantation d’une décharge contrôlée qui, selon les déclarations de plusieurs délègués de village présents, serait néfaste à court et long terme à l’environnement et affectera la santé des populations environnantes. En effet, les citoyens présents ont longuement exposé à leur interlocuteur leurs préoccupations et leurs craintes quant à l’implantation de cette structure sur les hauteurs du village Guergour.

Pour mémoire, les populations des trois villages concernés et ce dès qu’ils apprirent l’information de l’implantation de ce projet d’un coût global de 24 milliards, à Guergour, à proximité du mausolé d’un saint très vénéré dans la région et plus particulièrement les risques qu’encourent les populations ainsi que l’environnement, dépêchèrent une délégation qui fût reçue par le ministre de l’Environnement, Chérif Rahmani. Toujours selon nos interlocuteurs, une commission de wilaya s’est déplacée sur les lieux, la semaine écoulée et selon certaines indiscrétions plusieurs responsables avaient opposé un refus.

Après avoir pris note des doléances des délégués de village, le chef de daïra informa l’assistance que trois sites ont été retenus, et que des études ont été lancées, et fera part des préoccupations aux autorités hiérarchiques. Profitant de la présence des représentants des populations de la région, le chef de daïra ouvrît le débat afin de connaître les préoccupations de cette zone sur plusieurs secteurs, à savoir l’eau, l’électricité, l’assainissement, les moyens de communication.

Après cet entretien fructueux selon nos interlocuteurs, les citoyens quittèrent le siège de la daïra.

Ath Mouhoub

9 DECEMBRE 2008

Depeche de la kabylie

Vue generale du Village Tassalaht, Lakhdaria

tassalahttassalaht2

Photos via

دشرة تاصالحت

Espaces verts et protection des animaux

Développement des espaces verts et protection des animaux menacés de disparition
Le cadre de vie et la biodiversité comme objectifs stratégiques

Après la promulgation de la loi n°07-06 datée du 13 mai 2007 relative à la gestion, protection et développement des espaces verts, aucun relais médiatique ou institutionnel n’a sérieusement pris en charge la médiatisation ou la vulgarisation de son contenu.

Et pourtant, dans le contexte de l’urbanisation forcenée et d’anarchie architecturale ayant caractérisé les paysages citadin et rural d’Algérie, cette loi constitue, de par les orientations qu’elle prodigue, le cadre réglementaire qu’elle instaure et les sanctions qu’elle prévoit une mini-révolution en matière de cadre de vie des citoyens.

Pour étudier les modalités d’application de cette loi et définir clairement les parties intervenantes et les missions respectives qu’elles sont censées assumer, des ateliers ont été organisés au cours de l’année 2007 par le ministère l’Aménagement du territoire, de l’Environnement et du Tourisme au de plusieurs wilayas. Les parties convoquées pour assister à cet atelier représentent les structures intervenant directement dans la gestion des espaces urbains de nos villes : les présidents d’APC ou les secrétaires généraux de mairies, les chefs de daïra, les directeurs de l’Urbanisme, des Travaux Publics, de la Planification, des Domaines et des Forêts.

Il n’est un secret pour personne que le patrimoine “espace vert’’ s’est réduit en peau de chagrin depuis l’indépendance du pays. Les bouleversement vécus par les quartiers urbains, les centres-villes et les banlieues suite à l’exode rural massif ayant accompagné la politique d’industrialisation ont valu au cadre de vie des revirements et des régressions dommageables pour l’ensemble des habitants. Les arbres d’alignement, les arbustes d’ornement et les frondaisons d’embellissement ont subi des coupes réglées au fur et à mesure que se construisaient les cités, s’édifiaient les bidonvilles et s’ouvraient les routes.

Si, à l’échelle internationale, la norme en matière d’espace vert est fixée à 10 mètres carrés par habitant, en Algérie ce chiffre se réduit au un dixième, c’est-à-dire : 1M2. L’avancée du béton, après avoir “bouffé’’ des centaines d’hectares de meilleures terres agricoles au niveau de la Mitidja Ouest (Blida, Boufarik, El Affroun), a étendu ses griffes à la Mitidja Est particulièrement après la création de la wilaya de Bourdès en 1984. Partout à l’intérieur du pays, l’Algérie a hérité de la colonisation des jardins publics qui embellissent parfois des espaces semi-arides (Sidi Belabbès) et même arides (le fameux jardin de Biskra célébré par le romancier André Gide) ; cela, pour ne rien dire de la Ville des Roses, du Jardin du Hamma ou de la Coquette Annaba.

L’Algérie, avec un volontarisme et un populisme effrénés permis par la rente pétrolière, avait investi dans la construction industrielle et l’urbanisation à telle enseigne que le visage du pays –panorama rural, tissu urbain, rythme de vie- se trouve complètement chamboulé au bout de trois décennies.

Une planification urbaine lacunaire

Dans le fatras des lois relatives à l’urbanisme, à l’architecture et à la construction, il est difficile de positionner la valeur et l’importance des espaces verts. Il est surtout quasi impossible d’y trouver des clauses strictes et coercitives qui feraient des espaces verts une préoccupation des institutions chargées de l’urbanisme et de la politique de la ville ou une donnée incontournable de la vie dans la Cité. Le ministère de l’Aménagement du territoire, de l’Environnement et du Tourisme a conçu au cours des dernières années un “Central Park’’ de 237 ha à Dély Brahim qui va contribuer à réactiver l’ancien projet de la ceinture verte d’Alger. Mais, un besoin réel en matière d’espaces verts sur l’ensemble du territoire national a fait que ce même département ministériel a milité pour une législation globale.

La loi du 13 mai 2007 est venu assurément combler un vide conceptuel et juridique dans la gestion de nos espaces urbains. Dorénavant, cette loi accompagnera et encadrera l’acte de construction qu’auront accompli les pouvoirs publics ou même les particuliers. Dans ses dispositions générales, la nouvelle loi définit les objectifs de la gestion, de la protection et du développement des espaces verts en ces termes : «améliorer le cadre de vie urbain ; entretenir et améliorer les qualités des espaces verts urbains existants ; promouvoir l’extension des espaces verts par rapport aux espaces bâtis ; et de faire de l’introduction des espaces verts, dans tout projet de construction, une obligation prise en charge par les études urbanistiques et architecturales publiques et privées». Dans le corps de l’article 3 de la loi, sont définis les espaces d’interventions inhérents au jardin botanique, jardin collectif, jardin ornemental, jardin résidentiel et jardin particulier. À ces entités strictement urbaines, s’ajoutent les forêts urbaines (bosquets, groupes d’arbres, ceintures vertes) et les alignements boisés (formations arborées situées le long des routes et autoroutes).

Les deux instruments de gestion des espaces verts prévus par la nouvelle loi sont le classement officiel de l’aire à déclarer comme étant un espace vert et, ensuite, l’établissement des plans de gestion de ces mêmes espaces. La nouvelle législation prévoit aussi que le déclassement d’un espace vert-pour une utilité publique avérée et incompressible- ne peut avoir lieu que par décret.

En matière de construction dans la proximité immédiate d’un espace vert, l’article 15 précise «toute construction ou infrastructure devant être implantée inférieure à 100 mètres des limites d’un espace vert est interdite». Dans le même esprit, l’article 16 stipule que «toute demande de permis de construire est refusée si le maintien des espaces verts n’est pas assuré ou si la réalisation du projet entraîne la destruction du couvert végétal».

Mieux encore, la loi sur les espaces verts astreint les bureaux d’études en architecture et urbanisme à intégrer cette donne dans leurs plans de construction : «Toute production architecturale et/ou urbanistique doit intégrer et prendre en charge la nécessité des espaces verts selon les normes et objectifs fixés par la présente loi». Les alinéas de l’article 29 fait état des critères à prendre en compte dans la création d’espaces verts (caractère su site, angles de vue, ressources de terrain, espèces végétales de la région, patrimoine architectural de la zone, servitudes et contraintes liées à la mitoyenneté, au régime des eaux, au droit de passage, aux bornages, aux aliments de voirie,…).

Enfin, un prix national de la ville verte est institué par ladite loi.

Les dispositions pénales de la loi sur les espaces vertes sont portées par 7 articles dont l’un précise qu’«est puni d’un emprisonnement de 3 à 6 mois et d’amende de 20 000 à 50 000 dinars quiconque est responsable de la dégradation des espaces verts et d’arrachage de jeunes plants». Quant à ceux qui seraient tentés de détruire un espace vert dont l’intention de s’emparer des lieux ou de les affecter à une quelconque autre activité, la nouvelle loi leur réserve une peine d’emprisonnement de 6 à 18 mois et une amende allant de 50 000 à 1 million de dinars.

En procédant à la vulgarisation maximale au niveau des autorités locales des wilayas de la nouvelle loi sur les espaces verts, le département de Cherif Rahmani compte passer à la phase d’exécution de son contenu avec le maximum d’atouts. Car, par le passé, des dizaines de lois et décrets liés à la ville, à l’aménagement du territoire, à l’urbanisme et à la construction sont restées lettre morte. Qu’en sera-t-il de la loi sur les espaces verts ?

Un patrimoine faunistique menacé de disparition

Les différentes agressions subies par les milieux naturels en Algérie risquent de se prolonger par une menace sérieuse contre l’existence même de certaines espèces végétales et animales qui font jusqu’à présent le joyau de la biodiversité du pays. Même si depuis le milieu des années 80 des textes législatifs ont été élaborés pour protéger le patrimoine naturel algérien- non seulement en énonçant des clauses coercitives, mais également en mettant en place des structures spécialisées dans la défense et la promotion de la biodiversité-, la réalité du terrain contraste étrangement avec cette politique initiée par les pouvoirs publics sur proposition des milieux scientifiques et universitaires.

La déforestation continue des massifs montagneux, les différentes formes de pollution des milieux d’habitat de la faune, le processus d’urbanisation et les différentes interventions anthropiques en milieu rural ont eu raison de certaines niches écologiques où évoluaient ou étaient abritées des espèces animales autrefois abondantes.

Le patrimoine faunistique national ne cesse ainsi de se dégrader au fil des jours à tel point que certaines espèces familières à l’homme et vivant dans son entourage immédiat se sont volatilisées en quelques années.

Le gouvernement, conscient de la menace de disparition complète qui pèse sur certaines espèces animales, entend prendre sérieusement en charge ce très complexe problème en adoptant une ordonnance en juillet 2006 portant sur les mesures de protection des espèces animales en voie de disparition dans les différentes zones écologiques d’Algérie. En effet, le constat d’une baisse graduelle de la fréquence de certaines espèces dans des milieux où ils évoluaient habituellement-biotopes, a été fait il y a plusieurs années. Du garde-forestier jusqu’au simple flâneur, en passant par la corporation des chasseurs et des passionnés de la nature, tout le monde a pu s’apercevoir de la régression des espaces vitaux où, naguère, pullulaient tritons, grenouilles, hérissons, perdreaux et autres curiosités animalières. Dans les forêts, les maquis, les mares, les lacs et autres milieux de vie, le nombre et les espèces d’animaux ne font que reculer. Un déséquilibre écologique est à craindre, particulièrement lorsqu’on sait à quoi sont réduits les tissus forestiers au cours de la décennie de terrorisme et de lutte anti-terroriste. Dans un grand nombre de bois, il n’y a que le sanglier et le chacal qui manifestent leur présence, parfois même d’une façon insolente et dangereuse.

L’ordonnance n°06-05 du 15 juillet 2006 dresse une liste non exhaustive d’animaux menacés de disparition tout en précisant que ladite liste «peut être étendue à d’autres espèces animales menacées de disparition par voie réglementaire».

Les animaux ciblés par cette loi sont «les espèces de faune sauvage dont l’existence en tant qu’espèce subit une atteinte importante entraînant un risque avéré d’extinction et qui, de ce fait, font l’objet de mesures de protection et de préservation particulières».

Trois classes animales sont touchées par ces mesures de protection et de préservation : les mammifères (mouflon à manchettes, oryx, cerf de Barbarie, hyène rayée, cinq variétés de gazelle, le fennec, le guépard, le chat des sables et l’addax), les oiseaux (ibis chauve, erismature à tête blanche, faucon crécerelle, faucon pèlerin et trois espèces d’outarde) et les reptiles (tortue grecque, fouette-queue et varan du désert).

Un écosystème qui exige préservation et promotion

La loi sur la protection des animaux en voie de disparition s’appuie sur des articles de la Constitution qui portent sur la préservation et la protection de l’environnement, sur la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction signée à Washington le trois mars 1973 et à laquelle a adhéré notre pays en décembre 1982, et enfin, sur la Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage faite à Bonn le 23 juin 1979 et approuvée par l’Algérie en mars 2005.

«La chasse des animaux mentionnés sur la liste fixée à l’article trois de la présente ordonnance est interdite par tout moyen», précise le texte réglementaire, qui ajoute que sont également interdits «la capture, la détention, le transport, la naturalisation et la commercialisation des animaux ou parties d’animaux d’espèces menacées de disparition».

La seule dérogation à cette mesure coercitive demeure l’utilisation de spécimens de ces animaux à des fin scientifiques ou de reproduction pour repeuplement.

Pour coordonner la politique de préservation et de protection d’espèces animales menacées de disparition, le gouvernement met en place une commission présidée par le ministre chargé de la chasse, autrement dit, le ministre de l’Agriculture et du Développement rural. Cette commission sera consultée sur «toutes les questions relatives à la situation générale de ces espèces, leur protection et leur préservation».

Il est également prévu la délimitation des aires dans lesquelles subsistent les animaux menacés de disparition, leurs espaces de reproduction et leurs zones de repos. Dans ces périmètres, il sera procédé à l’observation et à l’évaluation des effectifs des espèces concernées ainsi qu’au suivi de leur reproduction/multiplication. Sur ces questions, un rapport annuel devrait être élaboré et adressé au ministre de l’Agriculture par la commission spécialisée.

Les clauses répressives de la nouvelle réglementation précisent que les contrevenants- ceux qui seraient tentés par le braconnage des espèces classées comme étant menacées de disparition- sont passibles d’une peine d’emprisonnement d’un an à trois ans et d’une amende de deux cent mille à cinq cent mille dinars. En cas de récidive, la peine sera doublée.

Le texte n’omet pas de souligner que même les complices seront punis d’emprisonnement et contraints à payer une forte amende. Il s’agit de toute personne ayant permis, facilité, aidé ou contribué, par quelque moyen que ce soit, à la chasse ou à la capture, la détention, le transport et la commercialisation d’animaux mentionnés sur la liste fixés à l’article 3 de l’ordonnance.

Pour une meilleure gestion des ressources naturelles

Les dysfonctionnements des systèmes écologiques et environnementaux en Algérie ont atteint un tel degré de menace sur les ressources naturelles et les équilibres spatiaux qu’ils risquent même de compromettre la vie des générations futures. Le paradoxe pour l’Algérie- et pour un grand nombre de pays en développement- est de subir les retombées et les tares du monde moderne sans qu’elle puisse en goûter aux doux fruits : l’urbanisation effrénée et anarchique a déstabilisé le cadre de vie des citoyens victimes de l’exode rural et du chômage; les monticules de décharges sauvages se multiplient à vue d’œil sans soulever une indignation particulière; les cimenteries, dont certaines sont implantées au cœur de la ville et dont la production ne nous dispense pas de l’importation, sont trop polluantes car techniquement mal gérées ; le couvert forestier se réduit en peau de chagrin sous les coups de boutoir des pyromanes et délinquants de tous bords. La dégradation du couvert végétal a induit des phénomènes négatifs en chaîne: dérèglement de l’écoulement des eaux (inondations), tarissement des sources de résurgence où s’abreuvaient les animaux sauvages et domestiques, diminution de l’offre fourragère dans les pâturages naturels, envasement des barrages d’eau et réduction des produits ligneux (bois et liège) et sous-produits forestiers (plantes médicinales, aromatiques, tanin…). La prise de conscience par les spécialistes et les pouvoir publics du grave danger qui pourrait mettre en péril l’équilibre général du territoire a donné naissance à l’idée d’un schéma d’aménagement qui intégrerait les données physiques et biotiques des différentes zones du pays ( littoral, monts du Tell, Atlas saharien, système oasien et zones arides du Sahara) à la composante humaine et à l’activité économique de ces territoires.

Les aires et zones désignées comme étant des périmètres d’habitat, de reproduction ou de repos de espèces animales proposées à l’action de sauvegarde sont également protégées, puisque «tout usage, activité, construction ou établissement non expressément autorisé» est interdit. Toute infraction à cette disposition entraîne une peine d’emprisonnement et une amende à l’encontre du contrevenant.

Participant des grands équilibres de la nature et des sources de la biodiversité, la faune et la flore sont menacées dans notre pays par une politique de l’aménagement du territoire et de l’urbanisme qui ne s’est ouverte à la donne écologique et environnementale qu’au cours de ces dernières années. L’avancée du béton sur des terrains agricoles, les défrichements délictueux et anarchiques des espaces forestiers, les incendies de forêts, la pollution des sources et des espaces de nourriture, sont, entre autres, quelques facteurs qui mettent à mal, sinon annihilent, des centaines de niches écologiques.

Les lois et sa négation

D’autres lois et règlements censés défendre la nature et les patrimoines naturels- loi forestière, code des eaux, loi sur la chasse, sur l’environnement- ont existé par le passé et sont toujours en vigueur. C’est visiblement leur application sur le terrain qui pose problème comme pour une grande partie de la législation algérienne. Il y a aussi, il faut le souligner, le manque de coordination entre les services et les directions concernés. Alors que la protection de la nature sous toutes ses formes doit être une préoccupation de tout le monde- commune, wilaya, directions techniques et instituts chargés de la protection-, la réalité du terrain est beaucoup plus nuancée puisqu’on retrouve souvent une seule institution sur laquelle sont braqués tous les regards et qui patauge dans de pires difficultés pour des résultats pas toujours brillants. Il faut souligner aussi que l’état de délabrement dans lequel se trouve la forêt algérienne après plus d’une décennie d’une guerre qui ne dit pas son nom a presque annihilé toutes les énergies et abattu les volontés qui étaient à l’avant-garde de la protection de la nature et de la promotion des valeurs de l’environnement.

L’espoir d’une réhabilitation des espaces forestiers après les mesures prises pour le repeuplement et la régénération des forêts algériennes, y compris dans le programme Hauts-Plateaux lancé en 2006, est naturellement accompagné de l’espoir de voir se reconstituer et se multiplier les différentes niches écologiques sources de biodiversité.

L’Algérie a, depuis l’Indépendance, élaboré de beaux textes réglementaires et législatifs relatifs au domaine de l’environnement, de même qu’elle a signé toutes les conventions internationales y afférentes. Mais, en matière de mise en œuvre sur le terrain, il y a loin de la coupe aux lèvres. Même s’il y a lieu de prendre acte de certaines initiatives- certes très cloisonnées dans leurs secteurs respectifs-, force est de constater que le meilleur des investissements n’est visiblement pas encore à l’œuvre : la formation du citoyen par l’école et par une culture environnementale conséquente à tous les niveaux

Dans une économie rentière comme la nôtre, qui installe les solutions de facilité dans les esprits et donne l’illusion d’une richesse inépuisable, c’est de révolution des mentalités qu’il s’agit pour faire prendre conscience aux citoyens et aux autres segments de la société civile du danger qui guette notre environnement immédiat et celui aussi qu’on léguera à nos enfants.

Amar Naït Messaoud

Depeche de la kabylie

Les Montagnes de l’Atlas blidéen de la wilaya Bouira

1960_62650

Reportage Sur les monts de l’Atlas blidéen de Bouira

Bourgades déchues et populations à la recherche de leur destin

L’Atlas blidéen est une notion géographique qui regroupe les crêtes alignées depuis le mont Mouzaïa, dans la wilaya de Blida, jusqu’au mont Hellala, dans la région de Aïn Bessem (wilaya de Bouira), en passant par Chréa et Tablat.

C’est une ceinture orographique qui enserre la plaine de la Mitidja et la vallée de l’Isser.

A étage bioclimatique sub-humide à humide, les bassins versants de long couloir reçoivent entre 900 à 1200 mm de pluie par an.

Ce qui est à l’origine de la densité du couvert végétal assez luxuriant, même si, au cours des années de feu allant de 1993 à 2001, une partie des boisements s’est volatilisée suite aux grands incendies.

La partie de l’Atlas blidéen relevant de la wilaya de Bouira compte trois daïras : Lakhdaria, El Kadiria et Souk El Khemis. L’altitude moyenne des pics montagneux est de 900 à 1000 mètres. Sur des pentes abruptes, s’accrochent des villages et hameaux qui ont subi un fort dépeuplement à partir du milieu des années 90 du siècle dernier. Après l’insécuritéqui a porté un coup fatal à l’économie et à l’organisation de la société locale, le manque de perspectives de la période ‘’post-terrorisme’’ n’est pas fait pour inciter les populations au retour dans leurs foyers.

Vers la partie Ouest de la région (communes de Bouderbala et Boukram), des habitants profitent néanmoins des chantiers de l’autoroute Est-Ouest pour se faire recruter, y compris sur le territoire voisin de la wilaya de Boumerdès (Keddara). Cependant, cela demeure insuffisant par rapport à la forte demande en postes de travail d’une jeunesse qui ne sait où donner de la tête. L’offre du travail salarié étant fort limitée et les opportunités de s’installer à son compte se heurtent à des problèmes financiers insurmontables. L’autre écueil étant la commercialisation de certains produits à l’image du tapis artisanal produit par les jeunes filles de Guerrouma. Des pièces dont le prix de revient n’est pas loin de 30 000 DA trouvent difficilement preneur à 25 000 DA. Et dire que le tapis de cette localité a exposé dans une foire internationale à…Bruxelles au début des années 1990.

Dans la commune d’El Mokrani, Zaouia Sidi Salem et Houadchia sont deux bourgades perchées sur le versant Est de Oued Soufflat. Dans cette partie de la haute vallée, on vit l’appartenance à la terre comme un amour fétiche que les mots ne peuvent expliquer totalement. Cette zone agropastorale tire ses revenus et sa raison d’être de cette terre dont la propriété est trop morcelée ; et, fait qui complique davantage les choses, les titres de propriété sont très rares. Ceux qui ne possèdent pas ce fameux document, et ils sont la majorité, n’ouvrent naturellement pas droit aux subventions de l’État. Le système de l’indivision et de l’absence de dévolutions successorales handicape grandement les possibilités de la mise en exploitation de milliers d’hectares de terre fertile. Une véritable impasse. Les marges de manœuvre prévues par la législation en la matière, à savoir les certificats de possession délivrés par l’APC et les actes notariés se heurtent souvent, dès la phase d’affichage et de publicité, à une levée de boucliers faisant intervenir les lointains et proches parents pour émettre leur opposition à la délivrance de tels documents pour les citoyens et les paysans qui en ont vraiment besoin particulièrement dans le dispositif d’aide au logement rural. C’est le cercle vicieux de la bureaucratie, de la jalousie et du clanisme animés par les proches parents installés en ville. Ces obstacles obstruent les voies d’accession à la propriété par succession, partage ou héritage.

Pendant la ‘’décennie rouge’’ du terrorisme, beaucoup de familles ont abandonné terres et foyers pour aller s’entasser à Baraki, les Eucalyptus et Réghaïa dans des taudis. Même avec le retour de la paix, des dizaines de familles demeurent encore dans ces banlieues algéroises après avoir bradé, au milieu des années 90, meubles et troupeaux. Quelques propriétaires ‘’exilés’’ en ville ont loué leurs terres à ceux qui sont restés sur les lieux. On y pratique souvent de la céréaliculture même si le relief, plutôt accidenté, ne s’y prête guère et malgré l’état d’épuisement d’un sol rarement travaillé selon les normes techniques (engraissement, fumure, défoncement,…).

Précarité bien établie

En dehors de l’immeuble abritant le siège de la mairie, le reste des constructions est le symbole même de la précarité et de la pauvreté. Pour tous ses besoins, le village a recours à Souk El Khemis et Aïn Bessem. Le commerce rudimentaire est réduit à quelques échoppes ou épiceries faisant face à la mairie et ne proposant que très peu de marchandises aux clients.

Après El Mokrani, un chemin vicinal traverse l’Oued Soufflat sur un pont étroit et se dirige vers un village réputé pour sa zaouïa que les adeptes du mysticisme et les âmes angoissées ne manquent pas de visiter au moins une fois par an. Ces visiteurs venaient naguère de partout (Lakhdaria, Bouira, Boumerdès,…) pour apaiser leurs inquiétudes existentielles ou pour se faire traiter pour une pathologie particulière (stérilité, impuissance, ensorcellement,…). Cependant, au cours des quinze dernières années, le flux de visiteurs a enregistré une régression régulière jusqu’au “boycott’’ total au milieu des années 90. La route qui y mène avait en effet réservé de mauvaises surprises aux pèlerins qui s’y étaient aventurés.

Partant, toutes les thérapies furent interrompues et la bourgade avait fini par prendre l’aspect d’un no man’s land pendant tout un lustre. Le silence de la Zaouia de Sidi Salem a commencé à peine à se rompre à partir de 2004.

De l’autre côté de l’oued, le hameau des Houadchia fait face au chef-lieu d’El Mokrani. L’aspect le plus remarquable de ce versant de Draâ Snober est le tracé encore en place des anciennes banquettes réalisées par le service des Eaux et Forêts au cours des années 70 elles sont en forme de rampes et suivent les courbes de niveau. On y a planté de l’amandier, de l’olivier et du figuier. Seulement, l’état actuel des arbres montre que ces vergers ne sont pas entretenus. Les emplois salariés des années 80 vinrent détourner la population paysanne des efforts devant valoriser un tel capital. «Il ne reste plus rien des investissements réalisés à l’époque de Boumediene. Même l’insécurité, c’était à nous, en tant que citoyens résistants, qu’incomba le devoir de l’éradiquer. Je vous assure qu’aujourd’hui elle est devenue un simple souvenir ; mauvais souvenir, dois-je préciser. Quant à la situation sociale de la population, je vous apprends qu’ici, il n’y a qu’un seul “métier’’ : c’est le chômage. Plus de la moitié de la population active ne travaille pas. Ne vous fiez surtout pas aux chiffres que vous donne l’administration», dira avec une rage à peine contenue cet enseignant qui dit ne pas croire à la vertu de l’augmentation des salaires des enseignants puisque «tout relèvement de salaire est suivi et handicapé par une augmentation disproportionnée des prix des marchandises».

Un vent poussiéreux se lève sur Draâ Snober emportant dans sa folle course sachets, cartons et autres papiers hétéroclites pour les déposer dans le lit de Soufflat qui recommence à envoyer le souffle des eaux écumeuses reçues lors des dernières pluies d’automne.

Une volonté de mener une nouvelle vie

Les monts Hellala et Sidi Makhlouf qui clôturent l’ancien aârch de Meténane par le nord et qui étaient des éléments importants du décor et de l’environnement ont été réduits pendant la période d’activités terroristes à des refuges et des zones de repli. L’activité subversive a commencé ici en même temps que dans la commune limitrophe, Zbarbar ; c’était à la fin de l’année 1992. Le CW 125 desservant Ouled Sidi Yahia, Ouled Madani, Beni Mecil et Ouled Makhlouf était considéré comme une “zone libérée’’ avec l’ensemble des massifs, pistes et hameaux voisins.

Ces derniers ont été désertés par les populations vers des cieux plus “cléments’’ sur le plan sécuritaire ; car, sur le plan social, la misère les poursuit partout et particulièrement dans les “ceintures de chasteté’’ qui se sont créées autour des banlieues d’Alger. Le massif de Hellala, ayant subi des d’intenses bombardements pendant plusieurs années, voit sa face défigurée et son matériel végétal réduit à néant. La pinède de 1 600 ha qui trônait sur les versants de Oued Soufflat n’est maintenant que l’ombre d’elle-même. Tout l’environnement et tous les aspects de la vie ont été bouleversés par les événements douloureux de la fin du dernier siècle. Au début des années 2000, le taux d’accroissement démographique a décrû pour évoluer en croissance négative vu le dépeuplement ayant touché les bourgades de la région suite à la dégradation de la situation sécuritaire et à la pression du chômage. Ce n’est qu’au cours de ces dernières années qu’un semblant de vie a repris ses droits sur ces buttes livrées trop longtemps au silence et à l’abandon. Mais la méfiance demeure de mise. Il n’est pas facile d’engager une discussion sur ce qui est appelé ici, faute de mieux, les “événements’’.

Z’barbar et Guerrouma : hauts cris dans les bas-fonds

Un réveil brutal à une réalité socioéconomique des plus problématiques a succédé aux affres de l’insécurité. Le silence religieux, suspect et inexplicable recouvrant les monts et les coteaux de cette partie du massif de l’Atlas blidéen pendant la décennie quatre-vingt-dix du siècle dernier laissent place à de lourdes interrogations et récriminations relatives à un présent difficile à supporter. En déclinant leur appartenance territoriale à la wilaya de Bouira, les habitants de Guerrouma n’ont pas l’air de trop y ajouter foi. Perchée sur les monts de Zbarbar, à 600 m d’altitude, l’agglomération chef-lieu de commune est située à plus de 30 km au sud de Lakhdaria, daïra à laquelle elle est rattachée administrativement. La route qui y mène à partir de l’ex-Palestro, le chemin de wilaya 93, serpente laborieusement avec une pente allant crescendo jusqu’à faire ahaner le véhicule le plus robuste. En outre, les virages trop aigus donnent une sensation irrésistible de vertige. À mi-chemin, nous planons déjà, comme par une magique vue d’avion, sur les vallons et méandres de Oued Bouamoud qui nous montrent les fastes de la nature : l’eau ruisselle sur les falaises rocheuses et les chevreaux s’accrochent aux branches et ramures d’oléastre et de pin d’Alep. La circulation sur la route est très discrète. On peut rouler pendant un quart d’heure sans croiser aucun véhicule. Même si la situation sécuritaire s’est substantiellement améliorée depuis le début de la décennie en cours, les villages et hameaux de la région ont connu pendant plusieurs années le diktat terroriste qui a laissé des traces indélébiles dans la société. Les forces de sécurité et les Patriotes ont payé le prix fort dans leur lutte contre les organisations criminelles qui ont écumé, des années durant, les maquis et les forêts entourant les zones habitées. La région de Guerrouma se remet difficilement de la longue épreuve d’insécurité qui l’a prise en otage depuis le début de l’aventure terroriste. N’est-ce pas que sur ces monts invaincus pendant la guerre de Libération que le djihad contre les Algériens a été proclamé en 1992 ? Des dizaines d’innocents (bergers, ouvriers, paysans) ont été fauchés par le règne de la bêtise aussi bien sur la route dans leurs domiciles. Mais, ici, on veut tourner la page de l’insécurité et du terrorisme. Le constat de ces années où les bourgades et les propriétés furent abandonnées est des plus alarmants. D’abord, il y a ceux qui ne sont pas revenus et qui, probablement, ne reviendront jamais. L’exode rural, qui a commencé déjà pour des raisons économiques au milieu des années 80, a subi une extraordinaire accélération à partir de 1994. Lakhdaria, Tablat, Bouira, Boumerdès, Réghaïa, …et d’autres villes du centre du pays ont reçu une partie de ces montagnards. Après le relatif retour à la paix ressenti au début des années 2000, les défis de la vie se posent crûment à ceux qui sont décidés de continuer à vivre à Guerrouma et à ceux qui la retrouvent après des années d’absence. Le chômage, l’enclavement de certains, hameaux, la santé, l’éducation et d’autres préoccupations liées au monde de la jeunesse ne cessent de contrarier les efforts et les volontés de ceux qui considèrent que ce coin de montagne est leur gîte définitif et qu’il y a lieu de le promouvoir et de le rendre vivable.

La haute vallée de l’Isser

Aux bourgades de Zouatène, Diour et Aïn Beïdha, on se sent plus proche de Tablat (wilaya de Médéa) que du chef-lieu de la daïra de Lakhdaria auquel pourtant ces pâtés de maisons se rattachent. Pour consulter un médecin ou acheter un médicament dans une pharmacie, les gens se rendent sans hésitation à Tablat, une ville située à 15 km de ces lieux.

Pour descendre à Lakhdaria en vue de retirer des papiers administratifs par exemple, le déplacement relevait jusqu’à un passé récent de l’exploit. La régularité des navettes de transport public n’est acquise que récemment. «Auparavant, il nous arrivait de ne pas revenir dans la journée une fois descendus à Lakhdaria. Moi-même, j’ai passé la nuit chez des proches de la ville lorsque je me suis aventuré en 1999 à faire la chaîne dans les bureaux de la CNAS. C’est au bout du troisième jour que j’ai regagné Guerrouma».

Vaste de 97 km2, la commune de Guerrouma abrite une population de presque 20 000 habitants répartis sur plusieurs hameaux. Les plus importants sont le village agricole de Aïn Beïdha, Diour, Beni Anane, Zerarka, Tifirès et Zouatène. Ce dernier hameau que dessert une piste étroite s’accroche vertigineusement au versant est de l’oued Isser.

La topographie abrupte des lieux a exclu toute infrastructure d’importance. La même configuration s’offre au visiteur à Tifirès. L’enclavement est vécu dans toutes ses dimensions hormis une école primaire qui occupe la seule plate-forme que possède le hameau. Pour chercher du travail, il faut se déplacer sur des dizaines de kilomètres sans être sûr d’être embauché.

L’agriculture de subsistance qui prévalait il y a une dizaine d’années se réduit en peau de chagrin. Les nouveaux programmes initiés avec le soutien, de l’État n’ont pas encore donné de résultats tangibles. Beaucoup de citoyens, au vu du regain d’intérêt du gouvernement pour les industries minières, nourrissent l’espoir de réactivation de l’ancienne mine de Guerrouma où étaient exploités le cuivre et le baryte.

Dans les vieilles galeries étaient employés, jusqu’aux années soixante, des centaines d’ouvriers de la région de Guerrouma, Boukram, Bouderbala, Maâla, El Kadiria et Lakhdaria. Aujourd’hui encore, on retrouve les galeries et les pistes qui ont servi à l’exploitation de cette mine.

Comme nous l’a déclaré un éleveur de lapins, formé par les épreuves de la vie, à la fois aigri et aguerri : il est difficile de dégager les priorités sur ces collines enclavées de Guerrouma où tout reste à faire.

La beauté sauvage des collines et des pitons du pays de Zbarbar abrite des hommes à la recherche de leur destin, des jeunes désœuvrés et sans repères, des volontés confusément affirmées pour la reconstruction d’un monde déchu par une fatalité de l’histoire.

Les yeux hagards, la tenue bancale, l’esprit occupé et le cœur accroché à l’espoir d’un avenir meilleur. Pour la majorité des habitants, l’avenir immédiat, l’espoir à portée de main, c’est ce barrage de Koudiat Acerdoune.

La commune de Guerrouma domine le lac par l’amont. Avec ses 640 millions de M3, cet ouvrage qui sera réceptionné dans quelques mois, est considéré ici comme le véritable trésor de la région.

Amar Naït Messaoud
depeche de la kabylie
8 NOVEMBRE 2008